Les faits sont établis, les chiffres accablants, les témoignages impossibles à ignorer. Dans l’Est de la République démocratique du Congo, les violences sexuelles atteignent un niveau systémique dans les zones sous occupation de l’Alliance Fleuve Congo–M23, soutenue par les forces rwandaises. Une enquête publiée le 12 janvier par Human Rights Watch décrit une mécanique de terreur faite de viols collectifs, d’enlèvements et de détentions forcées de femmes, souvent jeunes, parfois mères. Entre janvier et septembre 2025, plus de 80 000 cas de viol ont été recensés, selon UNFPA, soit une hausse de 32 % en un an. À cette violence armée s’ajoute une autre faille, silencieuse mais déterminante : l’effondrement des soins d’urgence, aggravé par la suspension brutale de financements internationaux, notamment américains. Dans un conflit déjà marqué par l’impunité, le corps des femmes demeure un champ de bataille.
Les récits se ressemblent, les lieux varient à peine. À Goma et dans d’autres espaces contrôlés par le M23 et ses alliés, des femmes sont arrachées à leur domicile, agressées sur les chemins ou retenues dans des camps. L’enquête de Human Rights Watch évoque des viols commis lors d’opérations de recrutement forcé, de perquisitions ou de simples déplacements agricoles.
Les conséquences médicales sont lourdes. Plusieurs survivantes ont appris leur grossesse ou leur séropositivité des semaines plus tard, faute de soins immédiats. En principe, les kits de prophylaxie post-exposition (PEP) permettent de prévenir le VIH et les grossesses non désirées s’ils sont administrés dans les 72 heures. En pratique, ces kits manquent cruellement dans l’Est du pays.
Le rapport établit un lien direct entre cette pénurie et les coupes soudaines de l’aide internationale américaine au début de l’année 2025. Une large part des programmes d’urgence, qui alimentaient les structures sanitaires locales, dépendait de ces financements. Leur arrêt a laissé hôpitaux et centres de santé sans moyens, au moment même où les violences s’intensifiaient.
Les chiffres de l’UNFPA confirment l’ampleur du phénomène : plus de 80 000 viols recensés en neuf mois, un niveau inédit depuis plusieurs années. Derrière les statistiques, une constante : l’impunité des auteurs et la vulnérabilité extrême des populations civiles dans les zones sous occupation de l’AFC/M23, avec l’appui des Rwanda Defence Force.
Face à cette réalité, l’enjeu dépasse l’humanitaire. Il touche à la responsabilité politique, à la protection des civils et au respect du droit international. Car à l’Est de la RDC, la violence sexuelle n’est plus un dommage collatéral du conflit : elle en est devenue l’un des instruments.
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