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24 février, 2026 - 21:52:00
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Goma, Bukavu : le M23 impose aux civils une « économie de guerre » par la taxation forcée

La guerre dans l’Est de la République démocratique du Congo ne se limite plus aux armes : elle s’exerce désormais sur le terrain économique, au détriment direct des populations civiles. Dans un communiqué publié le 23 février 2026, la coalition Pamoja kwa Amani accuse ouvertement l’AFC-M23, soutenu par le Rwanda, d’avoir instauré dans les zones sous son contrôle, notamment à Bukavu et Goma, un système de prédation financière assimilable à une administration de contrainte. Taxation forcée, recouvrements imposés sous pression armée, monopoles économiques attribués à des intérêts étrangers : autant de pratiques qui, selon l’organisation, transforment la vie quotidienne des habitants en survie permanente. L’effondrement des activités économiques et la rupture des circuits d’approvisionnement ont plongé des millions de personnes dans une misère brutale, tandis que l’imposition d’une assurance automobile confiée à une société rwandaise est dénoncée comme un symbole d’une domination économique imposée. Pour la coalition, il ne s’agit plus d’une simple dérive administrative, mais d’une véritable « asphyxie économique » et d’un « terrorisme fiscal » visant à exploiter des populations déjà meurtries par la guerre. Pamoja kwa Amani exige l’arrêt immédiat de ces pratiques et appelle la communauté internationale à sortir de l’ambiguïté face à ce qu’elle considère comme une violation flagrante des droits fondamentaux des civils. Car au-delà des combats, c’est désormais la dignité et la survie économique des habitants qui sont prises pour cible.

Étouffer l’économie pour briser un peuple. La guerre change de visage dans l’Est de la République démocratique du Congo. Elle ne se limite plus aux combats, aux offensives et aux déplacements massifs. Elle s’insinue désormais dans les marchés, les routes commerciales, les gestes quotidiens. L’alerte lancée par la coalition Pamoja kwa Amani sur une « asphyxie économique » dans les zones contrôlées par l’AFC-M23 à Bukavu et Goma doit être entendue pour ce qu’elle est : le signal d’une stratégie de domination qui vise les civils autant que le territoire.

Taxer la misère, rançonner le désespoir. La formule est brutale. Elle décrit pourtant une réalité glaçante. Entreprises à l’arrêt. Circuits d’approvisionnement rompus. Chômage massif. Une économie locale paralysée n’est pas un dommage collatéral. C’est un levier de contrôle. Quand la population ne peut plus accéder à son épargne ni travailler, elle devient dépendante, vulnérable, silencieuse.

À cette paralysie s’ajoute une fiscalité de contrainte. Recouvrements forcés. Taxes sans services publics. Assurance automobile imposée au profit d’une société étrangère. Ce n’est plus une administration. C’est une économie de guerre. L’impôt, normalement instrument de solidarité nationale, devient outil d’extorsion. La procédure administrative se transforme en intimidation armée. Le message est clair : survivre a un prix.

Cette stratégie n’est pas seulement injuste. Elle est dangereuse. Une société appauvrie durablement devient un terreau pour les radicalités, les trafics et l’instabilité chronique. Détruire l’économie locale, c’est hypothéquer toute reconstruction future. Les routes pourront être réparées. Les écoles rouvertes. Mais la confiance, elle, met des décennies à revenir.

Face à cette réalité, la RDC ne reste pas immobile. L’État documente, alerte, mobilise ses partenaires, multiplie les démarches diplomatiques. Il tente de restaurer l’autorité publique et de préserver un minimum de fonctionnement institutionnel malgré la guerre. Ces efforts doivent être reconnus. Ils témoignent d’une volonté de défendre non seulement le territoire, mais aussi la dignité économique des citoyens.

La société civile joue également un rôle décisif. En appelant à une résistance non violente, elle refuse la logique du chaos. Elle rappelle que la population n’est pas une variable d’ajustement stratégique. Cette posture mérite soutien et protection. Dans les conflits contemporains, la voix des civils est souvent la première à être étouffée.

La communauté internationale, elle, ne peut plus se contenter d’une prudence abstraite. Les crises économiques imposées aux populations civiles ne sont pas des questions secondaires. Elles constituent des violations graves des droits fondamentaux. L’accès au travail, à la circulation des biens est aussi vital que l’accès à la sécurité physique. Ignorer cette dimension revient à accepter que la guerre s’exerce par d’autres moyens.

Car l’enjeu dépasse l’Est congolais. Il touche à la manière dont le monde répond aux conflits prolongés. Si l’asphyxie économique devient une tactique tolérée, elle sera reproduite ailleurs. Aujourd’hui Bukavu et Goma. Demain d’autres villes, d’autres pays. La banalisation de ces pratiques ouvrirait une ère où la guerre ne viserait plus seulement à conquérir des territoires, mais à détruire les sociétés de l’intérieur.

Il faut donc agir. Protéger les circuits humanitaires. Sanctionner les mécanismes d’exploitation économique des civils. Accompagner la reconstruction dès maintenant, pas après. La paix ne se prépare pas une fois les armes silencieuses. Elle se construit pendant la crise.

La RDC porte aujourd’hui un combat qui dépasse ses frontières : celui du droit des populations à vivre dignement même en temps de guerre. Ce combat est légitime. Il est nécessaire. Il est juste.

Car un peuple que l’on affame économiquement n’est pas seulement affaibli. Il est humilié. Et l’humiliation est la matrice des conflits futurs.

L’histoire récente l’a montré : aucune stabilité durable ne peut naître sur les ruines d’une économie détruite volontairement. Restaurer la paix à l’Est du Congo exige donc plus que des cessez-le-feu. Cela exige la protection de la vie économique des civils, condition première d’une reconstruction réelle.

L’alerte est lancée. Reste à savoir si elle sera entendue avant que l’asphyxie ne devienne irréversible.

Infos27

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