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24 février, 2026 - 20:11:48
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Faute de perspective géopolitique solide, Kabund sans arguments sur le dialogue

Comment la guerre va s’arrêter avec, notamment, un dialogue inclusif ? Qu’est-ce que vous attendez justement de ce dialogue inclusif, comment sauvera-t-il des vies humaines ? Sur quoi fondez-vous votre optimisme de croire que le dialogue inclusif va faire taire les armes, sachant que des accords ont été signés à travers les processus de Doha et de Washington et que les armes ne se sont pas tues ? Comment, par miracle, ce dialogue peut-il faire taire les armes ? Si les États-Unis d’Amérique, première puissance militaire mondiale, arrivent justement à mettre autour de la table les protagonistes qui signent des accords qui ne sont pas finalement respectés, comment vous, avec quels moyens, quels leviers, allez-vous faire en sorte que ce dialogue puisse faire taire les armes ? Comment, par miracle, ce dialogue peut-il faire taire les armes ? Ancien président intérimaire de l’UDPS et ancien 1er vice-président de l’Assemblée nationale, Jean-Marc Kabund s’est planté devant ces questions pointilleuses du journaliste Patient Ligodi de RFI. Il a brillé par des réponses évasives, des contradictions frontales et un discours flottant. Il est resté prisonnier de ses propres amalgames, incapable d’expliquer comment ce dialogue ferait taire les armes à l’Est et faire plier le Rwanda dans son aventure funeste au Congo. Comme quoi, l’opposition démocratique n’est pas un exercice d’improvisation. Elle exige, en sus du courage, intelligence, cohérence, conviction, clarté dans l’esprit, maîtrise du verbe, de l’histoire du pays, des textes le régissant, mais non l’activisme.

L’opposition démocratique n’est pas un exercice d’improvisation. Elle exige cohérence, clarté et courage. L’intervention de Jean-Marc Kabund sur RFI a montré l’inverse. Un discours flottant. Des réponses évasives. Des contradictions frontales. Face aux questions précises de Patient Ligodi, l’ancien président intérimaire de l’UDPS a semblé prisonnier de ses propres amalgames.

Le dialogue comme slogan, pas comme stratégie

« Grand invité » de RFI, Jean-Marc Kabund a loupé l’occasion en or qui lui était offerte à travers cette tribune internationale pour convaincre les Congolais du bien-fondé de sa démarche politique sur fond de dialogue inclusif. Sa prestation a montré l’inverse. Il est passé vraiment à côté de la plaque. Le fait déclencheur est là. Kabund, alors qu’il prône un « dialogue inclusif » pour sortir la RDC de la crise, s’est avéré incapable d’expliquer comment ce dialogue-forum ferait taire les armes à l’Est. Confronté aux accords internationaux déjà signés et non respectés, il oppose l’histoire des dialogues passés. Argument fragile.

Du reste, il semble ne pas maîtriser ladite histoire dans la mesure où, à part le Dialogue intercongolais de Sun City, la Conférence nationale souveraine ainsi que le Dialogue du Centre interdiocésain qu’il évoque n’ont pas eu lieu à la suite de conflits armés. La Conférence nationale souveraine a été dictée par l’impératif de faire migrer le pays vers la démocratisation après l’abolition du rôle dirigeant du MPR, parti-État, par le maréchal Mobutu à la suite de son discours du 24 avril 1990. Il en est de même du Dialogue piloté par les évêques catholiques après l’échec de celui conduit par le Togolais Edem Kodjo. Il a été suscité expressément par le président Joseph Kabila, qui entendait ainsi glisser après son deuxième et dernier mandat constitutionnel dont l’échéance arrivait à terme le 20 décembre 2016. Il a joué et gagné parce qu’ayant bénéficié par la suite d’une transition (glissement) de deux ans. La RDC n’était pas en rupture de paix du fait de la guerre. Le M23, première version, avait été vaincu trois ans plus tôt par les FARDC, appuyées par la Brigade de la MONUSCO.

Ses membres résiduels avaient trouvé refuge en Ouganda et au Rwanda. Même alors, le Dialogue intercongolais tenu en Afrique du Sud a connu comme sous-bassement l’Accord de Lusaka, résultat de l’engagement de la communauté internationale, qui avait fait taire au préalable les armes.

Si les puissances mondiales, en l’occurrence les États-Unis, n’ont pas réussi jusque-là à imposer la paix, comment un forum politique interne, sans leviers contraignants, sans contrôle et pouvoir sur les troupes rwandaises, y parviendrait-il ? La question est simple. Mais la réponse n’est pas venue.
Dialogue et Constitution : une équation non résolue

La contradiction devient flagrante lorsque Jean-Marc Kabund se fixe les lignes rouges à ne pas franchir en cas de dialogue. Kabund exige notamment le respect de la Constitution. Mais quelle disposition constitutionnelle fait d’un forum informel souverain pour décréter, en plein mandat légitime et légal, le changement de l’ordre institutionnel afin d’organiser une transition devant conduire le pays aux élections ? Il suggère en creux un schéma de dialogue incluant des groupes armés soutenus par l’étranger. Or, la Constitution congolaise, dont il ne tolère pas la transgression, proscrit clairement la prise de pouvoir par les armes. Sur quel fondement juridique reposerait une telle démarche ? Y a-t-il eu un putsch militaire, un coup d’État ou une révolution devant conduire à la tabula rasa ? Silence. L’appel au dialogue devient alors un slogan, non une stratégie. La question de RFI de savoir ce que Jean-Marc Kabund attend du dialogue inclusif trouve donc une réponse : le partage équitable et équilibré du pouvoir.

Entre reconnaissance de l’agression et relativisation

Plus troublant encore, c’est le raisonnement du président du parti Alliance pour le changement sur le Rwanda. Kabund reconnaît la présence militaire rwandaise sur le sol congolais. Il parle d’exactions. Il évoque même une annexion de fait d’une partie du territoire national. Puis, dans la même phrase, il relativise cette agression en la renvoyant à la « mauvaise gouvernance » interne. Comme si l’invasion d’un territoire pouvait se justifier par les failles de celui qui en est victime. Ce glissement est dangereux. Il brouille la responsabilité première. Il dilue la gravité de l’ingérence étrangère.

En effet, l’ancien président intérimaire de l’UDPS développe la même rhétorique que beaucoup d’autres avec lesquels ils forment le camp des détracteurs du régime actuel. Comme eux, il tente de banaliser la présence des troupes rwandaises sur le sol congolais qu’il reconnaît, « congoliser » la crise pour déresponsabiliser le régime de Paul Kagame sur les crimes perpétrés en RDC. Il note ainsi sans scrupule que le véritable problème du Congo, c’est la mauvaise gouvernance à la base du désordre général qui l’exposerait à l’agression rwandaise ! Une déclaration en flagrante contradiction avec tous les rapports des experts de l’ONU et des organismes internationaux crédibles, non sans compter les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, particulièrement les 2773 et 2808, qui n’épargnent pas le Rwanda sur ses razzias en RDC.

La critique de la gouvernance est légitime. Elle est même nécessaire. Mais elle ne peut servir d’alibi à l’effacement des lignes rouges. Aucun État n’accepte que son intégrité territoriale devienne une variable d’analyse. À ce compte-là, toutes les agressions trouveraient une excuse.

Évoquant le rapprochement entre le pouvoir de Kinshasa et le M23 dans le cadre du processus de Doha, il apparaît en réalité une confusion dans le chef de Jean-Marc Kabund. Les processus de Washington et de Doha ne sont pas nés ex nihilo : ils constituent les prolongements des initiatives de Luanda et de Nairobi, qui avaient échoué le 14 décembre 2024 après le refus du président rwandais de se rendre à Luanda pour la signature prévue. Le processus de Luanda portait sur les relations entre la RDC et le Rwanda, tandis que celui de Nairobi concernait le gouvernement congolais et les groupes armés. Ce dernier avait été suspendu lorsque le M23 avait repris les hostilités, notamment avec l’attaque ayant conduit à la prise de la cité de Bunagana.

Kabund invoque ensuite l’héritage d’Étienne Tshisekedi. Il dénonce un « système » prédateur qui aurait survécu aux alternances. Le constat n’est pas nouveau. Il est même largement partagé. Mais il oublie un détail décisif : il fut lui-même l’un des piliers du pouvoir qu’il condamne aujourd’hui. L’homme, qui appelait hier à la loyauté, se pose désormais en procureur. Cette conversion tardive interroge. Elle affaiblit la portée de son discours.

C’est à se demander si Jean-Marc Kabund appréhende le concept de « système politique » quand il affirme que l’UDPS, au pouvoir, n’a pas opéré une rupture pour mettre le pays sur l’orbite de la bonne gouvernance, voire du développement. Cependant, même si aucune excuse ne peut être trouvée pour les actuels dirigeants, il oublie que, sans majorité parlementaire, son ancien parti politique n’avait pas les coudées franches pour tracer sa politique. C’est ce qui a conduit à la triste alliance FCC-CACH. D’ailleurs, il avait court-circuité dès le départ le chef de l’État à ne pas nommer un « Informateur » relativement à sa déclaration faite fin février 2019 devant la presse en Namibie, en marge du Sommet de la SADC. À son insu, il avait, le 5 mars 2019, signé conjointement avec le professeur Néhémie Mwilanya un communiqué proclamant le FCC majoritaire et demandant à l’ancien président Joseph Kabila de désigner le Premier ministre. Il avait ainsi coupé les ailes à Félix Tshisekedi.

De toutes les façons, Jean-Marc Kabund se réfugie derrière la gouvernance pour cacher les mobiles à la base des sanctions qui ont mené à sa chute. Il n’a pas été aussi véritablement digne de ses responsabilités et de son rang en semant la zizanie sur la voie publique, où il a troué des pneus des véhicules de paisibles citoyens et fait fouetter par sa garde rapprochée, notamment des éléments de la garde présidentielle. Ce qui lui a valu en son temps des représailles de cette unité d’élite. Il y a plus. Propagateur de faux bruits, il n’a pas été non plus en mesure d’étayer ses déclarations devant la justice qu’il jette, avec raison, en pâture.

Le mythe du dialogue comme remède universel

Son plaidoyer pour un dialogue « salvateur » s’appuie sur les précédents historiques : Conférence nationale souveraine, Sun City, accords politiques successifs. Certes, ces rencontres ont parfois suspendu les combats. Mais elles ont aussi produit des compromis fragiles, des transitions interminables et des institutions hybrides. Le dialogue, dans l’histoire congolaise, a souvent gelé les crises sans les résoudre. Le présenter comme remède universel relève d’une mémoire sélective.
La réalité est plus rude. La paix ne se décrète pas autour d’une table si les rapports de force sur le terrain ne changent pas. La gouvernance ne se réforme pas par incantation si les mécanismes de prédation demeurent intacts. Et la souveraineté ne se négocie pas avec ceux qui la violent.

Ce qui manque aux propos de Kabund, c’est une ligne. Une hiérarchie des urgences. Une vision opérationnelle. Il dénonce tout, explique peu, propose moins encore. L’opposition n’est crédible que lorsqu’elle éclaire. Pas lorsqu’elle entretient la confusion.

La RDC traverse une crise grave. Elle mérite mieux que des formules creuses. Mieux que des parallèles hasardeux entre Mobutu, Kabila et Tshisekedi. Mieux que des raisonnements qui placent sur le même plan agresseur et victime. La critique doit viser juste, sinon elle devient un bruit de fond.
Il est temps pour les acteurs politiques, majorité comme opposition, de sortir des postures. Le pays n’a plus le luxe des querelles de tribune. Il a besoin de propositions précises : réforme de l’armée, restauration de l’État, diplomatie offensive, justice indépendante. Le reste n’est que rhétorique.

Jean-Marc Kabund voulait apparaître comme l’homme d’une alternative. Son intervention a surtout révélé l’impasse d’une parole sans cohérence. À force de dénoncer tous les systèmes, on finit par ne plus incarner aucune solution.

L’histoire congolaise est sévère avec ceux qui confondent critique et clairvoyance. Elle l’est davantage encore avec ceux qui banalisent les menaces extérieures au nom des faiblesses internes. Car un pays peut survivre à une mauvaise gouvernance. Il survit rarement à l’effacement de sa lucidité.
Le débat reste ouvert. Mais il exige désormais une exigence minimale : la vérité des faits, la cohérence des positions et le sens de l’intérêt national. Sans cela, le dialogue invoqué par Kabund ne sera qu’un mot de plus dans la longue liste des illusions politiques congolaises.

Pitshou Mulumba et Moïse Musangana

Ci-dessous, l’interview accordée par Jean-Marc Kabund à RFI en tant que « Grand Invité ».

RFI : Vous avez été détenu, vous avez été en prison pour des propos que vous avez tenus contre le président Tshisekedi et contre le pouvoir en place, vous avez fait la prison pour ça. Mais aujourd’hui, plusieurs mois plus tard, qu’est-ce que vous constatez ? Est-ce qu’il y a eu des changements depuis vos dénonciations, notamment, en rapport avec des détournements présumés, la mauvaise gestion du pays ?

J.M.K : Il faut dire que si tout était à refaire, je redirai la même chose avec conviction. Et d’ailleurs, j’ai comme l’impression que le temps étant le meilleur allié de la vérité, aujourd’hui tout s’est révélé être vrai. Je crois même que la situation ne fait que s’empirer du jour au jour.

RFI : Quelle situation par exemple ?

J.M.K : Vous avez un pays totalement désarticulé, il y a l’absence totale de l’État. La gouvernance aujourd’hui est basée sur la prédation, la corruption, les détournements, la concussion, le favoritisme. Vous avez un pays aujourd’hui avec une jeunesse totalement abandonnée, sans espoir. Le social des Congolais est catastrophique, le pays aujourd’hui est en manque d’infrastructures sociales de base. Vous avez la ville de Kinshasa, par exemple, où, lorsqu’il pleut, la ville est totalement coupée ; les embouteillages monstres. Le banditisme urbain, n’en parlons pas, parce qu’ici nous ne parlons pas encore de l’insécurité à l’est. Nous parlons de l’insécurité dans la ville de Kinshasa où, chaque jour, on peut se réveiller avec quatre, cinq, six, dix corps sans vie. Trouvez-vous normal tout cela ?

RFI : Vous avez été S.G du parti présidentiel, vous avez été 1er VP de l’Assemblée nationale, donc vous avez été au cœur du pouvoir de Kinshasa aujourd’hui. Quel est le vrai problème du Congo ?

J.M.K : Le vrai problème du Congo, c’est le système de gouvernance qu’il incarne depuis l’indépendance jusqu’à ce jour. En réalité, le combat, mené par feu Dr Étienne Tshisekedi et nous tous, consistait à faire la rupture de ce système corrompu, ce système de prédation, qui confisquait la majorité ou, peut-être, la totalité des richesses pour une poignée d’individus au sommet de l’État au détriment de l’ensemble de notre peuple. Ce système devait s’arrêter pour mettre en place une gouvernance rationnelle, une gouvernance qui prenait en compte les aspirations du peuple congolais, qui mettait l’homme congolais au centre de ces préoccupations. Donc, cela n’a pas été fait. Justement, c’est par là que l’UDPS pèche au pouvoir. Quand elle arrive au pouvoir, ce n’était pas pour continuer avec le système qu’il avait trouvé, mais, par contre, l’enrayer, mettre fin à ce système pour que le pays soit dirigé par une gouvernance qui prône la solidarité, l’équité, la justice, le bien-être pour tous. Et cela n’est pas arrivé. Voilà pourquoi la souffrance du peuple continue. D’ailleurs, vous allez voir que le régime Tshisekedi ressemble aujourd’hui à deux gouttes d’eau au régime Kabila, et le régime Kabila ressemble comme deux gouttes d’eau au régime Mobutu. Donc, le problème n’est pas le régime en soi, mais le problème c’est le système que ce régime adopte ou accepte de pouvoir fonder sa gouvernance.

RFI : Le problème n’est pas donc l’agression rwandaise comme le dit le président Tshisekedi ?

J.M.K : L’agression rwandaise existe, nous ne la nions pas. Le Rwanda est sur le territoire congolais. Les militaires rwandais tuent et commettent des exactions sur le territoire congolais. D’ailleurs, si cette présence est un problème, le premier à assumer, c’est Tshisekedi parce qu’il est le seul qui a prêté serment pour protéger les Congolais, protéger l’intégrité territoriale et préserver notre souveraineté. Donc, (…) le Rwanda est chez nous, occupe une bonne partie de notre territoire, je dirai même que nous sommes en train d’assister à une annexion de fait d’une partie du territoire congolais au Rwanda. Ça, c’est un fait. Mais, le vrai problème n’est pas celui-là. (…) que ce soit la présence rwandaise, l’intrusion rwandaise chez nous ou ces multiples groupes armés qui écument l’est du pays, non seulement à l’est, mais vous avez les Mobondo dans le Grand Bandundu et dans la périphérie de Kinshasa, vous avez l’Ituri, sont les faits et causes qui ont été longtemps masqués dans notre pays, auxquels la classe gouvernante ne veut pas s’attaquer, c’est notamment la gouvernance. Parce que dès lors que la gouvernance n’est pas bonne, il y a confiscation du pouvoir, il y a confiscation des richesses, toutes les richesses, par une poignée d’individus, créant ainsi la fracture entre le peuple et les gouvernants. Et du coup, un désordre s’installe au pays, c’est le chacun pour soi, Dieu pour tous. Vous voyez que toutes les conditions sont réunies pour exposer le pays à l’agression rwandaise.

RFI : Si vous identifiez le véritable problème de votre pays comme étant un problème de gestion et de gouvernance, comment le dialogue inclusif que vous prônez peut justement apporter une réponse à ce problème de gouvernance ? Comment la guerre va s’arrêter avec, notamment, un dialogue inclusif ?

J.M.K : Je n’ai jamais dit que le dialogue est une solution durable à la crise de l’est. Non.

RFI : Alors, qu’est-ce que vous attendez justement de ce dialogue inclusif ?

J.M.K : Le dialogue, aujourd’hui comme hier, dans les années 90 avec la Conférence nationale souveraine, en 2000-2001 jusqu’à 2003 avec le Dialogue intercongolais de Sun City, plus récemment en 2016 avec le Centre interdiocésain, le dialogue s’est révélé dans notre pays comme un mécanisme qui a évité au Congo l’implosion ou encore la balkanisation du pays dans ce sens qu’il arrive quand même à taire les armes pendant un moment, mettre ensemble les acteurs qui étaient farouchement opposés, les mettre autour d’une table, se regarder tout droit dans les yeux et se convenir de ce qui va être fait après la guerre. Et c’est justement ce que nous voulons aujourd’hui. Le problème aujourd’hui, le problème dans notre pays, ce n’est pas le dialogue en soi comme j’entends les gens dire : on a dialogué plusieurs fois, le dialogue n’apporte rien, c’est des politiciens qui veulent s’arranger, etc., mais non. Le problème, ce n’est pas le dialogue. Le dialogue, lui, vient sauver des vies humaines.

RFI : Comment le dialogue sauvera les vies humaines ?

J.M.K : Dès lors qu’il mettra autour d’une table tous les Congolais impliqués dans l’insécurité à l’est comme partout ailleurs au Congo et imposera dans un premier temps un cessez-le-feu. Ensuite, un accord global inclusif pourra imposer à tous les acteurs la cessation, sans autre forme de procès, des hostilités et envisager un processus démocratique transitoire jusqu’aux prochaines élections.

RFI : Sur quoi vous fondez justement cet optimisme en croyant que le dialogue inclusif va taire les armes, sachant qu’il y a déjà un dialogue, il y a le processus de Doha, le processus de Washington, il y a eu des accords qui ont été signés, les armes ne se sont pas tues ? Comment, par miracle, ce dialogue peut faire taire les armes ?

J.M.K : Moi, je m’interdis de penser personnellement que la solution du Congo proviendrait d’ailleurs. La solution du Congo proviendra des Congolais et entre Congolais. Parlons un peu du processus de Washington…

RFI : La question est simple : comment le dialogue inclusif peut faire taire les armes ?

J.M.K : Moi, je vais vous dire en quoi tous ces processus-là ne sont pas crédibles.

RFI : Si les États-Unis d’Amérique, première puissance militaire mondiale, arrivent justement à mettre autour de la table les protagonistes, le Qatar met en face les protagonistes, ils signent des accords, mais finalement ces accords ne sont pas respectés. Comment vous, avec quels moyens, quels leviers, vous allez faire en sorte que ce dialogue puisse faire taire les armes ? La question est simple.

J.M.K : Je vous ai ramené dans l’histoire récente de notre pays. Le dialogue a une vertu de pouvoir mettre ensemble les acteurs politiques et les amener à signer un accord de paix, à signer un accord politique. Ce n’est pas nouveau. Nous n’inventons pas la roue parce que nous avons vécu cela. N’oubliez pas qu’il y a de cela quelques décennies, deux décennies, le Congo était divisé en quatre, comment sommes-nous arrivés à réunifier le Congo parce que nous vivons la même situation. Nous avions une rébellion qui était soutenue par l’Ouganda, une rébellion qui était soutenue par le Rwanda, sans compter d’autres petites rébellions dissidentes de ces deux grandes. Le pays a engagé un processus de transition et est allé aux élections. Nous croyons fermement en la capacité des Congolais de pouvoir se regarder droit dans les yeux et de dire que le Congo vaut plus que tout autre chose et de faire avancer le processus de paix.

RFI : Croyez-vous la bonne foi des protagonistes, notamment de l’AFC-M23 justement, pour se retrouver dans ce dialogue ?

J.M.K : Nous ne croyons pas en la bonne foi. Mais, nous pensons que le dialogue aujourd’hui n’est pas une option, mais c’est un impératif pour sauver le Congo.

RFI : Mais comment ?

J.M.K : Le M23 doit comprendre cela et je crois qu’ils ont même déjà compris qu’il n’y a pas d’autres voies de sortie de crise à part le dialogue inclusif.

RFI : Pour terminer, l’AFC-M23 voit, notamment, ses responsables être condamnés à mort. Vous avez également de l’autre côté l’opposition politique où vous avez Joseph Kabila qui est condamné à mort, vous avez Aubin Minaku, Emmanuel Shadary, …. qui sont aujourd’hui en détention. On dialogue avec qui, comment, dans quelles conditions ?

J.M.K : Voilà pourquoi nous avons fixé des lignes rouges. Ça, c’est notre cahier des charges à nous. Nous avons dit que, pour nous, les lignes rouges sont : le respect de la Constitution, le respect de notre intégrité territoriale, et même de la souveraineté nationale. En sus, nous proposons des préalables. Nous disons : il y a des préalables qu’il faut mettre sur pied avant ce dialogue. Et la balle est dans le camp du président de la République, parce qu’aujourd’hui vous avez un pays où l’espace public est totalement confisqué, vous avez les opposants politiques qui ont un choix entre la prison et l’exil, plusieurs sont en exil, d’autres actuellement sont en prison et ceux qui sont en liberté ne le sont qu’en sursis, ils sont en liberté par sursis. Donc, à tout moment, ils peuvent être arrêtés, emprisonnés. On a une situation de troubles politiques au pays qui ne peut pas favoriser ni la paix, ni la cohésion, moins encore la tenue d’un dialogue. Voilà pourquoi nous disons que le pouvoir doit décrisper l’espace politique au Congo, il doit libérer les prisonniers politiques, il doit faire en sorte que les exilés politiques retournent dans leur pays.

RFI : Faire sauter les condamnations à mort par exemple ?

J.M.K : Les condamnations à mort… vous savez, au Congo la justice pose un sérieux problème. (…), moi je ne peux pas faire crédit à une condamnation d’un opposant par cette justice, c’est clair, parce qu’elle a été manipulée par le pouvoir en place pour obtenir la condamnation d’un opposant.

RFI : Donc, vous parlez de la décrispation, mais il se passe également que le président Tshisekedi a posé aussi ses conditions et parmi les conditions posées par le président Tshisekedi il y a, notamment, ne pas organiser un dialogue avec ceux qui sont, dit-il, en connivence avec l’agresseur.

J.M.K : Non. Ce narratif-là, il est menteur. C’est un narratif manipulateur. Déjà, lorsque Tshisekedi négocie avec le M23 à Doha, je ne comprends pas sur quelle base un tel raisonnement peut tenir debout, parce qu’il est en train de négocier avec le M23. Vous avez vu hier, je pense que ça passe dans les réseaux sociaux, comment un ministre du gouvernement est allé là où il y a les Mobondo, comment il les a récupérés, comment il était en train de danser avec eux. Est-ce que les Mobondo n’ont pas tué ? Savez-vous combien de morts les Mobondo ont fait dans le Bandundu et dans la périphérie de Kinshasa ? J’ai vu un ministre du gouvernement danser avec eux. Il les a pris, ils sont nourris aujourd’hui et on les amène je ne sais où. Donc, dire ça, c’est manipuler l’opinion. Le M23 n’est pas le seul problème au Congo. Nous n’avons pas qu’un seul groupe armé ou une seule rébellion au Congo. Il y en a beaucoup. Nous avons plus de 250 groupes armés. Vous avez les ADF/NALU qui tuent tous les jours, qui égorgent les Congolais, vous avez dans la province Orientale des gens qui meurent tous les jours des suites de groupes armés. Et les Congolais qui meurent des suites d’autres groupes armés sont moins que les Congolais qui meurent des suites du M23 ? Nous disons que la situation doit être abordée de manière holistique pour trouver des solutions durables.

RFI : Jean-Marc Kabund, je vous dis merci.

J.M.K : Merci.

Pitshou Mulumba et Moïse Musangana

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