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Kinshasa
24 février, 2026 - 20:26:12
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L’heure des responsabilités [Edito]

Il est des moments où un État cesse de plaider pour commencer à exiger. Mardi à Genève, la République démocratique du Congo a franchi ce seuil. Devant le Conseil des droits de l’homme, Kinshasa n’a pas seulement décrit une tragédie. Elle a demandé des comptes. Le message est clair : l’impunité dans l’Est du pays n’est plus tolérable.

Le constat est accablant. Des provinces entières ravagées. Des civils massacrés. Des femmes violées systématiquement. Des millions de déplacés. Ces crimes ne sont ni nouveaux ni invisibles. Ils sont documentés par les Nations unies. Ils sont connus des chancelleries. Et pourtant, ils perdurent. En portant ce dossier à la tribune internationale, la RDC rappelle une évidence : une tragédie ignorée devient une tragédie autorisée.

Mais l’intervention congolaise ne s’est pas limitée à la dénonciation. Elle a marqué une inflexion stratégique. Kinshasa assume désormais une diplomatie offensive. Accusations directes contre les soutiens extérieurs des groupes armés. Exigence de responsabilité pour les crimes commis. Plaidoyer pour un système international des droits humains plus robuste. Cette posture mérite d’être saluée. Non par solidarité automatique, mais parce qu’elle replace le droit au centre du jeu.

La RDC n’arrive pas les mains vides. Elle met en avant des réformes internes. Protection des victimes. Encadrement des ressources naturelles. Coopération avec les mécanismes d’enquête. Le signal est important. Un État qui réclame justice doit aussi démontrer sa volonté de l’appliquer chez lui. Sur ce point, des progrès existent. Ils restent fragiles. Ils doivent être consolidés. Mais ils existent.

L’enjeu dépasse les frontières congolaises. Si des crimes massifs peuvent être commis pendant des années sans conséquence réelle, c’est tout l’édifice du droit international qui vacille. Le multilatéralisme n’échoue pas par manque de principes. Il échoue par manque de courage politique. À force d’équilibres diplomatiques et de prudence stratégique, la protection des populations devient une variable d’ajustement.

La demande congolaise pose donc une question simple au monde : à quoi sert le système international des droits humains s’il ne protège pas ceux qui en ont le plus besoin ? Renforcer les mécanismes, financer les enquêtes, sanctionner les responsables, voilà des mesures concrètes. Le reste relève du discours.

Il serait facile de réduire cette démarche à une bataille diplomatique régionale. Ce serait une erreur. Ce qui se joue dans l’Est de la RDC est un test pour l’ordre international lui-même. Laisser perdurer l’impunité, c’est consacrer la loi du plus fort. Y mettre fin, c’est prouver que le droit n’est pas un slogan.

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