Il fallait clarifier. Bruxelles l’a fait. La mission humanitaire de la commissaire européenne Hadja Lahbib à Goma ne légitime « en aucun cas » le M23. Cette mise au point était nécessaire. Dans une région où chaque geste diplomatique est scruté, l’ambiguïté nourrit la défiance. Et la défiance nourrit la guerre. Le contexte est explosif. L’Est de la République démocratique du Congo vit l’une des crises humanitaires les plus graves du continent. Des millions de civils déplacés. Des villes menacées. Des violences persistantes. Face à cette tragédie, l’aide internationale est indispensable. Mais elle ne peut ignorer la réalité politique et sécuritaire du terrain.
La rencontre entre une haute responsable européenne et un chef rebelle a suscité des interrogations légitimes. Non par hostilité à l’aide humanitaire. Mais parce que, dans cette guerre, les symboles comptent autant que les actes. Une poignée de main peut être instrumentalisée. Une photo peut devenir un message politique. Bruxelles a donc eu raison de rappeler la ligne rouge : assister les populations, oui ; normaliser une rébellion armée, non.
Dans ce débat, la position de Kinshasa mérite d’être entendue et soutenue. La RDC ne refuse pas l’aide. Elle réclame le respect de sa souveraineté. Elle exige que l’action humanitaire ne devienne pas un cheval de Troie diplomatique. Sur ce point, sa vigilance est légitime. Un État qui protège son intégrité territoriale ne s’oppose pas à l’humanitaire. Il en fixe le cadre.
Il faut aussi reconnaître les efforts fournis par les autorités congolaises. Depuis des mois, elles alertent la communauté internationale. Elles documentent les exactions. Elles coopèrent avec les mécanismes onusiens. Elles tentent de maintenir un minimum d’ordre face à une crise qui déborde largement leurs capacités. Cette constance mérite mieux que des procès d’intention.
L’Union européenne, de son côté, marche sur une ligne étroite. Aider sans cautionner. Dialoguer sans reconnaître. Accéder aux populations sans donner prise à la propagande des groupes armés. Cet équilibre est difficile. Il exige clarté et fermeté. La déclaration belge va dans ce sens. Elle doit être suivie d’actes.
Car l’enjeu dépasse une visite diplomatique. Il touche à la crédibilité de l’ordre international. Si les groupes armés peuvent tirer bénéfice politique de l’aide humanitaire, alors l’humanitaire devient un outil de guerre. À l’inverse, si l’aide respecte strictement le droit international et la souveraineté des États, elle reste ce qu’elle doit être : un secours aux civils, rien de plus.
La priorité demeure les populations de l’Est. Elles attendent de la nourriture, des soins, une protection. Elles n’ont que faire des querelles diplomatiques. Mais elles ont besoin d’une aide qui ne prolonge pas leur calvaire en renforçant ceux qui l’ont provoqué.
La RDC a raison d’insister sur ce point. Sa position n’est pas un refus. C’est une exigence de cohérence. On ne peut condamner une rébellion et, dans le même temps, lui offrir une visibilité internationale ambiguë. On ne peut défendre le droit et tolérer son contournement.
Il appartient désormais à l’Europe de transformer ses déclarations en politique claire. Soutenir l’aide humanitaire. Renforcer la pression diplomatique pour une solution politique. Sanctionner les violations du droit international. Et surtout écouter les autorités congolaises, qui restent les premières responsables de la protection de leur population.
L’Est de la RDC n’a pas besoin d’ambiguïté. Il a besoin de solidarité lucide. L’aide doit sauver des vies, pas brouiller les lignes. Dans cette guerre longue et meurtrière, la neutralité humanitaire n’a de sens que si elle ne devient jamais une neutralité morale. Il lui revient désormais de prouver, sur le terrain, qu’ils engagent une véritable ligne de conduite. Car dans l’Est congolais, chaque geste compte. Et chaque silence aussi.
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