Cette fois, la RDC ne se contente plus d’être le plus grand réservoir francophone du monde : elle veut en devenir l’un des principaux moteurs politiques. En officialisant la candidature de Juliana Amato Lumumba à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie, Kinshasa pose un acte diplomatique majeur, à la fois symbolique et stratégique. Fille de Patrice Lumumba, figure fondatrice de l’indépendance congolaise, la candidate incarne une double ambition : inscrire la mémoire du pays dans l’avenir et repositionner la RDC au cœur des décisions multilatérales francophones. Derrière ce choix se lit la volonté de l’administration Tshisekedi de transformer le poids démographique du Congo en influence politique réelle au sein d’une organisation en quête de renouveau. Dans un contexte de recomposition géopolitique et culturelle, Kinshasa plaide pour une Francophonie plus inclusive, tournée vers les peuples et les défis contemporains. Une offensive diplomatique assumée, destinée à faire de la RDC non plus un simple pilier linguistique, mais un acteur central de la gouvernance francophone.
Kinshasa ne se contente plus d’observer. Elle agit. En présentant Juliana Amato Lumumba à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie, la République démocratique du Congo fait un choix audacieux, réfléchi, assumé. Un choix qui dépasse une candidature. Un signal politique. Une déclaration d’intention. La RDC entend compter. Et elle a des arguments.
Le fait déclencheur est clair. Le plus grand bassin francophone du monde veut peser sur l’avenir de la Francophonie. Pendant longtemps, l’espace francophone s’est structuré sans le centre de gravité démographique que représente le Congo-Kinshasa. Cette anomalie historique touche à sa fin. Avec Juliana Amato Lumumba, Kinshasa avance une figure qui relie mémoire et modernité, héritage et compétence, symbole et action. Le patronyme évoque l’indépendance. Le parcours parle de gouvernance, de coopération et d’influence. L’équation est puissante.
Cette candidature n’est pas un geste d’orgueil. C’est une stratégie. La Francophonie traverse une crise silencieuse. Contestée dans certains États, concurrencée par d’autres sphères linguistiques, parfois éloignée des préoccupations populaires. Elle doit se réinventer ou décliner. Qui mieux que l’Afrique, et en son cœur la RDC, pour porter cette refondation ? La langue française vit désormais majoritairement au sud du Sahara. Son avenir se joue à Kinshasa, Brazzaville, Abidjan, Dakar, bien plus qu’à Paris ou Bruxelles. Refuser cette réalité serait s’aveugler.
L’argument démographique s’impose. Mais il ne suffit pas. Kinshasa avance aussi un argument politique : celui d’une Francophonie des peuples, pas seulement des États. Une Francophonie utile, capable d’accompagner les transitions numériques, d’encourager l’éducation, de soutenir les industries culturelles africaines, de défendre la diversité face à l’uniformisation. Une Francophonie qui parle d’emplois, de jeunesse, d’innovation. Pas seulement de sommets et de déclarations.
Il y a aussi un enjeu de souveraineté narrative. Pendant trop longtemps, l’Afrique a été objet du discours francophone plus que sujet. En présentant sa candidate, la RDC affirme qu’elle veut écrire l’histoire et non la subir. Elle revendique une place à la table où se décident les orientations culturelles, politiques et économiques du monde francophone. Cette volonté est légitime. Elle est même nécessaire.
Certes, les défis demeurent. La crédibilité internationale se construit sur la durée. Elle exige stabilité interne, cohérence diplomatique, capacité de rassemblement. La RDC devra convaincre au-delà de son cercle naturel d’alliés. Elle devra rassurer ceux qui redoutent une Francophonie trop politisée ou instrumentalisée. Elle devra démontrer que cette ambition sert l’intérêt commun, pas seulement celui d’un État.
Mais il faut reconnaître l’essentiel : Kinshasa sort de la réserve. Elle propose. Elle projette. Elle assume une vision. Dans un monde fragmenté, cette volonté compte. Elle témoigne d’une Afrique qui ne veut plus seulement participer aux institutions internationales, mais les orienter. Une Afrique qui comprend que la diplomatie culturelle est devenue un levier majeur de puissance.
L’élection à la tête de l’OIF ne dépendra pas d’un seul pays. Elle résultera d’équilibres complexes, d’alliances discrètes, de calculs géopolitiques. Pourtant, quelle que soit l’issue, la démarche congolaise aura déjà produit un effet : replacer la RDC au centre du jeu francophone. Et rappeler que l’avenir de la langue française se conjugue aussi en lingala, en swahili, en tshiluba, en kikongo.
Il appartient désormais aux États membres de mesurer l’ampleur du moment. Choisir Juliana Amato Lumumba serait reconnaître que la Francophonie entre dans une nouvelle ère. Une ère où l’Afrique ne suit plus, mais guide. Une ère où la démographie devient leadership. Une ère où la mémoire de Lumumba se transforme en projet pour demain.
La RDC a ouvert une porte. Il reste à la Francophonie à décider si elle veut franchir ce seuil.
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