L’heure n’est plus aux déclarations d’intention, mais à l’action concrète. À l’ouverture du 3ᵉ Forum économique RDC–Angola à Kinshasa, les autorités des deux pays ont affiché une ambition claire : transformer une proximité historique en moteur de croissance durable. Devant des opérateurs économiques et des délégations gouvernementales de haut niveau, la Première ministre Judith Suminwa, le vice-Premier ministre Daniel Mukoko Samba et le ministre angolais José de Lima Massano ont convergé vers un même objectif : accélérer l’intégration régionale à travers des projets structurants, la facilitation des échanges et la mobilisation du secteur privé. Dans un contexte marqué par la ZLECAf, les trois discours ont insisté sur l’urgence de passer « des ambitions aux résultats mesurables », en s’appuyant sur des infrastructures clés et une coopération économique renforcée.
Le 3ᵉ Forum économique entre la République démocratique du Congo et l’Angola s’est ouvert le 1er avril 2026 à Kinshasa sur un constat largement partagé : les deux pays disposent d’atouts historiques, géographiques et économiques qui doivent désormais se traduire en résultats concrets.
Procédant à l’ouverture des assises, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a inscrit cette rencontre dans une profondeur historique rarement évoquée dans ce type de forum.
« Ce Forum dépasse le cadre d’une simple rencontre institutionnelle entre deux États. Il est avant tout l’expression d’un lien ancien, profond et vivant entre deux peuples », a-t-elle déclaré.
Évoquant les anciens espaces politiques et économiques tels que le Royaume Kongo ou l’empire Lunda, elle a rappelé que l’intégration régionale « était déjà une réalité vécue par nos peuples » bien avant d’être un concept moderne.
Pour elle, cette mémoire commune impose aujourd’hui une responsabilité : « Transformer cette fraternité en opportunités économiques concrètes » et « bâtir une prospérité partagée ».
Passer des discours aux résultats : un tournant attendu
Au cœur des interventions, un même leitmotiv s’est imposé : la nécessité de passer à l’action.
La cheffe du gouvernement congolais a été explicite : « L’intégration régionale ne se mesure pas à l’intensité de nos discours. Elle se mesure à la qualité de nos infrastructures, à la fluidité de nos échanges et aux opportunités réelles offertes à nos populations. »
Dans cette perspective, elle a identifié des priorités claires : la facilitation des transactions financières, la lutte contre la contrebande et le développement du corridor stratégique Dilolo–Lobito, présenté comme « un véritable levier de transformation économique ».
Même tonalité du côté du vice-Premier ministre en charge de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba. Pour lui, cette troisième édition doit être « celle de la concrétisation ».
« Nos peuples n’attendent plus des promesses. Ils attendent des transformations concrètes dans leur quotidien », a-t-il insisté.
Commerce informel et paiements : les défis structurels ciblés
Dans son intervention, le vice-Premier ministre a mis en lumière les obstacles majeurs qui freinent les échanges entre les deux pays, à commencer par le poids du commerce informel.
« S’il traduit le dynamisme de nos populations, il prive néanmoins nos économies de ressources substantielles », a-t-il expliqué.
Il a appelé à une formalisation progressive, notamment par la simplification des procédures administratives et la mise en place d’incitations adaptées.
Autre défi majeur : la question des paiements. « Le développement du commerce bilatéral requiert des systèmes financiers modernes, fiables et accessibles », a-t-il souligné, pointant les divergences monétaires comme un frein historique.
Enfin, il a plaidé pour une mutualisation des moyens afin de développer des chaînes de valeur régionales dans des secteurs clés tels que l’énergie, l’agriculture, la pêche ou les hydrocarbures.
L’Angola met en avant ses réformes et appelle à investir
Prenant la parole au nom du gouvernement angolais, le ministre d’État à la Coordination économique, José de Lima Massano, a salué « l’accueil fraternel » réservé à sa délégation et affirmé la volonté de construire « un espace économique intégré, partagé et prospère ».
Il a mis en avant les réformes engagées par l’Angola pour améliorer son attractivité économique : « Nous avons engagé un ensemble de réformes structurelles visant à stabiliser notre économie et à améliorer le climat des affaires. »
Parmi les indicateurs avancés : une croissance de plus de 5 % du secteur non pétrolier, une inflation en baisse et des réserves internationales estimées à 15,3 milliards de dollars.
S’adressant directement aux opérateurs économiques, il a lancé un appel sans détour : « Le succès de l’intégration dépendra avant tout de votre capacité à agir, à investir et à transformer ces opportunités en projets concrets. »
Un potentiel immense encore sous-exploité
Le contraste entre potentiel et réalité des échanges a été particulièrement souligné par la partie angolaise.
« Le commerce formel entre nos deux pays demeure limité, estimé à environ 600 millions de dollars par an, soit à peine 0,3 % du PIB combiné », a indiqué José de Lima Massano.
Un chiffre qui met en évidence l’ampleur des marges de progression, dans un espace économique de près de 170 millions d’habitants.
Dans cette optique, des avancées concrètes ont été mises en avant, notamment la mise en service du poste frontalier de Luvo, présenté comme une infrastructure moderne destinée à sécuriser et formaliser les échanges.
Les trois intervenants ont convergé sur l’importance des infrastructures comme socle de l’intégration régionale. Le corridor Dilolo–Lobito, en particulier, a été identifié comme un projet structurant majeur.
Pour Judith Suminwa, il s’agit d’un outil capable de « connecter nos économies, stimuler l’industrialisation et créer des emplois durables ».
Cette vision s’inscrit dans une ambition continentale plus large, portée par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
« Une Afrique qui commerce davantage avec elle-même est une Afrique plus forte, plus résiliente et plus prospère », a-t-elle affirmé.
Le secteur privé au cœur des attentes
Au-delà des discours institutionnels, les trois responsables ont insisté sur le rôle central du secteur privé.
« Les pouvoirs publics créent le cadre, mais ce sont les entrepreneurs qui donnent vie aux opportunités », a rappelé Daniel Mukoko Samba.
Les rencontres B2B, les expositions et les panels sectoriels organisés dans le cadre du Forum sont ainsi présentés comme des leviers essentiels pour transformer les intentions en partenariats concrets.
À l’issue de cette première journée, une convergence claire se dégage : la RDC et l’Angola entendent accélérer leur coopération économique dans un esprit de complémentarité et de pragmatisme.
José de Lima Massano a résumé cet état d’esprit en une formule : « Estamos juntos » « Nous sommes ensemble ». Une déclaration qui, au-delà de sa dimension symbolique, traduit la volonté des deux pays de bâtir une relation économique plus structurée, plus dynamique et orientée vers des résultats tangibles.
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