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Kinshasa
7 novembre, 2026 - 22:24:06
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Kinshasa : la spirale des braquages met au défi l’autorité de l’État

À Kinshasa, la peur est en passe de devenir un mode de vie. En pleine journée, des hommes armés opèrent dans les quartiers les plus fréquentés de la capitale congolaise, ciblant commerces, maisons de change, pharmacies ou opérateurs de mobile money, parfois à quelques pas de commissariats ou de camps militaires. Face à cette vague de braquages méthodiques, l’État semble à la peine. L’insécurité urbaine, désormais systémique, dessine les contours d’une crise de gouvernance où la réactivité policière fait défaut. Alors que le pouvoir central s’efforce de promouvoir une image de stabilité et d’attractivité économique, cette montée de la violence urbaine menace de ruiner les efforts diplomatiques et d’investissement. Si rien n’est fait pour endiguer ce phénomène, le risque est grand de voir la situation franchir un seuil irréversible — politiquement, socialement, sécuritairement.

Des coups de feu, des cris, des visages masqués. En l’espace de quelques minutes, tout bascule. Dans la commune de Lemba, à Kinshasa, une chambre froide spécialisée dans les produits vivriers a été braquée en plein jour, mardi 3 juin. Quinze hommes armés ont investi les lieux, traversant la section réservée à la vente au détail avant de forcer l’accès à la caisse. « Ils ont tout pris. Les recettes de la journée. Heureusement, il n’y a pas eu de blessés », souffle Gisèle, la caissière, encore sous le choc.

La scène n’est pas isolée. Le 30 mai, à l’Université de Kinshasa, des changeurs de monnaie ont été menacés par des individus armés en pleine journée. Deux jours plus tôt, le 28 mai, une agence de transfert d’argent située derrière la station Cobil de Lemba Terminus subissait une attaque similaire. Dans ce cas encore, les braqueurs – arrivés à moto – ont vidé les caisses et dérobé les téléphones portables des clients présents.

Le 19 mai, à Bandalungwa, c’est un dépôt pharmaceutique qui a été pris pour cible. Trois hommes, habillés en policiers, ont fait irruption à 10h du matin, neutralisant les vigiles et emportant plusieurs millions de francs congolais. Une semaine auparavant, à Kintambo, un opérateur mobile money a été abattu après avoir résisté à ses assaillants. La scène, filmée par un passant, a choqué l’opinion. Le 7 avril, un braquage similaire à Masina a coûté la vie à deux agents de sécurité.

Fin mars, dans la commune de Limete, une série de braquages nocturnes visant des cybercafés et points de transfert avait déjà suscité l’inquiétude. « Ils arrivent entre 3h et 4h du matin. Ils savent que les rondes sont rares à ces heures-là. On dirait qu’ils ont un informateur dans la police », accuse un habitant de la 9ᵉ rue. Plusieurs quartiers de Masina, Ndjili, Kimbanseke – connaissent des cas récurrents d’extorsion armée, souvent commis par des jeunes circulant à moto et communiquant par talkies-walkies.

Des attaques de plus en plus audacieuses

Les braqueurs n’hésitent plus à frapper en plein jour, dans des zones à forte densité, et souvent en périphérie d’édifices publics censés garantir la sécurité. « Le sentiment d’impunité semble total », déplore un commerçant de Matete. « On peut être attaqué en face d’un commissariat sans qu’aucune intervention immédiate n’ait lieu. »

Le phénomène est aggravé par la circulation illégale d’armes légères, l’inefficacité des dispositifs de prévention, et la faible capacité de réaction des forces de l’ordre. Certains commerçants évoquent un temps de réponse dépassant souvent les 30 minutes, même dans les cas de flagrant délit. À cela s’ajoute la méfiance à l’égard de certains éléments de la police, soupçonnés – à tort ou à raison – de collusion avec les milieux criminels.

L’État sur la défensive

Face à la montée de l’indignation, les autorités ont multiplié les annonces. Lors de la 45ᵉ réunion du Conseil des ministres, le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a promis « l’intensification de l’opération Ndobo », une initiative de traque des groupes criminels dans la capitale. Il a également souligné la nécessité de « réduire le nombre de policiers affectés à la sécurité privée » afin de renforcer la présence sur le terrain.

L’objectif affiché est de restaurer une forme d’autorité de l’État dans l’espace urbain. « Nous devons agir vite pour enrayer l’escalade », a-t-il insisté. Mais les effets concrets de ces annonces tardent à se faire sentir.

Une menace pour l’image du pays

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