Nommée le 12 juin 2024 à la tête du gouvernement congolais, Judith Suminwa Tuluka s’est imposée en un an comme la figure d’un exécutif résolu à rompre avec les errements du passé. Première femme à occuper ce poste en RDC, elle a donné à son mandat une tonalité nouvelle : celle de l’action concrète face à l’urgence. Dans un contexte marqué par la persistance du conflit à l’Est et la pression constante sur les équilibres économiques, son gouvernement affiche des indicateurs en net redressement. L’inflation a été ramenée sous la barre des 10 %, le franc congolais stabilisé, et le prix du carburant à la pompe revu à la baisse – une première depuis près d’une décennie. La croissance, soutenue, dépasse les 6 %, tandis que les services amorcent une prise de relais historique sur les industries extractives dans la formation du PIB. Ce rétablissement macroéconomique s’est doublé d’un regain de confiance des institutions internationales : FMI et Banque mondiale ont renouvelé leur soutien à hauteur de 1,49 milliard de dollars. Sur le plan diplomatique, Kinshasa a repris l’initiative, obtenant des résolutions clés à Genève et au Conseil de sécurité contre les incursions rwandaises, et marginalisant Kigali au sein de la CEEAC. Un an après son investiture, la promesse d’un gouvernement des résultats semble, au moins partiellement, tenue.
Le 12 juin 2024, Judith Suminwa Tuluka entrait dans l’histoire de la République démocratique du Congo (RDC) en devenant la première femme nommée Première ministre. Un an plus tard, l’heure est au premier bilan. Dans un pays en proie à une guerre meurtrière à l’Est, à une instabilité chronique de ses institutions et à une dépendance historique aux matières premières, le gouvernement dit de « rupture » affiche des résultats tangibles, en rupture justement avec l’immobilisme des décennies précédentes.
Une stabilité macroéconomique reconquise
Sur le front économique, les signaux envoyés au cours des douze derniers mois ont été jugés globalement positifs par les partenaires internationaux. L’inflation, qui culminait à plus de 20 % en 2023, a été progressivement ramenée vers un chiffre à un seul digit, avec des prévisions de la Banque centrale avoisinant les 8 % pour fin 2025. Une performance d’autant plus notable que le contexte régional — guerre dans l’Est, tensions politiques dans les pays voisins — reste délétère.
Autre réussite : la relative stabilité du taux de change. Depuis plusieurs mois, le franc congolais se maintient autour de 2 850 pour un dollar américain, sans fluctuations marquées, un fait rare dans l’histoire récente du pays. Une telle régularité a permis une meilleure planification budgétaire et une confiance accrue dans le secteur privé.
Sur le plan du pouvoir d’achat, le gouvernement a agi sur le prix du carburant à la pompe, procédé à des réajustements tarifaires à la baisse, et réduit la pression sur le Trésor public. Le prix du litre d’essence a baissé pour la première fois depuis près d’une décennie, offrant un souffle aux ménages et aux transporteurs urbains.
Croissance et prémices de diversification
Avec une croissance du PIB estimée à plus de 6 % en 2024 — soit presque le double de la moyenne africaine — la RDC reste l’une des locomotives économiques du continent. Mais au-delà des chiffres, un changement de structure semble s’esquisser : pour la première fois, la contribution des services au PIB dépasse celle des industries extractives.
Une inflexion que les économistes jugent encore embryonnaire, mais potentiellement historique. « La RDC a toujours été prisonnière de la rente minière. Le signal donné par le gouvernement Suminwa est que les services, les infrastructures, les télécommunications et l’agriculture peuvent constituer une base alternative de croissance », estime Albert Malumba, chercheur au Centre d’analyse économique de Kinshasa.
Soutien renforcé des institutions internationales
Cette stabilité retrouvée a permis à la RDC de regagner la confiance des bailleurs internationaux. Le Fonds monétaire international (FMI) a validé, au cours du premier trimestre 2025, la deuxième revue du programme en cours avec Kinshasa. Une reconnaissance qui a entraîné, dans la foulée, le déblocage par la Banque mondiale d’une enveloppe record de 1,49 milliard de dollars pour financer des projets d’infrastructures, d’accès à l’eau potable, d’éducation et de transformation agricole.
« Cette approbation est un vote de confiance, mais aussi une exigence de rigueur », souligne une source diplomatique à Washington. Les institutions de Bretton Woods suivent en effet avec attention les réformes structurelles engagées par le gouvernement, notamment en matière de transparence budgétaire et de lutte contre la corruption.
Une diplomatie qui assume ses positions
Parallèlement à ces efforts internes, la cheffe du gouvernement a mené une diplomatie résolument tournée vers les résultats. Sur le plan multilatéral, la RDC a obtenu une résolution du Conseil des droits de l’homme des Nations unies à Genève, reconnaissant officiellement l’existence de crimes commis par des éléments de l’armée rwandaise sur son sol. Une avancée considérable dans un dossier longtemps ignoré par les chancelleries occidentales.
Quelques mois plus tard, le Conseil de sécurité adoptait la résolution 2773, appelant explicitement au retrait des troupes rwandaises de la RDC. « Ce langage clair est le fruit d’un travail patient de documentation, de plaidoyer, et d’alliances stratégiques », confie un membre de la diplomatie congolaise.
La stratégie s’est prolongée sur le terrain régional : en mars 2025, la RDC a réussi à faire prolonger la présidence guinéenne de la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC), écartant ainsi le Rwanda. La réponse de Kigali ne s’est pas fait attendre : le pays a annoncé son retrait de l’organisation sous-régionale, dénonçant une « politisation » de l’intégration africaine. Pour Kinshasa, il s’agit d’un signal de fermeté.
Entre attentes et espoirs
Si les résultats sont salués, ils n’enlèvent rien aux immenses défis qui se dressent encore. La guerre dans l’Est, les déplacements massifs de populations, l’insécurité foncière, la faiblesse des infrastructures rurales et les tensions sociales restent des obstacles majeurs. Judith Suminwa en est consciente : « Le Congo doit parler moins et agir plus », avait-elle déclaré lors de sa déclaration de politique générale.
À mi-mandat du président Tshisekedi, le gouvernement Suminwa est encore loin d’avoir tout accompli. Mais au moins aura-t-il prouvé que l’on peut gouverner sans se contenter de discours.
Infos27

