77.38 F
Kinshasa
8 novembre, 2026 - 05:39:53
Image default
AnalysesFlash InfosLa unePolitique

Est de la RDC : dialogue ou dilution des responsabilités ? [Analyse de Pitshou Mulumba, journaliste et politologue]

À vouloir incarner l’équilibre, l’Union européenne prend le risque d’entretenir l’ambiguïté. En plaidant pour un « dialogue intercongolais inclusif » afin de résoudre la crise dans l’Est de la République démocratique du Congo, Bruxelles affirme agir au nom du multilatéralisme et de la paix durable. Mais cette posture soulève une interrogation stratégique majeure : peut-on traiter comme une crise politique interne un conflit reconnu, par des preuves avérées et documentées, comme une agression extérieure, sans fragiliser la lecture juridique consacrée par les résolutions 2773 et 2808 du Conseil de sécurité des Nations unies ? Ces textes rappellent pourtant avec clarté le principe de souveraineté et d’intégrité territoriale de la RDC, agressée par le Rwanda sous couvert de ses supplétifs de l’AFC/M23. Or, en mettant l’accent sur un dialogue interne, l’Union européenne semble déplacer le centre de gravité du débat : de la responsabilité des soutiens extérieurs vers une recomposition politique interne. La comparaison avec l’Ukraine accentue ce malaise. Là-bas, l’UE désigne explicitement l’agresseur et concentre son action sur le soutien à l’État attaqué ; ici, le discours privilégie l’inclusivité et la médiation interne. Cette différence de cadrage alimente le sentiment d’un traitement diplomatique asymétrique. À cela s’ajoute l’arrière-plan géoéconomique : compétition accrue pour les minerais stratégiques, accord signé en 2024 entre l’Union européenne et le Rwanda, repositionnement des puissances sur les chaînes d’approvisionnement critiques. Dans un tel contexte, l’appel au dialogue, pourtant présenté comme vertueux, est perçu comme politiquement ambigu et diplomatiquement imprécis. Faute d’une clarification nette sur la nature du conflit et sur les responsabilités en jeu, la parole européenne risque d’être interprétée non comme un levier de paix, mais comme un signal de relativisation, au moment même où l’Est congolais demeure ravagé par les combats et les déplacements massifs de populations.

Devant le Parlement européen, le 10 février, la commissaire chargée de la gestion des crises, Hadja Lahbib, a déclaré : « Le multilatéralisme est essentiel pour parvenir à la paix. Toutefois, un dialogue intercongolais inclusif serait un moteur indispensable à une paix durable. »

Pour l’Union européenne, cette ligne s’inscrit dans une dynamique diplomatique régionale, notamment après la réunion de Luanda ayant réuni Félix Tshisekedi, João Lourenço et Faure Gnassingbé, laquelle a mandaté l’Angola pour consulter les parties congolaises en vue de préparer un dialogue.

Mais sur le terrain, les affrontements persistent au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, avec plus de 500 000 déplacés depuis décembre 2025, selon des sources humanitaires.

Ce débat, à mon humble avis, dépasse largement la simple rhétorique diplomatique. À force de vouloir paraître équilibrée, l’Union européenne donne le sentiment de brouiller les lignes. Lorsqu’un État invoque d