L’heure des communiqués creux est passée. À Addis-Abeba, Félix Tshisekedi et António Guterres ont parlé le langage de l’urgence. Celui des actes. Celui du droit. Dans une région où les promesses ont trop souvent remplacé les résultats, cette convergence n’est pas un détail diplomatique. C’est un signal. La RDC ne demande plus la compassion. Elle exige l’application des engagements.
Depuis plusieurs années, Kinshasa multiplie les initiatives. Processus de Nairobi. Accords de Luanda. Dialogue de Doha. Acceptation d’un cessez-le-feu proposé par l’Angola. Ouverture à des médiations concurrentes. Peu d’États, confrontés à une agression persistante sur leur sol, auraient consenti à autant de cadres de discussion. La RDC, elle, l’a fait. Par choix. Par responsabilité. Par volonté d’éviter l’embrasement régional.
Cette posture mérite d’être reconnue. Elle est trop souvent minimisée. Pourtant, elle révèle une stratégie claire : isoler politiquement les acteurs de la guerre, contraindre les soutiens extérieurs à sortir de l’ambiguïté, replacer le conflit dans le champ du droit international. L’appel conjoint à un appui « crédible » de la MONUSCO s’inscrit dans cette logique. Sans mécanisme vérifiable, un cessez-le-feu n’est qu’une pause tactique. Avec lui, il peut devenir un tournant.
L’intervention de Cyril Ramaphosa va dans le même sens. Lorsque la première puissance industrielle du continent dénonce des annexions territoriales et rappelle l’exigence de souveraineté, elle valide la ligne défendue par Kinshasa. L’Afrique commence à parler d’une voix plus ferme. C’est une évolution majeure. Car la guerre dans l’Est de la RDC n’est pas un conflit périphérique. Elle teste la capacité du continent à défendre ses propres principes.
Reste l’essentiel : transformer cette unité verbale en pression réelle. Sur le terrain, les populations attendent des routes sûres, des villages reconstruits, des écoles rouvertes. Pas des sommets supplémentaires. La paix ne se décrète pas. Elle se vérifie. Elle se protège. Elle se sanctionne quand elle est violée.
La RDC a fait sa part. Elle a accepté de négocier sans renoncer à son intégrité. Elle a ouvert des voies diplomatiques sans céder sur ses droits. Il appartient désormais à la communauté internationale, et d’abord aux partenaires africains, de prouver que le droit n’est pas un slogan mais une règle.
Addis-Abeba peut marquer un basculement. Ou un rendez-vous manqué de plus. L’histoire jugera sur les faits. Pas sur les intentions.
Infos27

