Un tournant symbolique et politique. Le 6 avril 2026, le président Félix Tshisekedi Tshilombo a annoncé à Nkamba l’octroi d’un statut de « ville sainte » à cette cité emblématique du Kongo Central. Cette décision, prise lors de la commémoration dédiée à Simon Kimbangu, vise à adapter la gouvernance de ce haut lieu spirituel et à accompagner son développement. Entre reconnaissance historique, enjeux identitaires et valorisation du patrimoine religieux, Kinshasa inscrit Nkamba dans une nouvelle dynamique de rayonnement national et international.
La cité de Nkamba, considérée comme la « Nouvelle Jérusalem » et cœur spirituel du kimbanguisme, entre dans une nouvelle ère institutionnelle. En déplacement dans cette localité du Kongo Central, le 6 avril 2026, le président de la République, Félix Tshisekedi Tshilombo, a annoncé son élévation au statut de « ville sainte » dotée d’un régime particulier.
Cette décision a été rendue publique à l’occasion de la commémoration de la Journée nationale dédiée au combat de Simon Kimbangu et à la conscience africaine, célébrée chaque année le 6 avril. Elle coïncide également avec le 105ᵉ anniversaire de la création de l’Église kimbanguiste, conférant à l’annonce une portée à la fois historique et symbolique.
Arrivé à Nkamba en compagnie de la Première dame, Denise Nyakeru, après un atterrissage à proximité du site, le chef de l’État a d’abord échangé avec le chef spirituel de l’Église kimbanguiste, Simon Kimbangu Kiangani, avant de prendre la parole devant les fidèles et les autorités présentes.
« Aujourd’hui je suis venu vous saluer parce que, comme vous le savez, c’est un jour spécial », a déclaré le président, rappelant le caractère férié de cette date sur toute l’étendue du territoire national. « J’ai pris une autre nouvelle décision. C’est celle de doter la cité de Nkamba d’un statut spécial […] Nkamba devra devenir une ville sainte », a-t-il ajouté.
Par cette mesure, les autorités congolaises entendent reconnaître la singularité de Nkamba, lieu de pèlerinage et centre névralgique du kimbanguisme, mouvement religieux fondé au début du XXᵉ siècle et profondément ancré dans l’histoire du pays. Ce statut ouvre la voie à des dispositifs administratifs spécifiques, adaptés aux réalités de ce territoire à forte dimension spirituelle et culturelle.
L’objectif affiché est double : encadrer le développement urbain et touristique de Nkamba tout en préservant son identité. La croissance du site, alimentée par des flux réguliers de fidèles et de visiteurs, nécessite en effet une planification adaptée et des infrastructures adéquates.
Cette reconnaissance officielle s’inscrit dans une politique plus large de valorisation des territoires à forte portée symbolique. Elle traduit également une volonté de renforcer le rôle du patrimoine culturel et religieux dans la construction de l’identité nationale.
Les réactions n’ont pas tardé à se manifester. Les autorités traditionnelles et coutumières ont salué cette décision, y voyant un acte de reconnaissance majeur. « Les autorités coutumières voudraient remercier le Président […] d’avoir rallumé le flambeau du réveil congolais », indique un communiqué signé par Sa Majesté Mfumu Difima.
Au-delà de l’hommage institutionnel, la portée de cette journée dépasse le cadre religieux. Pour certains observateurs, elle incarne un appel à la conscience africaine et à la mémoire historique. « Cette journée est un rappel à la lutte pour la conscience noire et africaine », a affirmé Mwazulu Diyabanza, évoquant l’héritage du combat mené par Simon Kimbangu.
Dans cette perspective, le kimbanguisme apparaît comme un vecteur d’influence pour la RDC. Plus qu’une confession religieuse, il constitue un élément de soft power, contribuant au rayonnement culturel et spirituel du pays à l’échelle internationale.
Simon Kimbangu, prophète et résistant
Figure centrale de l’histoire spirituelle et politique congolaise, Simon Kimbangu incarne à la fois un guide religieux, un symbole de résistance et un précurseur de la conscience nationale. Né le 12 septembre 1887 à Nkamba, dans l’actuel Kongo Central, et mort le 12 octobre 1951 à Élisabethville, aujourd’hui Lubumbashi, il laisse derrière lui un héritage durable qui dépasse le seul cadre religieux.
Formé au sein de la Baptist Missionary Society, où il est baptisé en 1915, Simon Kimbangu débute comme catéchiste avant de revendiquer un appel divin à prêcher et à guérir. « Dieu l’a appelé à une mission précise : guérir et prêcher pour les siens », rapporte la tradition kimbanguiste. Cette vocation marque le début d’un parcours singulier, à la croisée du religieux et du social.
Après un passage à Léopoldville en 1919, où il travaille dans les huileries du Congo belge et entre en contact avec des milieux anticoloniaux, il retourne à Nkamba en avril 1921. C’est là qu’il entame une prédication axée sur le Royaume de Dieu, la foi et des principes de vie tels que la monogamie.
Le 6 avril 1921 constitue un moment fondateur. Selon ses disciples, il guérit une femme gravement malade par imposition des mains, un acte perçu comme miraculeux. Les semaines suivantes, d’autres guérisons renforcent sa notoriété. Ses fidèles le désignent comme « Ntumua ya Nzambi’a Mpungu », c’est-à-dire « l’envoyé de Dieu tout-puissant ».
Son mouvement, né à Nkamba, prend rapidement de l’ampleur et donne naissance au kimbanguisme. Bien que sa prédication ne soit pas explicitement politique, elle véhicule des idées perçues comme subversives par les autorités coloniales. Il annonce notamment la fin de la colonisation et évoque une « dipanda dianzole », une seconde indépendance.
Face à l’essor de ce mouvement, l’administration belge réagit. Le 6 juin 1921, une tentative d’arrestation est menée par le commissaire Léon Morel, sans succès. Plusieurs de ses partisans sont néanmoins arrêtés, et des affrontements font des victimes.
En septembre 1921, Simon Kimbangu se rend volontairement aux autorités. Jugé par un conseil de guerre, il est condamné à mort au terme d’une procédure qualifiée d’« arbitraire ». Sa peine est commuée en détention à perpétuité par le roi Albert. Il est transféré à la prison d’Élisabethville, où il passera près de trente ans en détention jusqu’à sa mort en 1951.
Malgré son emprisonnement, son influence ne cesse de croître. Ses disciples structurent progressivement son enseignement, donnant naissance à l’Église kimbanguiste. Celle-ci émerge officiellement après des années de clandestinité et de persécutions, avant de s’imposer comme une institution religieuse majeure.
À la veille de l’indépendance du Congo en 1960, l’Église se consolide sous le nom d’Église de Jésus-Christ sur la terre par le prophète Simon Kimbangu. Elle devient en 1969 la première Église africaine admise au Conseil œcuménique des Églises, marquant une reconnaissance internationale.
L’héritage de Simon Kimbangu dépasse le cadre religieux. Il est considéré comme une figure de résistance contre l’oppression coloniale et un symbole du nationalisme congolais. Son message, mêlant foi, dignité et émancipation, continue d’inspirer des générations.
Aujourd’hui, le kimbanguisme regroupe des millions de fidèles en RDC et à l’étranger. Environ 10 % des croyants congolais s’en réclament, témoignant de l’ancrage profond de cette tradition dans la société.
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