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Kinshasa
19 septembre, 2026 - 18:58:38
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Congo Airways : deux alertes internes, une même inquiétude

À Congo Airways, la contestation interne change d’échelle. Deux correspondances, adressées les 2 et 4 septembre à la ministre du Portefeuille et à la Première ministre, mettent en cause la gestion de la compagnie, évoquant plus de 23 millions de dollars d’appuis financiers, des contrats de location d’avions contestés et 28 mois d’arriérés de salaires. Alors que ces alertes appellent des réponses chiffrées et documentées, des agents affirment que la direction générale privilégierait la pression et le déplacement du débat vers des considérations identitaires et sécuritaires. Une accusation qui ajouterait une nouvelle dimension à la crise de gouvernance.

À Congo Airways, la question n’est désormais plus seulement celle de la reprise des vols. Elle porte sur l’utilisation des ressources mobilisées pour sauver la compagnie nationale, la justification de certaines dépenses et les résultats obtenus après près de vingt mois de gestion de l’actuelle direction générale.

Deux documents internes adressés aux autorités viennent donner une dimension institutionnelle à ces interrogations. Le 2 septembre, le président du conseil d’administration, Jean Bertrand Ewanga, a saisi la ministre du Portefeuille. Deux jours plus tard, le banc syndical a écrit à la Première ministre pour dénoncer la situation financière et sociale de l’entreprise.

Les chiffres qui appellent des explications

Dans sa correspondance, le conseil d’administration affirme que plus de 23 millions de dollars ont été mobilisés pour accompagner la reprise des activités de Congo Airways. Le document détaille notamment plusieurs financements publics ainsi que des appuis de la Caisse nationale de sécurité sociale.

Malgré ces ressources, le conseil d’administration déplore l’absence de reprise durable des opérations. Il met également en cause plusieurs opérations de location d’aéronefs.

Un Airbus A320 loué auprès d’Africa Allegiance aurait notamment généré, selon le document, plusieurs dépenses alors que l’appareil est demeuré immobilisé pendant une période importante. Le conseil évoque notamment une réserve de maintenance de 770.000 dollars et une prime d’assurance de 647.528 dollars.

Une autre opération, portant sur 255.000 dollars versés à International Air Leases pour la location d’un Airbus A320-232, est également contestée. Le conseil d’administration affirme que cet appareil n’aurait finalement jamais été exploité par Congo Airways et indique qu’une commission d’audit interne a examiné le dossier.

La réponse attendue est d’abord comptable

C’est précisément sur ce terrain que se situe aujourd’hui l’une des principales tensions. Les interrogations formulées appellent des réponses précises : quels montants ont été reçus ? À quelles dates ? Pour quelles opérations ? Quels bénéficiaires ont été payés ? Quels appareils ont effectivement volé ? Quels contrats ont été résiliés et avec quelles conséquences financières ?

Or, selon des agents et sources internes cités dans le dossier, plutôt que de répondre systématiquement à ces questions par des éléments chiffrés, la direction générale s’emploierait à déplacer la controverse vers d’autres considérations, notamment à travers des pressions ou des tentatives d’intimidation à l’égard de ceux qui réclament des explications. Mais le principe demeure : une question financière ne disparaît pas parce qu’elle devient politiquement ou socialement inconfortable.

Le tribalisme et le M23 ne répondent pas aux comptes

Des agents affirment également que certaines critiques de la gestion seraient renvoyées à des accusations de tribalisme ou associées au contexte du M23 et de la guerre dans l’Est de la RDC. Mais le débat de fond reste inchangé. Une demande d’explication sur l’utilisation de fonds publics ne constitue pas, par elle-même, une attaque contre une communauté. Elle appelle une réponse portant sur les montants, les contrats, les décisions et les résultats. La traçabilité des ressources demeure une exigence de gouvernance, quelle que soit l’identité des personnes concernées.

Le personnel face à 28 mois d’arriérés

La crise financière se double d’un profond malaise social. Dans leur lettre du 4 septembre, les agents, cadres et représentants syndicaux font des sit-in à Kinshasa et dans les différentes escales de Congo Airways.

Ils dénoncent notamment la « mauvaise utilisation des ressources financières » mises à la disposition de l’équipe dirigeante et réclament la reprise effective des activités. Surtout, ils font état de 28 mois d’arriérés de salaires, dont 14 mois accumulés sous l’actuelle équipe dirigeante. Ils demandent également une prise en charge médicale effective des agents et de leurs familles, tout en affirmant vouloir mener des actions « dans un esprit républicain, pacifique et respectueux de l’ordre public ».

L’audit comme sortie de crise

Les deux correspondances placent ainsi la direction générale devant une demande difficile à contourner : établir les faits. Le conseil d’administration parle de « défis criants de management » et de « gaspillage des ressources financières et humaines ». Le banc syndical,