La République démocratique du Congo veut changer de statut dans l’économie mondiale : de simple fournisseur de minerais stratégiques, elle entend devenir un acteur de leur transformation, de l’innovation et des chaînes de valeur. Représentant le Président Félix Tshisekedi à la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, la Première ministre Judith Suminwa a placé cette ambition au cœur de son intervention à New York, en l’articulant avec les enjeux de paix, de souveraineté et de réforme de la gouvernance mondiale. Face à une demande croissante de cobalt, cuivre, lithium, nickel et autres minerais critiques, la cheffe du Gouvernement a défendu une nouvelle relation entre pays producteurs, investisseurs et marchés consommateurs, fondée sur la transformation locale, le transfert de technologies, la création d’emplois et un partage plus équitable de la valeur. « Nous ne voulons plus être seulement le sous-sol de l’économie mondiale ; nous entendons en devenir un atelier, un laboratoire et un partenaire souverain », a-t-elle affirmé, résumant la nouvelle ambition congolaise.
Cette orientation repose également sur une responsabilité accrue de la RDC dans la gouvernance de ses ressources. Judith Suminwa a mis en avant la transparence des contrats et des revenus extractifs, la traçabilité des minerais, la lutte contre la fraude, la formalisation de l’exploitation artisanale et la sécurisation des zones minières. Elle a surtout réaffirmé l’engagement contre le travail des enfants, avec un objectif clairement assumé : « zéro enfant dans les mines ». Kinshasa propose ainsi l’élaboration d’un cadre mondial destiné à rendre les chaînes de valeur des minerais critiques plus justes, traçables et résilientes.
La Première ministre a par ailleurs établi un lien direct entre ressources naturelles, paix et sécurité. Elle a dénoncé la poursuite du conflit dans l’Est de la RDC et appelé à l’application effective des engagements internationaux, notamment ceux issus des processus de Washington, de Doha et de l’Union africaine. Le dialogue national lancé par le Président Félix Tshisekedi est présenté comme un instrument de cohésion interne, tandis que la défense de l’intégrité territoriale demeure une exigence non négociable.
Le Corridor de Lobito s’inscrit dans cette même vision. Pour Kinshasa, il ne doit pas seulement accélérer l’acheminement des minerais vers les marchés mondiaux, mais devenir une colonne vertébrale de l’industrialisation régionale, capable de favoriser les infrastructures, l’énergie, les investissements et la création d’emplois.
De l’intelligence artificielle à la transition énergétique, du climat à la santé, de l’éducation au financement du développement, Judith Suminwa a ainsi porté devant l’ONU une vision d’une RDC qui veut prendre pleinement part aux transformations mondiales. Une ambition résumée par une exigence : transformer ses richesses naturelles en capacités industrielles, en emplois, en savoir-faire et en prospérité, plutôt que de demeurer cantonnée au rôle de fournisseur de matières premières.
DISCOURS DE SON EXCELLENCE MADAME LA PREMIERE MINISTRE, CHEFFE DU GOUVERNEMENT DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO, REPRESENTANT LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, CHEF DE L’ETAT AU DEBAT GENERAL DE LA 81ÈME SESSION ORDINAIRE DE L’ASSEMBLEE GENERALE DES NATIONS UNIES
New York, le 23 septembre 202
Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
Excellences, Mesdames et Messieurs les Chefs d’État et de Gouvernement,
Le privilège m’est fait de porter, au nom de Son Excellence Monsieur Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, Président de la République Démocratique du Congo, Chef de l’État, la vision congolaise du futur de notre Organisation du haut de cette tribune.
Je voudrais adresser mes chaleureuses félicitations à Son Excellence Monsieur Khalilur Rahman pour son élection à la présidence de cette 81ème session de l’Assemblée générale. Je rends également hommage à Son Excellence Madame Annalena Baerbock pour le travail accompli au cours de la précédente session.
Je tiens enfin à rendre un hommage appuyé à Monsieur António Guterres, Secrétaire général des Nations Unies, alors que son mandat touche à son terme. Au cours d’une décennie éprouvée par les guerres, la pandémie, l’urgence climatique et l’accentuation des tensions géopolitiques, il a défendu avec constance la paix, la dignité humaine et la coopération internationale.
Monsieur le Président,
Le thème de cette session — « Rétablir la confiance, gérer la transformation : une Organisation des Nations Unies au service de tous » — exprime avec justesse le défi qu’il nous revient collectivement de relever afin de raviver l’espoir que suscitait notre Organisation au moment de sa création.
Pour la République Démocratique du Congo cette session est une nouvelle fois l’occasion d’une réaffirmation de sa foi en un multilatéralisme fondé sur la recherche permanente d’une paix et d’une justice qui ouvre la voie, non pas, à la prospérité de quelques-uns, mais plutôt à la création d’un véritable horizon partagé entre les peuples et pour les générations futures.
Cette foi nous oblige cependant à regarder avec lucidité les transformations du monde et à nous interroger sur la capacité de notre Organisation à évoluer avec lui. Car nos peuples, eux, n’ont jamais cessé de croire en la nécessité d’une coopération internationale ; une coopération qui dans les heures les plus difficiles se mobilise avec promptitude mais qui peut aussi, à certains égards, sembler tarder ailleurs ; lorsque l’intégrité territoriale est défendue avec vigueur dans une crise et semble négociable dans une autre ; lorsque la souffrance des civils appelle l’action en un lieu mais paraît s’accommoder de l’attente dans un autre.
Il ne peut en réalité y avoir de confiance durable lorsque la force de nos principes proclamés varie selon les peuples, les crises ou les circonstances. Dans un monde en constante mutation, la confiance de nos peuples dans le multilatéralisme commence là ou cesse l’application d’un droit variant selon la géographie, la puissance économique ou encore le jeu des alliances. Notre transformation doit en fait reposer sur l’exigence de rendre à la Charte toute sa force, notamment, à travers le respect : du principe de l’égalité souveraine des États, du règlement pacifique des différends, de l’interdiction du recours à la force, du respect de l’intégrité territoriale et de la dignité de la personne humaine. Telle doit être l’ambition des Nations Unies.
Monsieur le Président,
Il ne pourrait y avoir de confiance restaurée envers notre Organisation, et elle ne pourra encore moins être transformée tant qu’elle continuera de refléter un monde qui a cessé d’exister.
Le monde de 1945 n’est plus. La révolution numérique, la transition énergétique et le dérèglement climatique en redessinent aujourd’hui les équilibres, Pourtant, les institutions chargées d’accompagner ces mutations demeurent trop souvent le reflet d’un ordre qui n’existe plus.
L’intelligence artificielle en offre aujourd’hui l’une des illustrations les plus saisissantes.
Elle porte des possibilités immenses, mais aussi le risque de nouvelles fractures. Sa gouvernance ne peut être l’apanage de quelques puissances ou entreprises : les pays en développement doivent pouvoir participer à la définition de ses règles comme accéder aux capacités qui en déterminent l’usage.
La République Démocratique du Congo soutient le Dialogue mondial des Nations Unies sur la gouvernance de l’intelligence artificielle et la création d’un fonds mondial de renforcement des capacités La fracture numérique ne peut devenir une fracture de l’intelligence.
Cette exigence d’inclusion doit avant tout trouver sa traduction dans la gouvernance mondiale.
L’Afrique s’est affirmée au fil des époques comme une puissance démographique, diplomatique et géopolitique incontournable mais elle demeure encore à ce jour insuffisamment représentée là où se prennent les décisions qui engagent l’avenir du monde.
En effet, comment ne pas évoquer l’anomalie historique que constitue l’absence de l’Afrique parmi les membres permanents du Conseil de sécurité ?
L’admission de l’Union africaine au sein du G20 a certes marqué une une avancée importante. Elle ne saurait toutefois contenir cette exigence de représentation. Membre du Conseil de sécurité pour la période 2026-2027, nous réaffirmons notre adhésion à la position commine africaine, consacrée par le Consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte : deux sièges permanents pour l’Afrique, avec toutes les prérogatives qui s’y attachent tant que subsistera le droit de veto, ainsi que deux sièges non permanents supplémentaires ; ceci afin de rendre le Conseil plus représentatif, plus légitime et, en définitive, plus efficace.
Cette exigence de représentation va de pair avec celle de la responsabilité. Et c’est dans cet esprit que la République Démocratique du Congo entend pleinement exercer la sienne notamment dans le choix du prochain Secrétaire général, dont le mandat devra poursuivre l’effort de transformation de notre Organisation et l’adapter aux priorités d’un monde en profonde mutation. Cette même ambition nous la portons au sein de la Francophonie à travers la candidature de Madame Juliana Amato LUMUMBA au poste de Secrétaire générale de l’OIF, avec la vision d’une francophonie renouvelée, plus proche des peuples et capable de renforcer la confiance entre ses membres et les défis qui se présentent à nous.
Pour la République Démocratique du Congo, c’est précisément dans l’écart entre la confiance que nous appelons à restaurer et les transformations que nous ambitionnons d’accompagner que se mesure toute la portée de nos engagements internationaux. Notre pays, se trouve au cœur de plusieurs de ces transformations et, parfois, au croisement même de leurs contradictions.
Monsieur le Président,
Peu de situations illustrent aussi douloureusement l’écart entre les engagements internationaux et la réalité vécue que celle de l’Est de la République Démocratique du Congo.
Depuis plus de trois décennies, des millions de Congolaises et de Congolais subissent les attaques, les déplacements forcés et le deuil. Des territoires sont occupés, des familles dispersées, des femmes et des filles victimes de violences sexuelles, tandis que des enfants sont recrutés ou privés d’école.
Dans le même temps, le pillage de nos ressources continue d’alimenter les circuits du commerce international.
Mon pays demeure confronté à une guerre d’agression menée par le Rwanda sous couvert de l’AFC/M23, en violation de sa souveraineté et de son intégrité territoriale, comme l’ont documenté les Nations Unies. Les atrocités perpétrées par d’autres groupes armés, notamment les ADF et la CODECO, aggravent davantage cette crise humanitaire.
Face à cette épreuve, la République Démocratique du Congo a choisi la voie de la diplomatie, sans jamais renoncer à ses droits. L’Accord de paix signé à Washington le 27 juin 2025, les engagements pris dans le cadre du processus de Doha et la feuille de route harmonisée de l’Union africaine ont ouvert des perspectives que nous soutenons avec constance. Je salue l’engagement des États-Unis d’Amérique, de l’État du Qatar, de l’Union africaine, des facilitateurs africains, des partenaires régionaux et de tous ceux qui œuvrent sincèrement au rétablissement de la paix.
Cependant, nous devons à la vérité de reconnaître que, pour des millions de Congolais, cette paix demeure encore une promesse.
La résolution 2773 (2025) du Conseil de sécurité a pourtant tracé une voie sans ambiguïté. Elle exige la cessation effective des hostilités, le retrait des forces rwandaises du territoire congolais, la fin de tout soutien aux groupes armés, le désengagement de l’AFC/M23, le démantèlement des administrations parallèles, le rétablissement de l’autorité de l’État, l’accès humanitaire sans entrave ainsi que le retour sûr et digne des personnes déplacées et réfugiées.
Nous n’attendons pas de nouveaux textes pour remplacer ceux qui ont déjà été adoptés. Nous attendons leur exécution.
Sur la question des Forces démocratiques de libération du Rwanda, longtemps invoquée par Kigali pour justifier sa présence militaire sur notre territoire, la République Démocratique du Congo assume ses responsabilités. Le protocole signé par la direction politique et militaire des FDLR, le 30 mai 2026, prévoit leur désarmement, leur démobilisation et le cantonnement de ses combattants en vue de leur rapatriement ou de leur relocalisation, sans préjudice des poursuites judiciaires pour les crimes gravesen, et ce jusqu’à la dissolution du mouvement. Le rapatriement, le 8 septembre dernier, avec l’appui de la MONUSCO, de 120 personnes associées aux FDLR, en constitue une première traduction concrète.
La question des FDLR ne saurait donc plus servir de prétexte au maintien d’une présence militaire étrangère sur notre territoire. La mise en œuvre coordonnée des mécanismes de Washington, de Doha et de l’Union africaine doit donc reposer sur un calendrier précis, une vérification indépendante, un partage régulier de l’information et des conséquences effectives en cas de violation.
Dans ce contexte, la MONUSCO conserve un rôle essentiel dans la protection des civils, le suivi du cessez-le-feu et l’appui aux mécanismes convenus. Toute évolution de sa présence devra être déterminée par les conditions de sécurité sur le terrain, le renforcement des capacités nationales et la garantie qu’aucun vide ne sera laissé au détriment des populations.
La République Démocratique du Congo continuera, pour sa part, d’assumer pleinement ses responsabilités, notamment à travers la poursuite des réformes de ses institutions de défense et de sécurité, le renforcement de l’autorité de l’État et la reconstruction des territoires affectés par les conflits.
Et parce que la paix recherchée dans la sous-région doit également aller de pair avec la cohésion au sein de notre Nation, le Président de la République Démocratique du Congo a lancé, le 28 août dernier, un Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État.
Ce dialogue est ouvert aux forces politiques et sociales attachées à la République, à la Constitution, à l’intégrité du territoire et au rejet de la violence. Il ne vise ni à contourner les institutions ni à organiser un partage de pouvoir. Il doit nous permettre de traiter les causes structurelles de nos fragilités, de consolider l’unité nationale et de bâtir un État plus juste, plus présent et plus protecteur.
Notre main demeure tendue à tous les enfants du Congo qui choisissent la paix, le débat républicain et la loyauté envers la patrie. Nous parlerons entre Congolais avec franchise et responsabilité. Mais aucun dialogue intérieur ne saurait transformer une agression extérieure en simple différend domestique. De même, aucune agression extérieure ne doit nous dispenser de corriger nos propres faiblesses. La cohésion nationale et la défense de l’intégrité territoriale ne s’opposent pas : elles se renforcent mutuellement.
Car la paix que nous recherchons ne saurait se limiter à la cessation des hostilités. Elle doit aussi permettre à notre pays de reprendre pleinement possession de son avenir, en transformant les richesses qui ont trop longtemps alimenté les conflits en instruments de développement et de prospérité partagée.
Monsieur le Président,
Il est un autre paradoxe que l’expérience de mon pays donne à voir au monde : certaines de ses ressources qui alimentent les conflits sur son territoire son aussi celles dont dépend une part croissante des transformations de l’économie mondiale. La gouvernance des ressources stratégiques devraient désormais être un enjeu de paix, de développement et de sécurité mondiale.
La transition énergétique, l’électrification des transports, le stockage de l’énergie ainsi que l’expansion des infrastructures numériques et de l’intelligence artificielle accélèrent la demande de cuivre, de cobalt, de lithium, de nickel et d’autres minerais critiques. Premier producteur mondial de cobalt et grande puissance du cuivre, la République Démocratique du Congo se trouve au cœur de cette transformation.
Le cobalt congolais contribue déjà au fonctionnement des batteries, des réseaux électriques, des équipements numériques et des technologies indispensables à la décarbonation de l’économie mondiale. Il serait à la fois injuste et dangereux que la valeur ajoutée, les emplois, les savoir-faire et les technologies demeurent concentrés loin des communautés qui rendent cette mutation possible. On ne bâtira pas une économie décarbonée avec des minerais ensanglantés. Et l’on ne rendra pas la transition juste en reproduisant, sous une couleur verte, les dépendances du passé.
La République Démocratique du Congo refuse donc le modèle ancien qui cantonne les pays producteurs à l’extraction brute, tandis que la transformation, la recherche, la technologie et l’essentiel des profits se concentrent ailleurs. Notre ambition est claire : nous ne voulons plus être seulement le sous-sol de l’économie mondiale ; nous entendons en devenir un atelier, un laboratoire et un partenaire souverain.
Nous voulons transformer davantage de cobalt et de cuivre sur notre territoire, développer les précurseurs de batteries et les composants industriels, former nos ingénieurs, soutenir nos chercheurs et intégrer nos entreprises aux chaînes de valeur mondiales. Nous voulons bâtir, avec nos partenaires africains et internationaux, des filières régionales compétitives, créatrices d’emplois, de compétences et de prospérité partagée.
Cette ambition nous impose d’abord d’assumer pleinement nos propres responsabilités.
La République Démocratique du Congo poursuit la modernisation de la gouvernance minière par la transparence des contrats, des revenus extractifs et des bénéficiaires effectifs, le renforcement du cadastre minier, le déploiement de mécanismes de traçabilité et la lutte contre la fraude. Elle accélère également la formalisation de l’exploitation artisanale, l’encadrement des négociants, l’organisation des coopératives et la sécurisation des zones d’exploitation.
La lutte contre le travail des enfants dans les mines constitue, à cet égard, une obligation morale et nationale. Avec l’Organisation internationale du Travail, l’UNICEF et nos autres partenaires, nous renforçons les mécanismes d’identification, de suivi et de remédiation, la formation des inspecteurs, la scolarisation des enfants et les solutions économiques proposées à leurs familles. Notre objectif ne souffre d’aucune ambiguïté : zéro enfant dans les mines.
Cette responsabilité incombe à l’État congolais. Mais elle engage également les entreprises, les négociants, les raffineurs, les fabricants, les institutions financières et les marchés de destination. Le premier test d’une chaîne responsable n’est pas le véhicule électrique à l’arrivée ; c’est l’enfant qui ne descend plus dans la mine au départ.
C’est pourquoi la République Démocratique du Congo propose l’élaboration, sous l’égide des Nations Unies, en partenariat avec l’Union africaine et en concertation avec les pays producteurs, transformateurs et consommateurs, d’un Cadre mondial pour des chaînes de valeur des minerais critiques justes, traçables et résilientes. Fondé sur la souveraineté des États producteurs, il devra garantir la traçabilité des minerais, la responsabilité des acteurs économiques, la protection des travailleurs et des communautés, ainsi qu’un partage plus équitable de la valeur grâce à la transformation locale et au transfert de technologies.
Le Corridor de Lobito doit devenir l’un des instruments de cette ambition. Nous saluons l’engagement de l’Angola, de la Zambie, des États-Unis d’Amérique, de l’Union européenne, de la Banque africaine de développement, des institutions financières et du secteur privé en faveur de sa réalisation. La réhabilitation des liaisons ferroviaires, la modernisation des infrastructures, la facilitation des échanges et les investissements énergétiques peuvent désenclaver nos territoires, réduire les coûts logistiques et stimuler le commerce régional.
Mais notre vision va bien au-delà de l’exportation accélérée des matières premières. Un corridor qui raccourcirait seulement le chemin de la mine au port ne ferait que reproduire le passé. Le Corridor de Lobito doit devenir une véritable colonne vertébrale de l’industrialisation régionale avec le concours des investisseurs avec qui nous espérons bâtir des partenariats transparents, durables et mutuellement avantageux pour le bien-être de nos générations futures.
Monsieur le Président,
Vous l’aurez compris, la transformation que nous appelons de nos vœux à l’échelle de notre organisation, nous avons choisi de l’engager d’abord chez nous avec la conviction qu’en investissant dans notre population, première richesse de notre Nation, nous parviendrons à bâtir les fondements d’une confiance retrouvée et d’une prospérité durable.
Engagée depuis 2019, la gratuité de l’enseignement primaire a permis à plus de 5 millions d’enfants supplémentaires d’accéder à l’école. Au cours de l’année scolaire 2023-2024, plus de 21 millions d’enfants fréquentaient le cycle primaire, contre quatorze millions sept-cent mille quatre ans auparavant.
Cette avancée quantitative doit désormais se traduire en qualité. Nous poursuivons la construction et la réhabilitation des écoles, et avons récemment lancé le déploiement des cantines scolaires. Car l’accès ne suffit pas : chaque enfant doit pouvoir apprendre dans une école sûre, inclusive, équipée et ouverte aux outils de son temps.
Cette exigence vaut tout particulièrement pour les filles, les enfants en situation de handicap, les enfants déplacés et ceux dont la scolarité est menacée par les conflits.
La même ambition guide notre politique de santé. Nous poursuivons l’extension progressive de la couverture santé universelle, notamment à travers la gratuité de la maternité, l’amélioration des soins maternels et néonatals, la vaccination, l’accès aux médicaments essentiels, le renforcement du personnel soignant et l’élargissement de la protection sociale.
Monsieur le Président,
Chaque crise sanitaire confirme une même vérité : la souveraineté sanitaire se construit avant l’urgence. Elle repose sur des systèmes de santé accessibles, une surveillance épidémiologique robuste, des laboratoires performants, une recherche suffisamment financée et, surtout, la confiance des populations.
A cet égard, l’épidémie de maladie à virus Ébola causée par la souche Bundibugyo demeure une épreuve majeure. Pour la République Démocratique du Congo, la lutte contre cette épidémie constitue une priorité absolue.
Après avoir contenu seize flambées antérieures, la République Démocratique du Congo mobilise une expertise scientifique et opérationnelle reconnue. ; et grâce à la mobilisation nationale et au soutien de nos partenaires, la riposte engagée produit depuis peu des résultats tangibles.
Par ailleurs, des essais cliniques évaluent parallèlement des vaccins et des traitements adaptés à cette souche. J’aimerais rendre hommage au personnel soignant congolais et étranger, aux chercheurs, aux communautés et à nos partenaires, notamment l’Organisation mondiale de la Santé et le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) pour l’appui précieux apporté à la République Démocratique du Congo dans l’éradication de cette maladie et dans le renforcement de sa résilience.
Monsieur le Président,
Cette exigence de résilience ne s’arrête pas qu’aux frontières de la santé. Elle s’impose face au dérèglement climatique, dont les effets soumettent déjà nos sociétés à une pression croissante. Inondations, sécheresses ou encore érosion, sans oublier, déplacements de populations menacent notre stabilité.
Face à ces bouleversements tous les pays ne portent ni la même responsabilité, ni le même fardeau. Ceux qui contribuent le moins au réchauffement climatique en subissent souvent les conséquences les plus lourdes. Ce paradoxe est d’autant plus saisissant que certains de ces pays comptent également parmi les principaux gardiens des naturels dont dépend notre avenir commun.
La République Démocratique du Congo en fait partie. Elle abrite une part essentielle du bassin du Congo, l’un des grands régulateurs climatiques de la planète. Ses forêts, ses tourbières, ses eaux douces et sa biodiversité rendent à l’humanité des services écosystémiques considérables. Ce patrimoine mondial continuera d’être préservé, tout en soutenant que les communautés qui en assure la protection devraient pouvoir en tirer bénéfice. Le financement climatique représente à cet égard une juste solution. Il devrait toutefois être accessible, prévisible et proportionné aux services rendus. En effet, ka justice climatique ne pourrait consister à endetter davantage ceux qui supportent déjà le coût des dommages qu’ils ont le moins causés.
En République Démocratique du Congo, cette ambition prend notamment dorme à travers le Couloir vert Kivu-Kinshasa qui associe préservation des écosystèmes, développement économique et amélioration des conditions de vie des populations. Avec une production de 60 mégawatts d’électricité, cette intiative porte également, à l’horizon 2027, l’ambition de créer 25 000 emplois et de protéger 5 000 kilomètres carrés de forêt naturellle.
La crise climatique est aussi une crise de l’eau. Dans le prolongement du Forum africain de l’eau tenu en juillet dernier à N’Djamena, la République Démocratique du Congo a proposé la création d’une Coalition africaine pour la sécurité hydrique, destinée à renforcer la coopération régionale et à mobiliser les financements nécessaires pour faire de l’eau un levier de développement et de prévention des tensions.
Monsieur le Président,
Ces transformations exigent des moyens considérables. À quatre ans de l’échéance de 2030, la feuille de route congolaise pour l’accélération des Objectifs de développement durable évalue nos besoins à plus de 70 milliards de dollars. Nous renforçons nos recettes intérieures et améliorons la qualité de la dépense publique. Mais un pays confronté simultanément à la guerre, aux épidémies, à la pauvreté et aux chocs climatiques ne peut combler seul un tel déficit.
Dans le même temps, l’aide publique au développement a reculé de plus de 23% en termes réels en 2025, soit la contraction annuelle la plus forte jamais enregistrée. Cette contraction fragilise les efforts de développement et compromet la prévention des crises dont les conséquences dépassent largement les frontières nationales. .
L’aide publique au développement demeure indispensable, mais elle ne suffira pas. L’Engagement de Séville doit désormais se traduire par un meilleur accès aux financements concessionnels, une mobilisation accrue des banques multilatérales de développement et des mécanismes d’allègement de la dette qui préservent les capacités d’investissement de nos États.
Enfin, aucune architecture financière ne sera durable sans justice fiscale. La coopération internationale doit combattre les flux financiers illicites, l’évasion fiscale, la manipulation des prix de transfert et le blanchiment des revenus tirés des ressources naturelles. Les avoirs volés doivent être rapidement identifiés, gelés et restitués. Chaque denier recouvré peut financer un vaccin, un manuel scolaire, un forage ou une route.
Monsieur le Président,
La République Démocratique du Congo sait que la confiance qu’elle appelle à restaurer sur la scène internationale doit vaut d’abord par les engagements qu’elle tient sur son propre sol. C’est le sens des efforts qu’elle engage pour consolider la paix, renforcer ses institutions et faire de ses richesses naturelles et humaines les fondements d’une prospérité partagée.
Notre expérience nous enseigne cependant qu’aucune transformation nationale ne peut pleinement porter ses fruit dans un ordre international dont les principes demeurent inégalement appliqués et les instituions insuffisamment adaptées aux réalités de notre temps.
C’est pourquoi notre ambition pour les Nations Unies est indissociable de celle que nous portons pour notre propre pays. Nous voulons une transformation qui inspire confiance parce qu’elle tient ses promesses, et une confiance qui rend possibles des transformations durables.
À l’heure où l’humanité hésite entre la fragmentation et la coopération, il nous appartient donc de faire de cette ambition une responsabilité collective.
Restaurer la confiance, c’est appliquer le droit lorsqu’il coûte, et pas seulement lorsqu’il convient. Accompagner les transformations, c’est en partager équitablement les bénéfices. Mettre l’Organisation des Nations Unies au service de tous, c’est garantir qu’aucun peuple ne soit trop éloigné pour être protégé, trop démuni pour être entendu ou trop riche en ressources pour demeurer souverain.
La République Démocratique du Congo entend prendre toute sa part à cette œuvre. Au cœur de l’Afrique, elle poursuivra sa propre transformation tout en contribuant à celle de notre Organisation, avec la conviction que la justice rendue à cette dernière renforcera la sécurité de tous. Car c’est en rendant aux institutions la force de leurs principes, aux peuples la preuve de notre parole et aux générations futures le droit d’espérer que nous redonnerons tout son sens à la promesse des Nations Unies.
Je vous remercie.

