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Kinshasa
24 octobre, 2026 - 19:15:56
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Paul-Augustin Madimba : « Il est temps que le Congo devienne le maître de son destin »

Longtemps livré à elle-même dans son combat contre l’agression rwandaise dissimulée sous le paravent du M23, la République démocratique du Congo voit enfin la communauté internationale rompre son silence. Le fracas des armes et les souffrances infligées aux populations de l’Est du pays semblent avoir franchi le seuil de l’indifférence. Désormais, la mobilisation s’amplifie : le Conseil des droits de l’homme des Nations unie a acté l’envoi d’une mission de vérification et d’une commission d’enquête sur les violations des droits humains. Le Conseil de sécurité de l’ONU, dans une résolution ferme, exige le retrait du Rwanda. Bruxelles, par la voix de l’Union européenne, plaide pour des sanctions plus sévères contre Kigali. Outre-Atlantique, Washington et Londres augmentent le ton et prennent des mesures économiques et diplomatiques à la rencontre du régime de Paul Kagame. Dans le même élan, la Cour pénale internationale, par la voix de son Procureur, annonce vouloir accélérer ses poursuites pour crimes de guerre. Un front diplomatique se dessine avec une vigueur inédite. Mais ce réveil international suffira-t-il à inverser la tendance sur le terrain ? Peut-on espérer que la justice et la vérité finissent par triompher des intérêts géopolitiques ? L’abbé Paul-Augustin Madimba, prêtre de Kinshasa, nous livre son analyse.

Selon lui, depuis plus de deux décennies, le Congo traverse une zone de turbulences où l’histoire semble se répéter, se superposant sur les blessures non guéries du passé. « Le père de la nation, Mobutu, n’a arrêté de crier à l’agression après le déclenchement de la guerre de l’AFDL en 1996. Il avait alors déclaré la complicité internationale, mais ses cris sont restés sans écho, pris dans le silence glacial de la communauté internationale. L’ouverture des couloirs pour les réfugiés rwandais, accompagnés de leur passage armé sans même un contrôle, a été un premier signal d’alarme ignoré. Les autorités congolaises ont été laissées à leur sort, dans une solitude cruelle ». Aujourd’hui, soutient M. l’abbé, un tournant semble se dessiner dans les discours internationaux. « Le Président Félix Tshisekedi, fort de son engagement sans ambages, a osé affirmer ce que d’autres avaient murmuré : le Congo est victime d’une agression. Et voilà que la parole du Président se fait entendre, porteur d’un espoir inédit. Mais que reste-t-il de cet espoir ? Les déclarations verbales suffiront-elles à inverser un destin enchevêtré dans les dilemmes géopolitiques ? » Paul-Agustin Madimba est d’avis que l’histoire récente nous montre que les promesses ne se traduisent pas toujours en actions.

« Nous avons été témoins de cette amnésie collective qui a longtemps laissé l’impérialisme international orchestrer une vision du Congo en tant que simple terrain d’exploitation. Le départ de Mobutu, lui aussi un homme jadis adulé par l’Occident, a révélé la fragilité de cette loyauté. L’homme qui servit de pion à de puissantes nations s’est retrouvé abandonné, poignardé dans le dos après des années de service. L’histoire est-elle en train de se répéter ? Aujourd’hui, la question demeure : les puissances occidentales iront-elles jusqu’au bout, ou préfèrent-elles jouer leur jeu à double face, cherchant à affaiblir un Congo trop riche pour être laissé en paix ? », a-t-il interrogé avant de faire un constat brutal : l’histoire des affrontements à l’Est et des souffrances infligées aux Congolais ne peut être réduite à des déclarations superficielles. « Oui, nous sommes un patrimoine mondial, mais jusqu’à quand ce patrimoine sera-t-il exploité sans bénéfice pour son peuple ? Les stratégies minières qui convoitent de nombreux pays, la richesse de la terre congolaise, ne peuvent plus être un prétexte pour laisser le peuple congolais dans la misère. Il est temps que le Congo devienne le maître de son destin et que l’ensemble de la communauté internationale reconnaisse ses droits légitimes à la paix, à la prospérité et à la dignité », a-t-il soutenu.

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