73.27 F
Kinshasa
4 juin, 2026 - 06:02:20
Image default
ÉconomieFlash InfosLa uneProvincesSécurité

Nord-Kivu : guerre au front, pression fiscale à l’arrière, le double supplice des opérateurs économiques à Kasindi

Sous le feu des armes et celui des taxes, le Nord-Kivu s’enfonce dans une double agonie. Tandis que la guerre continue de ravager cette province martyrisée, les opérateurs économiques, derniers maillons encore debout, subissent une pression fiscale croissante. Au nom de la modernisation de l’aéroport de Beni-Mavivi, le gouvernement provincial multiplie les prélèvements sur chaque camion de produits pétroliers entrant par Kasindi — jusqu’à 1.200 dollars américains supplémentaires — en marge des mécanismes légaux. Une initiative dont la traçabilité interroge, en contradiction flagrante avec les allègements fiscaux promulgués par Kinshasa. Cette incohérence menace à la fois la résilience économique locale et la crédibilité des engagements nationaux.

Alors que l’horizon reste désespérément obscurci pour les populations du Nord-Kivu, étouffées par les affres d’une guerre persistante et d’une occupation rebelle prolongée, voilà que s’ajoute à leur calvaire une logique fiscale aux contours troubles, imposée sous couvert de reconstruction.

Depuis que la rébellion M23/AFC, appuyée par le Rwanda, a étendu son emprise sur Goma et d’autres entités de cette province martyrisée, la population vit dans une détresse humanitaire sans nom. À cette tragédie, le Gouvernement provincial, dirigé par le général-major Eva Somo, semble avoir ajouté une couche d’incompréhension en multipliant les ponctions financières sous prétexte de financer la modernisation de l’aéroport de Beni (Mavivi). Si la cause paraît louable, la méthode, elle, interroge.

Quatre provinces, à savoir le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uele et l’Ituri, confrontées au manque de rétrocessions régulières de la part du Trésor public, ont instauré une taxe spéciale de 1.000 USD par camion-citerne pour financer leurs infrastructures. Mais au Nord-Kivu, cette taxe a pris des allures d’exception préoccupante : s’y ajoutent 100 USD pour un entrepôt privé à Kasindi, 100 autres perçus par l’Association congolaise des commissaires agréés en douane (ACCAD), une structure pourtant à adhésion facultative. En somme, c’est un total de 1.200 USD que chaque opérateur est sommé de verser à Kasindi, en plus des droits légaux acquittés auprès de la DGDA.

Le paradoxe saute aux yeux : alors que le Gouvernement central, par l’entremise de la Première ministre Judith Suminwa, avait signé une série de décrets fiscaux et douaniers pour soulager les opérateurs économiques des provinces sous état de siège – réductions de la TVA, allègements sur le FONER, exonérations ciblées – le Nord-Kivu semble suivre une logique inverse, imposant une pression supplémentaire sur ceux qui, justement, assurent encore l’approvisionnement d’une population déjà sinistrée.

À raison, les voix s’élèvent. D’abord, celle de la logique économique : combien de camions faudra-t-il encore faire passer pour collecter une somme capable de réellement faire avancer un chantier aéroportuaire, dont le coût se chiffre nécessairement en millions de dollars ? Ensuite, celle de la transparence : où vont ces fonds ? Quelles garanties d’utilisation ? Quels mécanismes de contrôle sont en place, notamment de la part de l’Inspection Générale des Finances (IGF) ? Nul ne le sait avec certitude.

Enfin, celle du bon sens républicain : à l’heure où le Président Félix Tshisekedi entend purifier l’environnement des affaires et séduire les investisseurs, cette fiscalité improvisée et à la traçabilité douteuse jette une ombre sur l’attractivité du Nord-Kivu. À force d’étrangler ceux qui font vivre l’économie réelle, on condamne une région entière à la paralysie et au décrochage.

Il est urgent que le Gouvernement central prenne la mesure de cette dérive. Car si la reconstruction est un impératif, elle ne peut se bâtir sur le sacrifice sans fin d’un tissu économique déjà à l’agonie. Il faut des solutions d’État, des financements conséquents, des projets structurants portés par la puissance publique, et non des bricolages financiers à la charge d’opérateurs exsangues.

Le Nord-Kivu n’a que trop payé. L’heure est à la cohérence, à la transparence, et surtout à une gouvernance qui soulage au lieu d’accabler.

Infos27

ça peut vous intéresser

Laisser un Commentaire

Infos27.CD utilise des cookies pour améliorer votre expérience utilisateur. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter En Savoir Plus