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Kinshasa
7 avril, 2026 - 10:52:51
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Kinshasa opte pour une stratégie équilibrée : rigueur et dialogue avec le M23 pour la paix

Entre ouverture maîtrisée et reprise d’autorité, Kinshasa cherche l’équilibre. En qualifiant la déclaration conjointe signée à Doha avec le M23 de « pas significatif vers la paix », le Porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, appelle à une lecture contextualisée et rigoureuse de la séquence diplomatique en cours. Il invite à relire l’ensemble du processus engagé — de Luanda à Doha, en passant par la déclaration du 18 mars — comme une mécanique diplomatique cohérente, dont chaque étape doit être comprise à sa juste place. Une ligne de crête se dessine ainsi : maintenir la fermeté sur les principes tout en explorant, sous strict encadrement, les marges d’un apaisement possible.

À la suite de la déclaration conjointe signée à Doha entre les experts du gouvernement congolais et les représentants du Mouvement du 23 mars (M23), le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, a qualifié cette initiative de « pas significatif vers la paix » lors d’un briefing presse conjoint tenu jeudi 24 avril à Kinshasa. Aux côtés de Guy Loando, ministre d’État en charge de l’Aménagement du territoire, il a insisté sur le caractère encadré et spécifique de ce dialogue.

« Il faut considérer que le communiqué entre les experts du gouvernement et le M23 est une avancée vers la paix. Sur la question du dialogue, il s’agit d’un dialogue entre les signataires de la déclaration conjointe, à savoir les experts du gouvernement et le M23, autour de la médiation qatarie », a précisé M. Muyaya, soulignant ainsi le périmètre limité de l’engagement en cours, encadré par les autorités qataries.

Dans un contexte marqué par une forte polarisation de l’opinion, les propos du Porte-parole du gouvernement, en réponse à la question lui posée sur le sujet, a visé à apaiser les inquiétudes sur une éventuelle légitimation implicite d’un groupe toujours considéré comme terroriste par Kinshasa.

Sur la portée du document signé à Doha, Patrick Muyaya a tenu à replacer cette initiative dans une continuité diplomatique : « Vous ne pouvez pas interpréter la déclaration conjointe qui a été faite hier sans relire la déclaration du 18 mars. C’est l’élément déclencheur. Je rappelle ici qu’avec le Rwanda, dans le cadre du processus de Luanda toutes les questions étaient vidées. La question qui restait pendante, pour permettre justement une évolution, était celle sous-jacente, qui est celle du M23. »

Ce rappel à l’ordre chronologique vise à démontrer que la démarche s’inscrit dans une séquence politique plus large, amorcée par les mécanismes régionaux de paix, notamment ceux de Luanda et de Nairobi, et désormais relayée par la médiation qatarie.

Dans les rangs de la société civile congolaise, les réactions oscillent entre prudence et scepticisme. Si certains saluent une ouverture diplomatique nécessaire, d’autres redoutent une manœuvre de contournement des processus déjà existants, comme ceux de l’Union africaine et de la Communauté d’Afrique de l’Est, auxquels la RDC est également partie prenante.

Alors que les regards restent tournés vers le terrain, où les affrontements n’ont pas totalement cessé, Kinshasa joue la carte de la vigilance stratégique, en maintenant officiellement sa ligne de fermeté vis-à-vis du M23, tout en explorant, sous l’égide d’acteurs extérieurs, les voies d’un apaisement progressif.

Guy Loando, présent aux côtés de Patrick Muyaya, a également exprimé la position de l’exécutif en faveur d’un retour à la stabilité institutionnelle et territoriale, condition sine qua non à la mise en œuvre des réformes d’aménagement du territoire, particulièrement sensibles dans un contexte d’insécurité persistante à l’est du pays.

Lutte contre l’anarchie urbaine

S’attaquant à un autre fléau qui gangrène la cohésion et la gouvernance nationale, le ministre d’État à l’Aménagement du territoire, Guy Loando, a dressé un constat sévère de la situation urbanistique en République démocratique du Congo, en particulier à Kinshasa. Face à la multiplication des catastrophes naturelles et à l’expansion désordonnée des constructions, le gouvernement promet une réaction ferme.

« Un territoire où l’occupation n’est pas planifiée produit de l’anarchie », a lancé Guy Loando, ciblant à la fois les entreprises défaillantes dans la gestion des déchets, les citoyens inciviques et les promoteurs immobiliers hors-la-loi. Selon lui, l’urbanisation incontrôlée est responsable de la recrudescence des inondations, comme celles qui ont récemment endeuillé la capitale congolaise.

Dans un ton sans concession, le ministre a confirmé l’imminence d’opérations de démolition des constructions érigées dans des zones inondables, sur les lits de rivières ou sur des terrains non viabilisés. Une mesure qui s’inscrit dans le sillage de l’arrêté ministériel du 20 février 2025 interdisant le morcellement anarchique des terres, que le gouvernement entend désormais faire appliquer strictement.

Saluant les efforts du président Tshisekedi, qui a hissé l’aménagement du territoire au rang de ministère d’État, Loando a également appelé à une cohérence législative : « Un territoire mal organisé met en péril à la fois la gouvernance et la cohésion nationale », a-t-il déclaré, exhortant le Parlement à adopter rapidement une loi-cadre sur l’aménagement du territoire.

Ce projet de redressement s’articule autour du pilier 3 du Programme national de développement, avec notamment la réhabilitation des infrastructures routières pour désenclaver les zones périphériques. En parallèle, la distinction entre urbanisme – centré sur les villes – et aménagement – incluant les zones rurales – est devenue un élément structurant de la nouvelle doctrine gouvernementale. « L’aménagement, c’est décider en amont de ce que l’on veut faire de nos territoires », a résumé Guy Loando.

À Kinshasa comme ailleurs, l’exécutif congolais entend reprendre le contrôle d’un territoire longtemps livré à l’improvisation, au prix, s’il le faut, d’une confrontation directe avec les contrevenants.

Infos27

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