Censés incarner la voix morale d’un peuple martyrisé, les évêques de la CENCO se sont, lors de leur 62ᵉ assemblée plénière, enfermés dans une neutralité hors-sol qui confine au reniement. Leur appel générique à « la paix et au bien-vivre ensemble » sonne comme une démission face à l’histoire, un silence assourdissant sur les crimes qui ravagent l’Est de la RDC. Pas un mot sur l’agression rwandaise. Pas un hommage aux soldats des FARDC tombés. Pas même une dénonciation des pillages et massacres perpétrés par le M23. À force de vouloir réconcilier tout le monde, l’Église finit par trahir ceux qu’elle devrait défendre : les déplacés, les humiliés, les morts sans justice. Pire, en occultant sciemment les responsabilités dans le conflit, en taisant le nom des bourreaux, la CENCO semble prêter la main à une entreprise de réécriture du réel. L’Église congolaise doit se ressaisir. Elle n’est pas appelée à bénir l’injustice, mais à en être le contrepoids. À défaut, elle ne sera plus qu’un acteur politique de plus, au langage flou et aux intentions suspectes.
De l’avis de nombreux observateurs, la 62ème assemblée des évêques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) aura tiré à côté de la cible. Son message est une sorte de résignation à dire la vérité et une autoflagellation : « Tous, engageons-nous pour la paix et le bien-vivre ensemble ». L’on se pose de nombreuses questions notamment sur le « Tous ». S’agit-il des Congolais uniquement, de tous les Congolais y compris ceux qui ont pris les armes contre leur pays ou aussi des peuples de la région des Grands Lacs ?
A cette question s’ajoute celle subsidiaire voire la plus importante, à savoir : « Quelle est la situation actuelle de la RDC ? »
Puisque le message des évêques parle de la guerre et des conflits intercommunautaires, on peut interroger ledit message pour mieux appréhender sa portée : « La RDC est en guerre contre qui ? » « Les conflits intercommunautaires opposent quelles communautés à l’intérieur comme à l’extérieur ? »
Le message de la 62ème assemblée plénière de la CENCO fait deux constats majeurs, à savoir « Cette crise ne fait que s’accentuer à la grande désolation du peuple congolais » et « La guerre et les conflits intercommunautaires connaissent une extension qui menace gravement l’intégrité territoriale et l’unité nationale ».
Comme on peut le constater, nulle part dans ce message allusion est faite à l’agression de la République démocratique du Congo et donc, l’agresseur n’existe pas et par ricochet, aucun message de condoléance ni de compassion à nos compatriotes et enfants servant sous le drapeau national. C’est du raté pur et simple. Et pour une fois, c’est une grande déception.
En termes simples, la Résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations-unies et l’appel du pape François en direction des prédateurs et charognards (Retirez vos mains de la RDC) entrent dans le cadre de rêverie et de l’affabulation.
Le même message présente « les évêques de la CENCO sont circonspects sur les négociations et le partenariat relatifs à l’exploitation des minerais stratégiques ».
Incroyable comme attitude quand on sait que la CENCO a laissé détruire l’église de la paroisse sainte Barbe à Durba avec ses filons d’or en dessous en échange de la construction d’une autre paroisse par Kibali Goldmines qui ne valait même pas le dixième de l’or sous l’église détruite.
La CENCO devrait, à travers son expertise, encourager et accompagner le Chef de l’État dans cette démarche afin de prendre en compte le bien-être des Congolais en ne bradant pas nos richesses.
Mais, elle ne peut pas se contredire parce qu’elle est dans une logique d’un Congo qui n’est pas agressé, ni pillé par les voisins moins encore menacé de balkanisation.
Le message aborde la fermeture des banques et des aéroports dans les territoires sous contrôle de l’AFC/M23 sans dire par qui et pourquoi comme si c’était un fait divers.
Et la manière simpliste avec laquelle le message aborde le problème des déplacés et de leur retour dans leurs milieux d’origine vient confirmer cette sortie médiatique ratée.
Du pacte social proposé par la CENCO et l’ECC
Nos deux églises sont conscientes du danger que court notre pays mais également elles ont le souci de préserver l’ordre constitutionnelle (Félix Tshisekedi ne doit pas se faire des soucis pour son pouvoir), et en échange, elles proposent l’initiative du Pacte social …et par conséquent : « Tous, engageons-nous pour la paix et le bien-vivre ensemble en RDC et dans la Région des Grands Lacs ».
Là où le bât blesse, c’est que le message des évêques veut faire croire aux Congolais que les confits dans la région ont pour point de départ la RDC, ce pays qui a plus de 400 ethnies face à ses deux voisins (le Rwanda et le Burundi) qui n’ont chacun que trois ethnies. Ces deux voisins qui ont vu des évêques et des prêtres catholiques assassinés.
La crise en RDC n’est que la transposition du conflit au Rwanda opposant Hutu et Tutsi et dont le mode d’accession au pouvoir se fait par la violence et le sang. C’est à se demander si la délégation de la CENCO et ECC qui a dîné avec le diable à Kigali et à Entebbe possédait de longues fourchettes ?
L’on s’étonne grandement que le message parle de la paix dans les Grands Lacs sans avoir impliqué les conférences épiscopales des églises sœurs du Rwanda et du Burundi.
Sans dénoncer les criminels et leurs crimes et sans justice, l’Église universelle fait fausse route en faisant croire que la paix passe avant la justice. On ne doit jamais attribuer les crimes des masses à Dieu en innocentant les criminels récidivistes.
La mission de l’homme de Dieu doit être tournée vers le renouvellement intérieur de l’homme, l’amour de Dieu et pour le prochain. Or, le prochain à l’est du Congo, ce sont des milliers de déplacés « Contraints de retourner dans leurs milieux d’origine (ayant) du mal à se réinsérer ». La justice, c’est d’abord le droit de ceux qui n’ont rien et à qui on a tout ravi.
Une Église qui ne solidarise pas avec les déplacés, avec les petits, les humiliés, risque de se mettre derrière les riches.
Il est temps que la CENCO descende sur le terrain pour comprendre les problèmes de l’est du Congo et de la région des Grands Lacs. Quelle belle intention doublée de naïveté en faisant croire que la réflexion voulue sur le Pacte social ne sera pas une occasion de partager le pouvoir dans un pays où tous les politiciens sont des chômeurs !
Il faut surtout éviter de donner un sens au mal plutôt privilégier la justice. Car, la crise qui secoue la RDC est de type religieux et culturel avant d’être politique.
Avec lescoulissesrdc.info

