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25 janvier, 2026 - 07:48:09
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Guerre numérique : comment le Rwanda infiltre TikTok et WhatsApp en RDC

Par-delà les frontières physiques, la guerre à l’Est de la République démocratique du Congo s’étend désormais aux écrans. Sur TikTok et WhatsApp, un front numérique parallèle s’est ouvert, où se mêlent influence, désinformation et propagande. Kigali y joue un rôle de plus en plus actif.

Ce ne sont ni les blindés, ni les fusils qui ouvrent ce nouveau champ de bataille. Mais des vidéos virales de 30 secondes, des messages audio partagés à la chaîne, des campagnes de hashtags. En République démocratique du Congo (RDC), la guerre à l’Est connaît une extension numérique silencieuse mais redoutable. Depuis plusieurs mois, les services de renseignement congolais et plusieurs ONG indépendantes documentent une intensification de la guerre de l’information orchestrée depuis Kigali, principalement via les plateformes TikTok et WhatsApp, massivement utilisées par la jeunesse congolaise.

« Nous faisons face à une offensive numérique coordonnée, visant à désorienter l’opinion publique congolaise, à créer la confusion sur les responsabilités du conflit, et à affaiblir la cohésion nationale », confie un haut responsable de l’Agence nationale de renseignement (ANR), sous couvert d’anonymat. Dans son viseur : des comptes TikTok récemment créés, dont plusieurs diffusent des contenus en lingala et en français, qui minimisent les exactions du M23 ou accusent le gouvernement congolais de « sacrifier ses propres populations ».

Des influenceurs recrutés à prix d’or

Le phénomène n’est pas spontané. Selon les données croisées des études menées par des organisations de vérification des faits certifiée, plusieurs influenceurs francophones basés à Kigali ou Gisenyi reçoivent régulièrement des fonds pour produire des contenus favorables au Rwanda ou critiquant l’action de Kinshasa. La consigne : reprendre le discours officiel rwandais, notamment sur la « légitimité du M23 » ou l’« échec de l’armée congolaise ».

« Ce n’est plus de la propagande, c’est de la guerre psychologique ciblée », estime Jean-Marie Molumbo, sociologue à l’Université de Kinshasa. « Le Rwanda ne cherche plus seulement à nier son implication militaire : il veut discréditer les institutions congolaises et retourner la jeunesse contre son propre État. »

TikTok, terrain de propagande et de division

La plateforme chinoise TikTok, prisée par les jeunes Congolais urbains, s’est révélée un terrain fertile pour la manipulation. Des vidéos courtes, montées de manière professionnelle, accusent régulièrement les FARDC d’être « inefficaces », et relaient des extraits sortis de leur contexte de journalistes, de prêtres ou de leaders d’opinion dénonçant la corruption.

Plus pernicieux encore : la récupération de luttes sociales réelles – cherté de la vie, chômage, violences policières – pour détourner la colère vers le gouvernement, tout en banalisant les exactions du M23. « Certains comptes font croire que le M23 apporte l’ordre là où l’État est absent, c’est faux, mais très dangereux », alerte Cédric Kalonji, analyste en communication stratégique.

Des hashtags comme #JusticePourleKivu ou #M23EstUnMythe ont été lancés simultanément depuis des localisations géographiques rwandaises et relayés en masse par des bots, selon une analyse de MetaInfluence RDC.

WhatsApp, l’arme invisible des rumeurs politiques

Moins visible, mais tout aussi influent, WhatsApp est devenu un canal redoutable pour propager des rumeurs, souvent invérifiables mais hautement inflammables. Des messages vocaux, prétendument envoyés par des soldats ou des « insiders », circulent par milliers. « C’est l’équivalent numérique du bouche-à-oreille de guerre », observe Jimmy Kankonde, expert en communication de crise. « Une simple note vocale malveillante peut créer la panique dans une ville, ou ruiner la crédibilité d’une autorité. »

Une riposte congolaise

Face à la montée en puissance de la guerre numérique, la réponse institutionnelle commence à se préciser. Si la Cellule de communication présidentielle peine à se montrer véritablement proactive — notamment en l’absence visible de répliques issues d’un centre de veille en temps réel pourtant nécessaire —, le ministère de la Communication s’efforce, de son côté, de mobiliser les influenceurs patriotiques et les journalistes afin de déconstruire ce qu’il qualifie de « poison rwandais », en opposant à la désinformation un récit de vérité destiné à contrer le Congo bashing.

Entretemps, un projet de loi sur la cybersécurité est plus qu’attendu. C’est dire que la RDC doit se doter en urgence d’une capacité de riposte numérique crédible. Car, dans ce théâtre d’ombres où les likes remplacent les tirs, la RDC affronte un adversaire qui investit dans l’influence plutôt que dans la diplomatie. Pour Kinshasa, la guerre ne se joue plus seulement dans les collines du Nord-Kivu : elle se gagne ou se perd aussi sur les écrans. Autant dire que la prochaine génération de résistants ne sera peut-être pas en treillis, mais derrière un clavier.

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