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Kinshasa
11 octobre, 2026 - 00:36:53
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Douze questions de Julien Paluku à Joseph Kabila

Alors que l’ancien président Joseph Kabila séjourne à Goma — ville devenue le bastion du M23 soutenu par le Rwanda, comme l’ont confirmé ses proches et les canaux du mouvement rebelle —, son ancien gouverneur, aujourd’hui ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, rompt le silence. Et il ne parle pas : il interroge. Douze fois. Douze questions frontales, incisives, posées comme autant de miroirs tendus à celui qu’il appelle encore « le fils de Mzee ». En convoquant l’histoire récente, les choix militaires, les symboles de la souveraineté et les morts honorés jadis, Paluku ne se contente pas d’interpeller. Il dresse un acte d’accusation implicite : celui d’un homme qui aurait renié son héritage, trahi ses engagements et pactisé avec ceux qu’il combattait hier. Une interpellation grave, dans une région en guerre, où chaque mot engage la mémoire — et chaque silence, le soupçon.

La scène s’est déroulée au cours d’un briefing gouvernemental consacré au commerce extérieur comme levier de croissance économique. Mais c’est une question d’actualité, posée par un journaliste d’Infos27, qui a fait basculer la conférence dans une séquence politique explosive. Interrogé sur la présence de l’ancien président Joseph Kabila à Goma, bastion du M23 soutenu par le Rwanda, Julien Paluku, actuel ministre du Commerce extérieur, ancien gouverneur du Nord-Kivu pendant douze ans sous Kabila, a répondu non pas par une déclaration mais par une salve de douze questions. Un feu roulant d’interpellations adressées à celui qu’il appelle encore « le fils de Mzee », comme pour tester la cohérence d’un héritage aujourd’hui en pleine dislocation.

Car au-delà de la rhétorique, c’est un procès en rupture et en trahison que Paluku instruit, face caméra.

En voici l’intégralité, posée dans un style oral rugueux, incisif, mais soigneusement structuré :

« Est-ce le fils de son père, le président Laurent Désiré Kabila, assassiné en 2001 par la mafia rwandaise, qui est entré à Goma, capitale du Nord-Kivu, sous contrôle des mêmes Rwandais ? »

Une entrée en matière qui claque comme une gifle. Paluku oppose le souvenir du martyre national à l’image d’un Joseph Kabila désormais vu à Goma, non pas en libérateur, mais en hôte discret de ses ennemis d’hier.

« Est-ce le fils de Mzee qui a relancé le dialogue de Sun City en 2002 et qui a ramené les rebelles près de lui en acceptant la formule 1+4 ? »

Le rappel de l’effort de pacification d’un Kabila fils à ses débuts, chef d’orchestre d’une transition inclusive. Où est passé cet esprit de compromis au service de l’unité, interroge-t-il ?

« Est-ce le fils de Laurent Désiré Kabila qui a affronté et vaincu l’insurrection de Jules Mutebusi ? »

La continuité de l’action sécuritaire évoquée ici souligne une autre contradiction : comment passer de chef de guerre à protecteur supposé d’un mouvement qui menace l’intégrité nationale ?

« Est-ce le fils de Mzee qui, à mon avènement à la tête du Nord-Kivu, comme premier gouverneur élu, a piloté les opérations contre Laurent Nkunda ? »

Paluku cite son propre rôle à l’époque comme témoin et collaborateur d’un président déterminé à résister au CNDP. Que reste-t-il de cette cohérence ?

« Est-ce encore lui qui m’a demandé de résister lorsque, le 29 octobre 2008, le CNDP était à la porte de Goma ? »

Le ton se fait personnel. L’ancien gouverneur rappelle les consignes de résistance reçues de Kabila, aujourd’hui retourné — selon lui — aux côtés de ceux qu’il voulait repousser.

« Est-ce le fils de Mzee qui, en janvier 2009, a demandé l’arrestation de Laurent Nkunda par l’armée rwandaise et accepté l’entrée de cette même armée au Nord-Kivu à travers l’opération Umoja Wetu ? »

Double interrogation : sur la stratégie militaire mais aussi sur la verticalité du pouvoir. Paluku rappelle que le président avait même contraint le président de l’Assemblée nationale à la démission, faute d’avoir été informé de l’opération.

« Est-ce le fils de Mzee qui avait demandé à son ministre de signer les accords de paix le 23 mars 2009 ? Lesquels accords sont à l’origine de la création du mouvement du 23 mars ? »

L’ironie historique est mordante. Kabila, artisan des accords censés clore un conflit, se retrouverait aujourd’hui à proximité du groupe qui en a détourné l’héritage pour redevenir une force de guerre.

« Est-ce le fils de Mzee qui a ordonné au général Etumba de concevoir l’opération Pomme Orange qui a mis fin au M23 le 5 novembre 2013 ? »

Paluku souligne ici l’ancienne fermeté du président vis-à-vis du M23. Un contraste avec le flou actuel.

« Est-ce le fils de Mzee qui a radié les officiers M23 de l’armée pour qu’ils se retrouvent aujourd’hui à leurs côtés pour sa sécurité ? »

Le reproche devient plus grave : Kabila aurait confié sa sécurité à ceux qu’il avait lui-même mis au ban. Une inversion des alliances qui choque jusque dans les rangs de ses anciens fidèles.

« Est-ce le fils de Mzee qui voulait rester au pouvoir, a inventé le terme glissement ? Est-ce lui qui a finalement accepté de céder le pouvoir en 2019, ouvrant la voie à la première alternance pacifique ? Est-ce vraiment celui-là qui se retrouve aujourd’hui à Goma ? »

Trois questions en une, où se superposent les mérites d’un président