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10 décembre, 2025 - 16:35:03
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Préservation de l’identité et du patrimoine national : La RDC lance la plateforme numérique de son Registre national Mémoire du Monde

La République démocratique du Congo vient de franchir un cap décisif dans la préservation de son identité et de son patrimoine. En inaugurant, jeudi 21 août au Musée national de Kinshasa, la plateforme numérique du Registre national « Mémoire du Monde de la RDC », le pays affirme sa volonté de protéger et de valoriser ses trésors documentaires face aux menaces de l’oubli et de la destruction. Porté par le Comité national Mémoire du Monde de l’UNESCO/RDC, sous la présidence du professeur Jean-Bedel Iyoka Otangela-N’Kumu, conservateur des archives, ce projet dépasse la dimension technique : il engage la RDC dans une dynamique mondiale de sauvegarde et d’accessibilité du patrimoine, aux côtés de l’UNESCO. Dans un contexte marqué par les conflits et les tentatives de réécriture de l’histoire, cette plateforme devient un instrument stratégique de vérité, un socle pour l’éducation des générations futures et une vitrine du rôle de la RDC dans la défense de la mémoire de l’humanité.

À Kinshasa, le Musée national a servi, le jeudi 21 août, d’écrin à un événement inédit : la présentation officielle de la plateforme numérique du Registre national « Mémoire du Monde » de la République démocratique du Congo (RDC). Porté par le Comité national Mémoire du Monde de l’UNESCO/RDC, sous la présidence du professeur Jean-Bedel Iyoka Otangela-N’Kumu, conservateur des archives, ce lancement marque un jalon décisif dans la valorisation et la préservation du patrimoine documentaire du pays.
L’assemblée rassemblait, aux côtés des représentants du gouvernement, des diplomates, des responsables d’institutions de mémoire et des partenaires techniques.

« Garantir la mémoire, c’est garantir l’avenir »

Dans son allocution d’ouverture, le professeur Iyoka Otangela-N’Kumu a dressé un parallèle saisissant entre les crises économiques du XXᵉ siècle et les crises de mémoire qui, elles, compromettent « de manière irréversible la viabilité identitaire des peuples ». Évoquant la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie, le sac de Constantinople en 1204, l’incendie de la bibliothèque nationale de Sarajevo en 1992 ou encore la destruction ciblée des archives congolaises dans les années 1997-1998, il a insisté sur « l’urgence de protéger les ressources mémorielles documentées », garantes de l’histoire et de l’identité des nations.
« Lorsque la mémoire disparaît, ce n’est pas seulement une nation qui vacille, c’est l’humanité tout entière qui perd une part d’elle-même », a-t-il lancé devant un parterre attentif. La plateforme numérique congolaise, a-t-il poursuivi, se veut un outil à la fois de préservation et de diffusion, permettant de démocratiser l’accès au patrimoine documentaire tout en le protégeant des menaces de destruction, qu’elles soient accidentelles ou intentionnelles.

Une dynamique internationale et nationale

Le programme « Mémoire du Monde » de l’UNESCO, créé en 1993, entend garantir la sauvegarde et l’accessibilité universelle des archives, manuscrits, pièces muséales et autres supports documentaires à forte valeur patrimoniale. Chaque État membre constitue un comité national chargé d’identifier, de conserver et de valoriser son patrimoine documentaire. La RDC, par un arrêté ministériel de 2023, a rejoint cette fédération internationale.

En deux années d’existence, le Comité national congolais a mené un travail de fond avec les institutions de mémoire – archives, musées, bibliothèques, structures audiovisuelles – et amorcé un partenariat actif avec des acteurs internationaux. Le soutien de l’UNESCO, de la Koica et de la Suisse a été salué comme déterminant.

Pour l’UNESCO, dont le représentant-pays a pris la parole, « le patrimoine documentaire de la RDC, par son ampleur et sa diversité, n’a pas seulement une valeur nationale. Il participe du patrimoine de l’humanité ». Il a rappelé l’importance de la numérisation pour « anticiper les risques de perte irrémédiable » et a salué « l’engagement des experts congolais à rendre ce patrimoine accessible à tous ».

Une plateforme au service des institutions et des citoyens

La plateforme numérique du Registre national recensera progressivement les documents identifiés selon huit critères définis par l’UNESCO : authenticité, unicité, époque et lieu de production, personnes concernées, thème, forme et importance sociale ou communautaire. Elle permettra de rassembler des pièces provenant aussi bien des institutions publiques que des collections privées.
« Cette vitrine numérique n’est pas une fin en soi », a souligné le professeur Iyoka, « mais un levier pour renforcer les capacités de nos institutions de mémoire et pour sensibiliser nos concitoyens à la valeur inestimable de leur patrimoine documentaire ».

WhatsApp Image 2025 08 21 a 19.17.58 570115c9Dans un pays marqué par des conflits armés récurrents et par des tentatives de réécriture de l’histoire, l’initiative prend une dimension stratégique. La référence explicite au GENOCOST, processus en cours visant à documenter les crimes commis en RDC depuis les années 1990, en témoigne. « C’est un travail mémoriel fondamental pour restaurer la dignité de la nation et pour asseoir une légitimité internationale à nos revendications de justice », a insisté le professeur Iyoka.

Un engagement bénévole

Le président du Comité a rappelé que les membres mènent ce combat de manière « bénévole », mais que le soutien institutionnel de l’État congolais reste crucial. Il a chaleureusement remercié la Commission nationale pour l’UNESCO, les directeurs des institutions de mémoire et les personnalités présentes, parmi lesquelles l’ancienne ministre de la Culture Catherine Kathungu Furah, l’ancienne directrice générale de l’INACO Hermelinde Lanza Doodoo ou encore le professeur Sébastien Kirongozi.
Le Conseil d’administration de l’Institut national des archives du Congo, représenté à la cérémonie, a salué « un moment fondateur qui ouvre la voie à une modernisation indispensable de la gestion de la mémoire nationale ».

Un jalon pour la mémoire congolaise et africaine

L’événement du Musée national de Kinshasa dépasse les frontières congolaises. La création de registres nationaux alimente en effet les registres régionaux et internationaux du Programme Mémoire du Monde. Plusieurs participants ont évoqué la possibilité que des documents congolais puissent prochainement figurer au registre international, aux côtés des manuscrits de Tombouctou ou des archives de Nelson Mandela.

« L’Afrique a trop souvent été racontée par les autres. À nous désormais de préserver nos propres preuves, nos propres récits, et de les mettre en valeur », a martelé un participant.
Par ailleurs, le professeur Iyoka a rappelé que « la mémoire est un bien commun de l’humanité ». La RDC, riche de traditions, de manuscrits, de fonds coloniaux et postcoloniaux, de documents audiovisuels et de collections privées, entend désormais s’inscrire pleinement dans cette dynamique mondiale.

Une ambition de long terme

La plateforme lancée le 21 août constitue une première étape. Les prochaines années seront consacrées à la numérisation des collections prioritaires, à l’élaboration d’une législation nationale plus cohérente et à l’intégration du patrimoine documentaire congolais dans les réseaux régionaux et internationaux.
La tâche est immense. Mais pour ses promoteurs, le défi est à la mesure des enjeux : « préserver aujourd’hui, pour que demain, nos enfants et petits-enfants puissent se reconnaître dans une mémoire non falsifiée ».

Infos27

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