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14 mai, 2026 - 17:20:13
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Privé de budget, le CSAC survit à crédit et la démocratie perd son arbitre médiatique

Dans une République fragilisée par la désinformation et la guerre informationnelle, l’impuissance du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC) sonne comme une alarme. L’institution, garante de l’équilibre médiatique et de la préservation de l’ordre public informationnel, se retrouve réduite à l’inaction, faute de moyens financiers. Sans budget depuis janvier 2025, ses membres survivent à crédit, ses agents ne sont plus payés, et ses missions constitutionnelles sont paralysées. Derrière ce naufrage, une question politique s’impose : comment expliquer qu’un organe aussi stratégique pour la démocratie congolaise soit volontairement privé de ses ressources ? Neutraliser le CSAC, c’est laisser prospérer la confusion, la manipulation et les discours de haine. À l’heure où la communication est devenue une arme de guerre, l’abandon de ce pilier institutionnel fragilise la République tout entière.

La plénière convoquée jeudi 18 septembre 2025 par Christian Bosembe, président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC), n’a pas pu se tenir. La raison n’est pas politique, mais budgétaire : faute de quorum, les Hauts Conseillers, privés de moyens pour se déplacer, n’ont pas répondu à l’appel. Un constat glaçant : l’organe de régulation des médias en République démocratique du Congo est paralysé, incapable d’assurer ses missions élémentaires.

En 2025, le CSAC n’a perçu que ses frais de fonctionnement du mois de janvier. Depuis, silence budgétaire. Conséquence : les agents ne sont plus rémunérés, près de 70 % d’entre eux attendent leur salaire depuis deux ans, et la machine institutionnelle tourne à vide. Les membres du Bureau reconnaissent devoir recourir à des prêts auprès de cambistes pour financer des opérations courantes : « Une institution constitutionnelle qui vit à crédit, c’est une humiliation nationale », lâche un Haut Conseiller, amer.

Un régulateur déshabillé

Les signes de cette déliquescence sont criants. Le barème salarial, signé depuis 2023, n’a jamais été exécuté. Les véhicules de fonction prévus au budget n’ont pas été livrés. Nombre de conseillers, pourtant dotés d’un rang ministériel, empruntent moto-taxis pour rejoindre le siège du CSAC. « Comment peut-on prétendre réguler l’espace médiatique dans ces conditions ? » interroge un cadre.

Au-delà des anecdotes, la situation traduit une réalité plus grave : l’État prive sciemment son régulateur de tout moyen d’action. Une neutralisation silencieuse mais délibérée.

Le prix du silence

La paralysie du CSAC intervient dans un contexte où les menaces informationnelles se multiplient. Fake news, discours de haine et campagnes de manipulation saturent l’espace public, alimentant les tensions sociales et politiques. « La désinformation est utilisée comme une arme de guerre. Désarmer le CSAC, c’est offrir une victoire aux ennemis de la République », confie un expert en communication institutionnelle.

À Kinshasa comme à l’Est du pays, les attaques contre la cohésion nationale passent désormais par les réseaux sociaux et les médias instrumentalisés. Or, sans un arbitre fonctionnel, ces dérives s’imposent sans contrepoids.

Une responsabilité politique

Derrière la crise financière, se profile une interrogation politique : pourquoi l’exécutif laisse-t-il mourir une institution aussi cruciale ? Les crédits existent au budget de l’État, mais ne sont pas décaissés. Un choix qui interroge. « On ne peut pas parler de simple oubli. Il y a une volonté manifeste d’affaiblir le régulateur », accuse un membre de la société civile.

Le risque est clair : en laissant le CSAC sombrer, c’est la démocratie congolaise elle-même qui se trouve fragilisée. « L’histoire retiendra que par calcul ou par négligence, le gouvernement a choisi de neutraliser un garde-fou essentiel de la République », conclut un observateur politique.

Infos27

 

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