L’affaire suscite l’indignation à Kinshasa. Le 20 octobre dernier, plusieurs médias congolais, notamment Infos27, ont reçu un message inattendu d’une certaine Natasha Ion, présentée comme émissaire de l’ONG britannique Global Witness. L’objet : un prétendu « droit de réponse » à des articles… qui ne citaient même pas l’organisation. Face à cette démarche jugée condescendante et infondée, un collectif de journalistes et médias indépendants de la RDC a répliqué par une Lettre Ouverte au ton ferme, dénonçant ce qu’ils perçoivent comme une nouvelle forme de paternalisme occidental. Derrière la défense affichée de la transparence, écrivent-ils, se cache une logique de soupçon permanent envers l’Afrique, nourrie par une ONG dont les méthodes, les financements et les motivations suscitent de sérieuses interrogations.
Le ton est rare, la colère palpable. Dans une Lettre Ouverte adressée à Global Witness, plusieurs médias congolais ont dénoncé « une tentative de manipulation et d’intimidation médiatique » après avoir été contactés par Natasha Ion, une collaboratrice de l’ONG britannique, leur demandant de publier un droit de réponse sur des articles… où Global Witness n’était jamais mentionnée.
L’initiative, jugée intrusive, a été perçue comme une immixtion étrangère dans le travail de la presse congolaise. « Ce mépris caractéristique provient de ceux qui estiment que l’Afrique doit se taire lorsque l’Occident prend la parole », écrivent les signataires.
Selon eux, la démarche de Global Witness n’a rien d’anodin : elle viserait à fabriquer un récit diffamatoire associant, sans preuve, certains médias congolais à une supposée campagne de blanchiment d’image en faveur de l’homme d’affaires Dan Gertler, régulièrement ciblé par l’ONG.
Une “émissaire” au profil contesté
L’émissaire en question, Natasha Ion, se présente comme journaliste d’investigation. Mais son profil interroge. Son compte X (ex-Twitter) ne compte que quelques centaines d’abonnés, et son expérience dans le monde des médias apparaît limitée. « Elle s’autorise à juger la crédibilité de médias congolais bien plus établis et suivis qu’elle », ironisent les auteurs de la lettre.
Cette tentative de donner des leçons de journalisme depuis Londres à des rédactions congolaises a été perçue comme une offense à la souveraineté médiatique du pays. Pour les signataires, Global Witness ne défend pas une cause universelle, mais agit souvent selon des logiques de sélectivité politique et de financement opaque, multipliant des rapports accusatoires sans preuves tangibles.
Une ONG aux méthodes controversées
Ce n’est pas la première fois que Global Witness est critiquée pour ses méthodes. Ses campagnes contre certaines entreprises ou personnalités africaines ont souvent été accusées de partialité, voire d’instrumentalisation géopolitique. En RDC, l’organisation est régulièrement pointée du doigt pour ses positions à sens unique, ignorant les efforts de réforme, de transparence et d’industrialisation menés par les autorités.
« Sous couvert de vertu, Global Witness prétend imposer un récit unique sur l’Afrique, celui d’un continent corrompu qu’il faut surveiller, contrôler et punir », écrivent les signataires. Ils y voient une forme de néocolonialisme moral, où les ONG occidentales deviennent juges et parties dans le débat public africain.
Un appel à la dignité médiatique
Les journalistes congolais, eux, affirment ne plus vouloir « recevoir des leçons venues d’ailleurs ». Ils rappellent que la presse de la RDC est mûre, indépendante et consciente de ses responsabilités, refusant d’être instrumentalisée par des acteurs extérieurs.
« Cette tentative de diffamation visant les médias et les opérateurs économiques congolais est inacceptable », concluent-ils, mettant en garde Global Witness et son émissaire contre toute campagne d’intimidation ou de stigmatisation.
Leur lettre sonne comme une mise en garde adressée à une ONG devenue, selon eux, le symbole d’une vertu suspecte et d’un paternalisme dépassé. Derrière la rhétorique de la transparence, écrivent-ils, Global Witness semble avoir oublié la première règle du journalisme : respecter les faits et la souveraineté des peuples.
Infos27





