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16 avril, 2026 - 20:07:37
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24 avril 1990 – 24 avril 2025 : “Résilience” ou renoncement ? Willy Kalengayi interroge l’héritage d’un rêve trahi

Trente-cinq ans après le discours fondateur du 24 avril 1990, Willy Kalengayi livre une méditation amère sur les rêves brisés d’une génération. Celle qui, jadis, avait cru à l’avènement d’un État de droit et à l’émancipation d’un peuple bâillonné, semble aujourd’hui rattrapée par ses renoncements. Dans un texte poignant, l’auteur interroge, avec lucidité et mélancolie, les dérives d’une élite qui a sacrifié l’intérêt général sur l’autel de l’enrichissement personnel. Alors que la jeunesse de la diaspora se réveille et revendique une nouvelle éthique patriotique, Willy Kalengayi sonne l’heure d’un bilan sans complaisance. Que sont devenus nos rêves ? Et que reste-t-il à transmettre ?

Ci-dessous : son cri de conscience

24 avril 1990 au 24 avril 2025, que sont nos rêves devenus ?

Il était une fois une génération qui avait été nourrie aux mamelles du parti-État, mais qui fut frappée par la force de conviction du combat de leurs aînés qui se battaient pour l’avènement d’un État de droit. Le 24 avril 1990, nous étions jeunes et pleins de rêves, nous avions une forte aspiration à la liberté, surtout à celle de penser et de parole. Nous avions vécu sous une chape de plomb où les jeunesses de la JMPR, véritable police politique, nous menaient au son des « djalelos ». C’est pourquoi ce jour-là, le 24 avril 1990, fut pour nous un grand jour : la possibilité d’un monde nouveau, un monde d’égalité des droits et un monde où le système des quotas allait laisser place à la méritocratie.

Trente-cinq ans après, notre pays est toujours mal coté dans le monde et nos populations côtoient le seuil de la pauvreté. Un terme leur fut prêté pour supporter les échecs successifs des gouvernances de prédation. Désormais, on parle de peuple résilient pour justifier l’impasse des politiques publiques. Et pourtant, nous sommes de ceux qui ont fait l’université. Beaucoup d’entre nous ont accédé à des postes de responsabilité. Les plus brillants ont eu des carrières prestigieuses et ont accédé à des postes de responsabilité.
Mais force est de constater que la seule lutte qui a été menée est celle de l’enrichissement personnel. Chacun utilisant sa posture pour accumuler des richesses dans un pays de plus en plus pauvre.
Les idéaux de paix et les rêves de jeunesse n’ont pas résisté à la cupidité d’une génération prête à tout pour sortir du lot de la crise générale.

Et pourtant, la nature nous a offert des opportunités en nous révélant des niches de richesses immenses. Nous nous sommes engagés dans cette spirale de violence verbale pour nous doter des moyens de l’État. Ceux qui ne pouvaient pas s’insérer dans le système sont partis à l’étranger. Ils ont coupé le pont avec le leadership national, se plaignant des gouvernants au point d’avoir créé une culture du Congo Bashing.

Aujourd’hui, nous avons tous plus de cinquante ans, notre flamme s’est éteinte, et il ne nous reste que de la nostalgie et de la mélancolie avec un arrière-goût d’inachevé. Le combat pour la survie a certes poussé la plupart d’entre nous à nous mettre apparemment à l’abri du besoin. Nos enfants ont eu la chance d’étudier, certains ici et d’autres en dehors. Nous pourrions être calmes, et pourtant le malaise est là, et il s’appelle la patrie. Nous avons trahi la patrie en ne nous concentrant que sur notre propre intérêt.

En suivant le concert de solidarité à Paris, j’ai compris la vengeance de l’Histoire sur notre génération, car des enfants nés parfois en Europe, n’ayant du Congo que l’image édulcorée de leurs parents aigris, se sont mobilisés pour dire non à ce qui arrive à leur pays, cet eldorado trahi par ses fils.
Nous sommes devant une nouvelle génération qui nous dit que le sort collectif doit passer avant le sort individuel. Ils se sont mobilisés pour défendre le drapeau. Ils sont aujourd’hui cette nouvelle génération d’artistes, de joueurs, qui acceptent de revenir pour appuyer l’équipe nationale, juste avec cette conscience historique que nous, leurs parents, avons trahie.

En ce 24 avril 2025, alors que le souvenir du Maréchal s’estompe dans les limbes de l’oubli, une autre espérance m’habite : celle de voir nos enfants reprendre le flambeau de l’Histoire du Congo avec courage, altruisme et patriotisme.

William Albert Kalengay
Journaliste – Directeur général de Geopolis groupe. Analyste politique et expert en communication économique.

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