Kinshasa n’attendra plus que l’asphyxie devienne la norme. Face au chaos routier qui s’est installé sur ses grands axes, la capitale congolaise a tranché : les tricycles, devenus symboles d’ingéniosité populaire mais aussi de désordre et de risques, sont désormais bannis de onze artères structurantes. En un geste affirmé, les autorités provinciales tentent de remettre de la cohérence dans une ville où la mobilité conditionne la sécurité, l’économie quotidienne et même la dignité urbaine. Cette décision, annoncée dans une circulaire publiée dimanche, marque une volonté politique de réaffirmer l’autorité de l’État dans l’espace public. Elle pose cependant une équation complexe : comment organiser une transition qui protège les usagers tout en préservant les milliers de travailleurs dépendant de ces engins ? Kinshasa ouvre un nouveau front, celui d’une circulation pensée, assumée et plus sûre.
La ville de Kinshasa a interdit la circulation des tricycles destinés au transport de passagers et de marchandises sur onze de ses principales artères. La décision, issue d’une note circulaire du ministère provincial des Transports, s’inscrit dans une stratégie de sécurisation et de fluidification de la mobilité dans une capitale confrontée depuis plusieurs années à un engorgement chronique.
Selon le document, ces engins populaires pour leur coût réduit et leur capacité à se faufiler dans la circulation, sont désormais proscrits sur des voies identifiées comme particulièrement exposées aux accidents et aux congestions : le boulevard Lumumba, le boulevard Sendwe, l’avenue Libération, le boulevard du 30-Juin, le boulevard Triomphal, l’avenue Poids Lourds, l’avenue Kasa-Vubu, l’avenue Mondjiba, l’avenue Nguma, l’avenue du Tourisme (axe Nzela ya mayi) et la place Kintambo Magasin.
Un choix d’ordre public qui affirme l’autorité provinciale
Pour justifier cette mesure, les autorités évoquent la nécessité d’imposer « des règles spécifiques » à une catégorie de véhicules devenue incontournable mais difficile à encadrer. Les tricycles souvent pilotés par de jeunes conducteurs précaires, appelés localement « wewa » sont fréquemment impliqués dans des accidents, parfois mortels, et participent malgré eux à la saturation des grands boulevards.
En misant sur l’interdiction, le gouvernement provincial entend restaurer de la discipline sur les axes stratégiques. Cette orientation, perçue comme un geste de fermeté, s’inscrit dans une volonté plus large de réorganiser la mobilité urbaine, un chantier devenu crucial à l’heure où Kinshasa s’étend et où le nombre de véhicules croît plus vite que les infrastructures.
La mesure suscite néanmoins des interrogations sociales et économiques. Des milliers de conducteurs craignent de perdre leur principale source de revenus, tandis que les habitants des périphéries, souvent dépendants de ces engins bon marché, redoutent une hausse des coûts de transport. Les autorités assurent que la police routière veillera à l’application stricte du texte, en appelant à « une transition ordonnée » pour éviter les débordements.
Dans une ville en quête d’équilibre entre sécurité, dignité urbaine et justice sociale, cette prohibition marque une étape décisive, un signal que Kinshasa veut se réinventer, rue après rue, dans un mouvement assumé et plus structuré.
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