Dans une ville fracturée par la guerre et soumise depuis des mois à l’autorité de facto du M23, l’assassinat de Magloire Paluku Kavunga, figure médiatique du Nord-Kivu, marque un tournant inquiétant. L’ancien directeur de Radio Kivu One a été froidement abattu, mercredi soir, de sept balles tirées avec une arme munie d’un silencieux, à quelques mètres de son domicile. Une opération nette, méthodique, sans témoin auditif, qui a immédiatement nourri les soupçons d’une exécution politique. Plusieurs sources congolaises pointent le rôle de gardes rapprochés de Willy Manzi, le vice-gouverneur installé par la rébellion, dans ce qui ressemble de plus en plus à une purge interne visant les collaborateurs “devenus encombrants”. Le meurtre de cet ex-propagandiste, approché puis marginalisé par le mouvement, s’inscrit dans un climat de défiance croissante au sein de l’appareil M23/RDF, où même les soutiens de circonstance semblent désormais exposés.
L’assassinat de Magloire Paluku Kavunga, mercredi 10 décembre au soir, a immédiatement ravivé les tensions au sein d’un Goma sous emprise. L’homme de 44 ans a été retrouvé mort dans son véhicule, criblé de balles, à moins de cinquante mètres de son domicile. Selon sa sœur, Denise Paluku, « les voisins n’ont rien entendu », preuve, dit-elle, « d’une opération menée avec un matériel militaire sophistiqué et une préparation minutieuse ».
Plusieurs sources sécuritaires et associatives locales convergent : l’opération aurait été conduite par des gardes liés au vice-gouverneur Willy Manzi, nommé par l’administration instaurée par le M23. Aucun élément matériel ne confirme encore cette accusation, mais le modus operandi, la discrétion de l’attaque et le profil de la victime renforcent les soupçons d’un assassinat ciblé.
Une purge interne qui révèle les fissures politiques du M23/RDF
L’exécution de Magloire Paluku s’inscrit dans un contexte de fragilisation interne du mouvement. Approché, selon sa famille, par des émissaires du M23 lorsqu’il travaillait au ministère de la Culture, il aurait accepté de contribuer ponctuellement à la communication du groupe rebelle en échange d’une promesse de poste stratégique dans l’administration du Nord-Kivu, promesse restée lettre morte. « Il avait commencé à contester certains ordres, il n’était plus considéré comme fiable », confie un proche réfugié à l’étranger.
Des sources congolaises évoquent une dynamique de méfiance croissante entre les cadres congolais et les commandants tutsis du M23/RDF. Certains collaborateurs seraient jugés « trop exigeants » ou « insuffisamment dociles ». La disparition violente de Magloire Paluku apparaît ainsi comme un avertissement adressé à ceux qui, au sein de l’appareil rebelle, tentent de se distancer ou de renégocier leur place.
Pour plusieurs analystes régionaux, ce meurtre illustre la nature instable et coercitive du système de gouvernance imposé dans les zones contrôlées par le M23. « C’est le symptôme d’un pouvoir qui ne tient que par la peur », estime un expert basé à Nairobi. « Quand un mouvement commence à éliminer ses propres relais, c’est qu’il doute de sa capacité à maintenir l’obéissance autrement. »
Dans tous les cas, cette exécution est un signe supplémentaire de l’« engrenage de violence » imposé aux populations de l’Est. Dans les quartiers de Goma, la mort de Magloire Paluku nourrit un sentiment de vulnérabilité généralisée : si même ceux qui ont servi la machine de propagande peuvent être éliminés aussi brutalement, la marge de survie pour les civils ordinaires semble se rétrécir un peu plus.
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