Il est des textes qui valent alerte. La tribune d’Henry Mutombo, en dénonçant sans détour l’engagement de Congolais aux côtés de l’AFC/M23 au service des intérêts rwandais, s’inscrit dans cette catégorie rare : celle des paroles qui forcent à regarder la réalité en face. Ce qui se joue dans l’Est de la République démocratique du Congo n’est plus une simple crise sécuritaire périphérique. C’est une confrontation géopolitique assumée, où la souveraineté nationale est méthodiquement mise à l’épreuve. Depuis plusieurs mois, les faits s’accumulent et convergent. Chaque avancée militaire attribuée à l’AFC/M23 s’accompagne d’un bruit diplomatique et symbolique qui dépasse largement le cadre congolais. Les célébrations observées à Kigali, l’activation de relais informationnels, la cohérence stratégique des offensives : tout indique que cette guerre n’est ni spontanée ni endogène. Elle relève d’une logique de guerre hybride, mêlant acteurs armés interposés, pression territoriale, instrumentalisation identitaire et silence international calculé. Face à cette entreprise de déstabilisation, la RDC n’est pourtant pas immobile. L’État congolais, longtemps accusé d’impuissance, a progressivement clarifié sa doctrine : recentrage diplomatique, internationalisation assumée du dossier, dénonciation documentée des soutiens extérieurs aux groupes armés, réaffirmation de l’autorité centrale. Cette ligne, plus ferme et plus lisible, marque une rupture. Elle traduit la volonté de sortir du piège du déni et de l’ambiguïté. Mais l’épreuve est aussi interne. Comme le souligne la tribune, la blessure la plus profonde reste celle de la complicité congolaise. Aucun projet de déstabilisation externe ne prospère sans relais locaux. Ceux qui, par calcul politique, ressentiment ou illusion de pouvoir, ont choisi de servir une stratégie étrangère contre leur propre pays portent une responsabilité historique. Leur combat n’est pas une rébellion ; c’est une abdication. À l’international, le malaise demeure. L’Est congolais continue d’être perçu moins comme un espace de droit que comme un réservoir stratégique de minerais critiques. Tant que l’instabilité garantit des flux