Ce n’est ni un discours de circonstance ni une promesse abstraite. En ouvrant, mardi 16 décembre à Kinshasa, la première édition des Conférences annuelles du service public, Félix Tshisekedi a posé les termes d’un engagement politique central de son second quinquennat : refonder l’État par la qualité des services qu’il rend à ses citoyens. Police, justice, santé, école, état civil, fiscalité : aucun secteur n’est exclu de cette refondation, pensée comme un impératif de dignité et de justice sociale. Le chef de l’État l’a dit sans détour : la « vraie honte » n’est pas dans la pauvreté subie, mais dans « l’indifférence organisée » de l’administration. En plaçant les militaires, les policiers et leurs familles au cœur de cette réforme, le pouvoir affirme une ligne claire : ceux qui servent la République ne doivent plus être les derniers à accéder aux droits élémentaires. Derrière les annonces : protection sociale renforcée, digitalisation, évaluation des performances, se dessine une ambition plus large : faire du service public non plus un lieu d’humiliation, mais le socle d’un contrat social crédible.
Au Centre culturel et des arts d’Afrique centrale, à Kinshasa, le décor est solennel, mais le message se veut sans ambiguïté. En lançant la première édition des Conférences annuelles du service public, Félix Tshisekedi a inscrit la réforme de l’administration au rang des priorités structurantes de son action. « La force d’un État se mesure aussi à la qualité du service qu’il rend, concrètement, au plus humble de ses citoyens », a-t-il déclaré devant les responsables publics réunis pour ces assises inédites.
Depuis son accession à la magistrature suprême, a rappelé le président, la refondation des services publics constitue un axe majeur de gouvernance. Un engagement réaffirmé au début de son second quinquennat : garantir à chaque Congolaise et à chaque Congolais, où qu’il vive, l’accès à des services publics « dignes de ce nom ».
Redonner sa dignité à ceux qui servent l’État
C’est sur la situation des militaires et des policiers que le chef de l’État a tenu à être le plus explicite. Face aux polémiques suscitées par certaines de ses déclarations passées, Félix Tshisekedi a tenu à lever toute ambiguïté : « Lorsque je dénonce, parfois avec des mots durs, l’indignité des conditions de vie dans lesquelles tant de nos compatriotes ont été contraints durant des années, ce n’est jamais pour les mépriser, et certainement pas nos vaillantes forces de défense et de sécurité, mais pour placer l’État face à ses responsabilités », a-t-il affirmé.
Ces précisions visent à éclairer ses propos tenus précédemment devant les jeunes, lorsqu’il avait dressé un constat brutal de l’état de l’armée à son arrivée au pouvoir. « J’ai trouvé une armée, pardonnez-moi l’expression, de clochards », avait-il déclaré, évoquant des soldats envoyés au front « sans ration, sans solde, sans munition et sans encadrement ». Loin d’une stigmatisation, le président assume aujourd’hui cette parole comme un acte politique : nommer la réalité pour justifier l’urgence de la réforme.
Dans cette logique, il a insisté sur le droit des militaires, des policiers et de leurs familles à une administration respectueuse et humaine. « Ils ont droit, plus que quiconque, à une administration qui les accueille avec considération », a-t-il souligné, rappelant que ceux qui défendent la République ne peuvent continuer à vivre dans des conditions indignes de l’État qu’ils servent.
Des mesures concrètes déjà engagées
Cette volonté s’est traduite par une série de décisions structurantes : consolidation de la gratuité de l’enseignement primaire, lancement progressif de la couverture santé universelle, gratuité des accouchements et des soins néonataux, doublement des rémunérations des militaires et des policiers, régularité des cotisations sociales.
Depuis mai 2025, militaires et policiers sont intégrés au régime spécial de sécurité sociale de la Caisse nationale de sécurité sociale des agents publics, avec une protection couvrant la retraite, les risques professionnels et les prestations familiales. « Cette extension sécurise leur avenir social et reconnaît leur service à la nation », a insisté le chef de l’État.
Une administration appelée à changer de culture
Au-delà des mesures sociales, Félix Tshisekedi a tracé les contours d’une transformation en profondeur de l’appareil administratif : dématérialisation des démarches, proximité accrue dans les territoires marginalisés, transparence de l’information, respect strict des délais, amélioration du rapport qualité-coût.
« Il n’est plus question de nous accommoder de ces dysfonctionnements », a-t-il martelé, annonçant des évaluations régulières des services publics, assorties de sanctions positives ou disciplinaires. « L’ère de l’impunité administrative doit appartenir au passé. »
Pour accompagner cette mutation, un fonds dédié à l’innovation et à la modernisation de l’administration publique sera créé, afin de soutenir les projets de digitalisation et de simplification. Le président a également assuré suivre personnellement les réformes engagées autour de l’École nationale d’administration.
Un État debout dans l’épreuve
Intervenant à l’ouverture des assises, le vice-Premier ministre chargé de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, a inscrit cette réforme dans un contexte sécuritaire tendu. Dénonçant l’agression dans l’est du pays, il a affirmé la résilience nationale et la détermination à ne céder « aucun centimètre » du territoire.
Pour Jean-Pierre Lihau, la modernisation du service public est indissociable de la protection sociale des agents de l’État, en particulier de ceux servant sous les drapeaux. À partir de janvier 2027, la nouvelle politique salariale et l’équivalence des grades doivent accélérer un changement présenté comme inédit dans l’histoire administrative du pays.
Dans la foulée, Félix Tshisekedi a appelé à faire de ces conférences un « véritable laboratoire d’idées », capable de produire des décisions concrètes, suivies et évaluées dans le temps. Une condition essentielle, selon lui, pour que la République parle enfin de dignité, non comme d’un slogan, mais comme d’une réalité vécue.
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