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19 avril, 2026 - 18:11:17
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En RDC, 2025 aura redessiné les priorités de la santé publique

La santé a rarement été aussi centrale dans le débat public congolais. En 2025, la République démocratique du Congo a affronté, souvent simultanément, des urgences sanitaires de portée nationale : résurgence d’épidémies, pression accrue sur les hôpitaux, besoins massifs liés à la guerre dans l’Est, mais aussi attentes sociales fortes autour de l’accès aux soins. Mpox, choléra, Ebola : les menaces ont été réelles, parfois brutales, jamais abstraites. Pourtant, l’année n’a pas été qu’une succession d’alertes. Elle a aussi révélé une capacité de riposte consolidée, une expérience accumulée et des choix politiques assumés. Vaccination élargie, mobilisation citoyenne autour du don de sang, relance d’infrastructures hospitalières stratégiques, reconnaissance du rôle des infirmiers et sages-femmes : 2025 aura été une année de tension, mais aussi de structuration. Une année où la santé publique s’est imposée comme un enjeu de souveraineté, de cohésion nationale et de justice sociale.

L’année 2025 restera comme l’une des plus éprouvantes pour le système de santé congolais depuis la pandémie de Covid-19. Plusieurs urgences sanitaires, parfois concomitantes, ont mis à l’épreuve les capacités de réponse de l’État, des soignants et des communautés. Mais elles ont aussi révélé une évolution notable : celle d’un appareil sanitaire plus réactif, mieux coordonné, et désormais inscrit au cœur des priorités publiques.

Épidémies : une vigilance permanente

Mpox, choléra, Ebola. Trois noms, trois menaces, un même défi : contenir la propagation dans un pays vaste, mobile et inégalement couvert en infrastructures sanitaires.

Le Mpox, anciennement variole simienne, a constitué l’une des préoccupations majeures en début d’année. Selon les données du Ministère de la Santé, Hygiène et Prévoyance sociale, 512 cas confirmés et 20 décès avaient été enregistrés à la première semaine épidémiologique de 2025. Grâce à la mobilisation rapide des équipes de riposte, pilotées par l’Institut national de santé publique, avec l’appui des partenaires techniques, la tendance s’est progressivement inversée. À la 45ᵉ semaine épidémiologique, le nombre de cas est passé sous la barre des 300.

Même dynamique pour le choléra, endémique dans plusieurs zones riveraines. La stratégie « Fleuve sans choléra », déployée le long du fleuve Congo, a permis de renforcer la surveillance épidémiologique, la prévention communautaire et la coordination interprovinciale. Résultat : à la 49ᵉ semaine épidémiologique, les cas suspects sont passés de 1 047 à 1 018, signal d’un infléchissement encore fragile mais réel.

Ebola : une réponse rapide, un précédent maîtrisé

L’un des épisodes les plus sensibles de l’année reste la déclaration, le 4 septembre, de la 16ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola (MVE) dans la zone de santé rurale de Bulape, au Kasaï. Le souvenir des flambées précédentes, souvent longues et meurtrières, pesait lourd.

Cette fois, la réponse a été rapide. En trois mois, l’épidémie a été maîtrisée. Le bilan final fait état de 53 cas confirmés, 11 cas probables, 34 décès et 19 personnes guéries, tous localisés dans la même zone de santé. L’utilisation du traitement à base de la molécule « Ebanga », combinée à une stratégie éprouvée de traçage des contacts et d’isolement, a permis d’éviter une propagation plus large.

Vaccination : un tournant avec le vaccin rougeole-rubéole

Sur le front de la prévention, 2025 marque une avancée structurante avec l’introduction du vaccin combiné rougeole-rubéole (RR). Environ 17 millions d’enfants âgés de 6 mois à 14 ans ont été ciblés lors d’une campagne nationale, déployée dans sept provinces pilotes.

« Notre pays est confronté à des flambées récurrentes de rougeole et de rubéole. Nous avons décidé de vacciner tous nos enfants contre ces deux maladies », a expliqué Roger Kamba, ministre de la Santé. Au-delà de l’impact sanitaire, cette approche combinée a permis de rationaliser la logistique, réduire les coûts et optimiser le travail des prestataires de soins.

Don de sang : la solidarité en temps de guerre

La guerre dans l’Est du pays a imposé une autre urgence, moins visible mais tout aussi vitale : le sang. En 2025, une vaste campagne nationale de don a été organisée pour soutenir les blessés civils et militaires pris en charge par les hôpitaux, notamment après les affrontements à Goma, au Nord-Kivu.

Près de 3 000 poches de sang ont été collectées à Kinshasa, sur un objectif de 5 000. Une mobilisation citoyenne saluée par les autorités sanitaires. « Donner du sang, c’est aussi sauver des vies », a rappelé le ministre, insistant sur la dimension collective de l’effort de guerre, aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo.

Infirmiers et sages-femmes au cœur du système

Autre moment marquant de l’année : l’organisation à Kinshasa du 3ᵉ Colloque africain des soins infirmiers et obstétricaux (Casio). Une première en RDC. Réunissant des délégations de 17 pays africains, la rencontre a placé les infirmiers et sages-femmes au centre du débat sur la Couverture santé universelle (CSU), promue par le président Félix Antoine Tshisekedi.

Fédérer, former, valoriser : les trois piliers du Casio ont mis en lumière un corps professionnel souvent en première ligne, mais longtemps relégué à l’arrière-plan des politiques publiques.

Hôpitaux : reprendre la main sur les infrastructures

Sur le plan institutionnel, l’année a été marquée par la reprise en main du Centre hospitalier universitaire du Cinquantenaire (CHU-50). À la suite de manquements contractuels graves, la gestion de l’établissement a été retirée à la société indienne Padiyath Health Care Sarl, au profit d’un retour à la gestion publique.

La relance des services du CHU-50 s’accompagne d’un nouveau modèle de fonctionnement, axé sur la qualité des soins, la redevabilité et la mise en place de services dédiés à la gratuité des accouchements et des soins néonataux.

Parallèlement, des infrastructures ont été construites ou rénovées, dont le Centre hospitalier Tshisekedi Tshilombo (CHTT) de la CNSS à Lubumbashi, dans le Haut-Katanga.

Une année de tensions, un cap assumé

Les défis demeurent considérables : accès inégal aux soins, ressources humaines insuffisantes, logistique fragile. Mais 2025 aura confirmé une orientation. Dans son discours sur l’état de la Nation, le chef de l’État a annoncé la création du premier centre de cancérologie du pays et l’extension, dès 2026, de la gratuité de la maternité et des soins néonataux.

Au-delà des chiffres et des urgences, l’année 2025 aura rappelé une réalité essentielle : la santé publique n’est plus un secteur parmi d’autres. Elle est devenue un marqueur de gouvernance, de solidarité nationale et de crédibilité de l’État.

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