Le cap est fixé, les chiffres sont posés. Promulguée le 29 décembre 2025 par le président Félix Tshisekedi, la loi de finances 2026 ouvre une séquence budgétaire décisive pour la République démocratique du Congo. Présenté en équilibre à 54 335,8 milliards de francs congolais, en hausse de 7,2 % par rapport à la loi rectificative 2025, le budget du pouvoir central marque l’entrée dans une phase assumée de stabilisation, après les chocs sécuritaires et humanitaires de l’année écoulée. La trajectoire macroéconomique se veut prudente mais volontariste : croissance attendue à 5,3 %, inflation moyenne contenue à 4,4 %, pression fiscale portée à 12,3 % et PIB nominal projeté à 269 291,9 milliards de FC. Dans la droite ligne du Programme d’actions du gouvernement 2024-2028, l’exécutif affiche une ambition claire : renforcer les recettes internes, consolider la discipline budgétaire, sécuriser les dépenses sociales et réorienter l’investissement public vers les infrastructures structurantes. Le budget 2026 assume aussi un contexte international contraint, marqué par un programme formel avec le Fonds monétaire international et une légère contraction des appuis extérieurs. À Kinshasa, le message est politique autant qu’économique : la relance passera par l’effort interne, la crédibilité des réformes et une exécution rigoureuse.
La loi de finances n°25/060 du 29 décembre 2025, promulguée le 29 décembre par le chef de l’État, acte un moment charnière. Après une année 2025 dominée par les urgences sécuritaires et leurs répercussions économiques, le budget 2026 entend installer la République démocratique du Congo dans une phase de stabilisation et de relance maîtrisée.
Le texte s’inscrit dans le cadre constitutionnel fixé par l’article 126 de la Constitution et s’aligne sur les orientations du Programme d’actions du gouvernement (PAG) 2024-2028. L’objectif affiché est clair : doubler les recettes courantes à l’horizon du quinquennat, accroître les apports des partenaires et dégager des marges d’épargne pour financer la sécurité, les infrastructures et la réduction des inégalités.
Une trajectoire macroéconomique prudente
Le cadrage macroéconomique traduit un pari mesuré. La croissance du PIB est projetée à 5,3 %, portée notamment par une progression attendue du secteur minier de 5,0 %. Le gouvernement table sur une inflation moyenne de 4,4 % et une inflation en fin de période de 6,1 %, dans un environnement monétaire encore sous tension. Le taux de change moyen est fixé à 2 467 FC/USD, avec un taux de fin de période à 2 634,1 FC/USD.
Ces hypothèses s’inscrivent dans le cadre du programme formel en cours avec le FMI, dont la deuxième revue s’est tenue en octobre 2025. Elles traduisent une volonté de crédibilité, à l’heure où la soutenabilité des finances publiques demeure un enjeu central.
Un budget en hausse, mais tenu
Le budget du pouvoir central est arrêté à 54 335,8 milliards de FC, en équilibre recettes-dépenses. L’augmentation de 7,2 % par rapport à 2025 traduit une progression contenue, loin des emballements passés.
Les recettes totales se répartissent entre le budget général (48 969,3 milliards de FC), les budgets annexes (962,3 milliards de FC) et les comptes spéciaux (4 404,2 milliards de FC).
Le cœur de la stratégie repose sur les recettes internes, projetées à 34 578,9 milliards de FC, soit 70,6 % du budget général, en hausse de 12,8 %. Un signal politique fort : l’État mise d’abord sur ses propres leviers.
Fiscalité : élargir l’assiette plutôt qu’alourdir la charge
Les recettes courantes, évaluées à 33 025,0 milliards de FC, progressent de 10,5 %. Les recettes fiscales constituent le moteur principal.
Les impôts atteignent 19 033,6 milliards de FC, en hausse de 16 %, portés par la généralisation de la facture normalisée, les dispositifs électroniques fiscaux et l’attribution élargie du numéro d’impôt.
Les recettes douanières et d’accises sont projetées à 7 522,0 milliards de FC, grâce notamment à la poursuite de la réforme des subventions sur les produits pétroliers et à l’implantation des services techniques d’accises dans les provinces à fort potentiel.
Les recettes non fiscales, en revanche, reculent légèrement à 6 469,4 milliards de FC, conséquence d’une rationalisation assumée, malgré l’apport des royalties issues du contrat sino-congolais révisé.
Appuis extérieurs en recul, autonomie en hausse
Les recettes extérieures sont estimées à 14 390,3 milliards de FC, en baisse de 4,7 %. Les appuis budgétaires reculent légèrement, tandis que les financements de projets demeurent substantiels, à 11 489,8 milliards de FC. Un contexte qui renforce la nécessité d’une mobilisation accrue des ressources internes.
Dépenses : priorité au social et à l’investissement
Côté dépenses, la structure traduit des arbitrages politiques assumés.
Les dépenses de personnel atteignent 14 033 milliards de FC, soit 28,7 % du budget général, en hausse de 16 %. Elles intègrent la mécanisation, les ajustements barémiques et les engagements sociaux.
Les transferts et interventions de l’État progressent fortement à 8 533,8 milliards de FC (+22,2 %), soutenant les provinces, la protection sociale et les mécanismes de contrôle financier.
L’investissement public reste central : 10 804,2 milliards de FC pour les équipements et 5 208,3 milliards de FC pour les constructions et réhabilitations, notamment dans le cadre du PDL-145 territoires, malgré un léger repli par rapport à 2025, assumé comme un recentrage sur l’efficacité.
La charge de la dette est contenue. Les frais financiers reculent de 22,8 %, tandis que le remboursement du capital augmente, signe d’une gestion plus active de l’endettement.
Le budget 2026 n’est pas un budget de rupture spectaculaire. C’est un budget de consolidation. Il traduit une volonté de discipline, d’efficacité et de réorientation progressive vers la relance productive. À Kinshasa, le pari est clair : moins de dépendance extérieure, plus de recettes internes, et une exécution budgétaire appelée à devenir le véritable test politique de l’année 2026.
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