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Kinshasa
20 avril, 2026 - 09:29:40
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Gestion des déchets à Kinshasa : la tribune sans concession de Christopher Jr Mukoka

Ce texte ne cherche ni l’effet, ni le consensus. Il pose une question centrale, dérangeante, presque politique : pourquoi Kinshasa continue-t-elle de traiter la gestion de ses déchets comme une fatalité plutôt que comme une opportunité structurante ? Dans une tribune dense et argumentée, Christopher Jr Mukoka, CEO de BETU GROUP, déconstruit l’idée selon laquelle l’insalubrité chronique de la capitale relèverait d’un déficit de mentalité ou de civisme. Pour lui, le véritable échec est ailleurs : dans l’absence d’organisation, de vision économique et de cadre institutionnel clair. Mukoka décrit, maillon par maillon, une chaîne de valeur aujourd’hui éclatée : de la pré-collecte à la valorisation qui pourrait pourtant structurer des centaines de PME locales, créer des emplois formels et élargir l’assiette fiscale de l’État. Mais il met aussi en garde : sans règles strictes, sans transparence, sans contrôle indépendant, le secteur restera une rente captée et non un levier de développement. Une réflexion exigeante sur le rôle de l’État, appelé à organiser et réguler plutôt qu’à opérer. La tribune est publiée ci-dessous, dans son intégralité.

Ce qui me révolte vraiment dans la gestion des déchets à Kinshasa

Ce qui me dérange le plus dans l’histoire des déchets à Kinshasa, ce n’est pas la saleté. C’est l’idée, profondément ancrée, que nous serions incapables de gérer notre propre ville. Comme si, face à un problème complexe, la seule issue crédible était forcément extérieure.

Or, le problème des déchets à Kinshasa n’est pas d’abord un problème de mentalité. C’est un problème d’échelle, d’organisation et d’infrastructures. Et surtout, c’est une opportunité économique massive que nous continuons à mal exploiter.

Kinshasa produit chaque jour des milliers de tonnes de déchets. Collecter, transporter, trier, traiter et valoriser ces déchets représente un marché de plusieurs dizaines, voire centaines de millions de dollars par an.

Ce marché existe déjà. Il est simplement fragmenté, informel et mal organisé.

Moi, je paie 25$ par mois par exemple.

La vraie question n’est donc pas de savoir qui peut gérer les déchets. La vraie question est : comment structurer intelligemment toute la chaîne de valeur. Une chaîne de valeur, pas un bloc monolithique

La gestion des déchets n’est pas une activité unique confiée à un seul acteur. C’est une succession de métiers distincts et complémentaires, chacun pouvant être porté par des entreprises différentes :

Pré-collecte : enlèvement de proximité au niveau des quartiers et avenues

Collecte : regroupement et évacuation par zones

Transport : acheminement vers des centres dédiés

Centres de transit : consolidation et contrôle des flux

Tri : séparation des matières valorisables

Valorisation : recyclage, compost, énergie

Gestion du résiduel : enfouissement ou traitement final encadré

Chaque maillon est une activité économique à part entière. Chaque maillon peut structurer des PME locales.

Comment organiser cela concrètement, dès aujourd’hui

Si l’État décidait réellement d’aller dans cette direction, un plan de bataille pragmatique pourrait être mis en place.

1. Cartographier la ville en zones opérationnelles La ville est découpée en zones cohérentes en fonction : de la densité de population, des volumes estimés de déchets, de l’accessibilité logistique.

Chaque zone devient une unité économique claire, avec des objectifs mesurables.

2. Agréer des PME par maillon et par zone Pour chaque zone et chaque activité : l’État agrée des PME locales, impose des standards techniques et sanitaires, contractualise sur la base de la performance.

Ces entreprises deviennent formelles, identifiées et responsables.

3. Sécuriser les flux financiers Une fois la chaîne structurée, le financement devient possible.

Le Fonds de Promotion de l’Industrie (FPI) peut appuyer les unités de tri et de valorisation.

Les banques commerciales peuvent financer des PME opérant sur des contrats publics clairs.

La taxe d’assainissement, numérisée et traçable, sécurise les paiements. L’argent suit toujours l’organisation.

4. Créer un cercle vertueux économique et fiscal

Des PME agréées signifient : des emplois formels, des salaires déclarés, des impôts professionnels, des impôts sur les bénéfices, des redevances et agréments pour l’État.

La ville devient plus propre. Les entreprises grandissent. L’État élargit son assiette fiscale.

Là où les choses se compliquent (et pourquoi un cadre strict est indispensable) Évidemment, tout cela n’est pas simple.

La principale difficulté n’est pas technique. Elle est politique et institutionnelle.

Les risques sont connus : copinage, clientélisme, attribution opaque des marchés, entreprises de façade, captation de la rente.

C’est précisément pour cela que ce modèle ne peut fonctionner que s’il repose sur des règles claires, impersonnelles et strictes.

Pas sur des arrangements. Pas sur des relations. Pas sur des exceptions.

Ce qui est non négociable pour que cela fonctionne

Si l’on veut réellement structurer ce secteur, certaines conditions sont indispensables : Appels d’offres transparents et compétitifs ; Agrément strict des entreprises, avec critères techniques et financiers clairs ; Contrats standardisés, limitant l’arbitraire ; Numérisation maximale des paiements et du suivi ; Moins d’intermédiaires, plus de traçabilité ; Contrôle indépendant, avec sanctions réelles.

Ce n’est pas un luxe. C’est la condition de survie du système.

Le rôle de l’État : organiser, contrôler, faire faire.

Dans ce modèle, l’État n’est pas un opérateur. Il est un architecte qui : découpe, régule, contrôle, sanctionne si nécessaire. Il crée les règles du jeu. Le secteur privé exécute.

C’est ainsi que l’on dilue la pression politique : par les règles, pas par les discours.

Christopher Jr Mukoka

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