Il ne s’agit pas seulement de se souvenir, mais de comprendre. À Kinshasa, une exposition consacrée à l’« Histoire de la République démocratique du Congo » remet au centre du débat public la figure de Patrice-Émery Lumumba et, à travers lui, celle des héros nationaux. Pendant deux mois, objets, archives et créations artistiques interrogent l’héritage politique, moral et panafricain du premier Premier ministre congolais. À l’heure où la cohésion nationale et la souveraineté demeurent des enjeux vifs, l’initiative prend une portée résolument contemporaine. Elle invite à relire le passé pour éclairer le présent, et à faire de la mémoire non un refuge nostalgique, mais un levier de conscience citoyenne. À Kinshasa, l’histoire s’expose, mais surtout, elle interpelle.
Inaugurée le week-end dernier au Musée d’Art contemporain et multimédia de Kinshasa, l’exposition intitulée « Histoire de la République démocratique du Congo : hommage aux héros nationaux » place la mémoire au cœur de l’espace public. Figure centrale du parcours : Patrice-Émery Lumumba, premier Premier ministre du pays, dont le combat pour l’indépendance, la dignité humaine et l’unité africaine irrigue l’ensemble de la scénographie.
Objets historiques, documents d’archives et supports multimédias retracent une trajectoire politique brève mais fondatrice. Celle d’un homme dont les mots et les actes continuent de structurer l’imaginaire national, bien au-delà de sa disparition.
Lumumba, une conscience toujours vivante
Lors de la cérémonie d’ouverture, le message a été clairement posé. Pour Théodore Nganzi, directeur de cabinet adjoint au ministère de la Culture, Lumumba reste une référence politique et morale. Un homme qui, par « ses paroles puissantes et son engagement inébranlable », a défendu la dignité humaine, en particulier celle de l’homme noir, à une époque où celle-ci était niée.
Une lecture partagée par Vasyl Hamianin, ambassadeur d’Ukraine en RDC, qui a salué la mémoire d’un leader ayant « sacrifié sa vie non seulement pour le Congo, mais pour l’Afrique tout entière ». Une reconnaissance internationale qui rappelle que l’héritage lumumbiste dépasse les frontières nationales.
Un acte de mémoire, un appel politique
Pour l’élu national Éric Dibenga, l’exposition ne relève pas du simple hommage. Elle constitue un acte de mémoire active, un appel à la conscience collective dans un pays encore travaillé par les fractures de son histoire. Se souvenir, ici, revient à interroger les valeurs fondatrices de l’État congolais et à mesurer l’écart entre l’idéal porté par les héros nationaux et la réalité contemporaine.
Dans cette perspective, un parallèle symbolique a été esquissé entre Lumumba et le musicien jamaïcain Bob Marley, figure mondiale de la résistance et de l’émancipation. L’idée d’un village panafricain, liant ces héritages, a été évoquée comme un prolongement culturel et politique de cette mémoire partagée.
L’art comme relais de l’histoire
La soirée d’inauguration s’est conclue par une représentation théâtrale, « Épopée de Lumumba », interprétée par les étudiants de l’Institut national des arts (INA). Une mise en scène sobre, portée par la jeunesse, qui rappelle que la transmission de l’histoire ne peut se limiter aux archives : elle passe aussi par l’art, l’émotion et la parole incarnée.
En consacrant deux mois à cet hommage, le musée fait plus qu’exposer le passé. Il pose une question politique essentielle : que faisons-nous, aujourd’hui, de l’héritage des héros nationaux ? À Kinshasa, cette exposition rappelle que la mémoire n’est jamais neutre. Elle est un choix. Et parfois, un acte de courage.
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