Carrefours animés, marchés bondés et devantures de boutiques se transforment progressivement en espaces de travail pour de nombreux enfants à Kananga. Munis de brosses, de boîtes de cirage ou de paquets de mouchoirs, ces mineurs tentent de gagner quelques francs pour se nourrir au quotidien. Cette présence grandissante dans l’économie informelle traduit une réalité sociale marquée par la pauvreté des ménages, la déscolarisation et le manque d’encadrement familial, suscitant une inquiétude croissante au sein de la population.
Kananga, chef-lieu de la province du Kasaï-Central, fait face à une situation sociale de plus en plus préoccupante marquée par la recrudescence visible du travail des enfants. Dans les principales artères de la ville, aux abords des marchés, aux carrefours ou encore devant certaines boutiques, de très jeunes mineurs s’adonnent quotidiennement à des activités de survie.
Des enfants livrés aux activités informelles
Dans plusieurs quartiers, des enfants âgés d’à peine dix ans, parfois moins, sont aperçus en train de cirer des chaussures, vendre des mouchoirs ou nettoyer les ongles. Leur objectif est simple : trouver de quoi se nourrir au jour le jour. Munis de petites boîtes de cirage, de brosses usées, de chiffons ou d’outils rudimentaires, ils parcourent les rues à la recherche de clients.
D’autres préfèrent s’installer près des arrêts de taxis-motos ou aux abords des marchés, proposant des mouchoirs à bas prix, tandis qu’une frange se spécialise dans le nettoyage des ongles, une pratique qui gagne progressivement du terrain dans certains coins de la ville.
Selon des témoignages recueillis mardi 10 février, bon nombre de ces enfants affirment ne disposer d’aucune autre alternative. Beaucoup sont issus de familles en situation de grande précarité, certains sont orphelins, d’autres vivent éloignés de leurs proches ou totalement abandonnés. « Nous faisons ça pour manger. Si je ne cire pas, je ne mange pas », confie un enfant rencontré à un carrefour très fréquenté. Un autre, tenant un paquet de mouchoirs, évoque des revenus incertains : « Il y a des jours où je rentre avec 1 000 francs, d’autres jours rien du tout. »
Cette présence est également visible devant les stations-service, les institutions publiques, les magasins et autres lieux de forte affluence où des groupes d’enfants, souvent en haillons, interpellent passants et conducteurs. Ce qui frappe plusieurs habitants est le rajeunissement de ces travailleurs de rue, une activité autrefois dominée par des adolescents.
Des risques sanitaires et sociaux grandissants
Le nettoyage des ongles, en particulier, s’effectue dans des conditions d’hygiène préoccupantes. Les instruments utilisés sont rarement désinfectés, exposant enfants et clients à divers risques de contamination. Malgré cela, cette pratique séduit une clientèle locale en quête d’un service rapide et peu coûteux.
Le phénomène se prolonge parfois jusque tard dans la soirée, à des heures où ces enfants devraient normalement être à l’école ou sous la surveillance familiale. Pour Jean Kenge, membre de la Nouvelle société civile congolaise, cette multiplication du travail des enfants à Kananga résulte directement de la pauvreté persistante, du chômage, de la déscolarisation, de la fragilisation des structures familiales et de la hausse du coût de la vie. Dans certains ménages, les enfants deviennent progressivement une main-d’œuvre contrainte pour assurer la survie quotidienne.
Les conséquences inquiètent de nombreux acteurs sociaux. L’abandon ou l’irrégularité scolaire réduit fortement leurs perspectives d’avenir. À cela s’ajoutent les risques d’accidents de circulation, d’exploitation, de violences et de délinquance. Sans protection adéquate, ces mineurs passent leurs journées exposés à la poussière, au soleil et à des traitements parfois humiliants. Peu à peu, certains s’habituent à ces revenus précaires et s’éloignent durablement du système éducatif, compromettant ainsi leur futur.
Stony Mulumba, correspondant à Kananga

