82.78 F
Kinshasa
19 février, 2026 - 21:58:56
Image default
Flash InfosLa unePolitique

Droit international défié : Kenneth Roth accuse Kigali d’agression en RDC

Une accusation lourde aux implications juridiques et géopolitiques majeures. Dans un article publié jeudi, Kenneth Roth, ancien directeur exécutif de Human Rights Watch, affirme que la prise de Goma puis de Bukavu par l’armée rwandaise et le M23 constitue un « acte d’agression » au regard du droit international. Selon lui, ces offensives, survenues fin janvier et début février 2025, dépassent largement le cadre d’une opération de légitime défense invoquée par Kigali face aux groupes armés présents dans l’est congolais. Roth souligne que l’occupation durable de territoires étrangers sans menace imminente viole l’interdiction du recours à la force entre États consacrée par la Charte des Nations unies. Il met également en garde contre le risque d’impunité, faute de mécanisme judiciaire compétent pour juger le crime d’agression dans ce contexte. Appelant à des sanctions politiques et économiques ciblées, l’ancien responsable d’ONG estime que l’enjeu dépasse le seul conflit congolais : il s’agit, selon lui, de préserver la crédibilité de l’ordre international fondé sur le droit plutôt que sur le rapport de force.

L’ancien directeur exécutif de Human Rights Watch, Kenneth Roth, accuse le Rwanda d’avoir commis un « acte d’agression » en s’emparant de deux grandes villes de l’est de la République démocratique du Congo, dans un article publié jeudi. Cette prise de position intervient dans un contexte de tensions persistantes autour du conflit opposant Kinshasa aux forces rwandaises et au Mouvement du 23 mars (M23).

Le 27 janvier 2025, l’armée rwandaise et le M23 ont pris le contrôle de Goma à l’issue d’une offensive. Deux semaines plus tard, Bukavu était occupée à son tour. Pour Kenneth Roth, ces avancées constituent l’un des épisodes les plus graves d’un conflit déclenché en novembre 2021 et marqué par de graves violations des droits humains, notamment des exécutions extrajudiciaires, des violences sexuelles, des recrutements forcés et le déplacement massif de populations civiles.

Au cœur de son analyse figure la violation de l’interdiction du recours à la force entre États, principe central du droit international. « Lorsque des troupes franchissent une frontière pour s’emparer durablement du territoire d’un État voisin sans menace imminente crédible, cela constitue une agression », affirme-t-il.

Kigali justifie son intervention par des impératifs de sécurité nationale, invoquant la présence de groupes armés hostiles opérant depuis le territoire congolais. Mais pour Kenneth Roth, cet argument ne répond pas aux critères juridiques de la légitime défense. « La légitime défense autorise à repousser une attaque, pas à occuper des villes étrangères », soutient-il, estimant que l’ampleur des opérations dépasse les exigences de nécessité et de proportionnalité prévues par le droit international.

Malgré la gravité des accusations, la perspective de poursuites pénales demeure incertaine. La Cour pénale internationale ne dispose pas, dans ce cas précis, de la compétence nécessaire pour juger le crime d’agression. « L’absence de juridiction ne doit pas devenir un permis d’impunité », prévient Kenneth Roth.

L’ancien responsable d’ONG souligne également la capacité du Rwanda à limiter les conséquences diplomatiques grâce à son influence sur la scène internationale. « L’impunité prospère lorsque les considérations géopolitiques l’emportent sur le respect du droit », affirme-t-il.

Face à ce blocage judiciaire, il appelle les États à adopter des mesures politiques et économiques, telles que le gel d’avoirs, les restrictions de visas ou la suspension de l’aide non humanitaire. « Si l’agression ne comporte aucun coût, elle devient une option politique rationnelle », avertit-il.

Pour Kenneth Roth, l’enjeu dépasse le conflit congolais et touche à la crédibilité du système international. « Défendre la règle contre l’agression, c’est défendre l’idée même que le droit prime sur la puissance », conclut-il.

Ces déclarations relancent le débat sur la responsabilité internationale dans la crise de l’Est de la RDC, où les appels à une réponse ferme de la communauté internationale se multiplient face à l’escalade des violences et à la détérioration de la situation humanitaire.

Infos27

ça peut vous intéresser

Laisser un Commentaire

Infos27.CD utilise des cookies pour améliorer votre expérience utilisateur. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter En Savoir Plus