La République démocratique du Congo a porté mardi à Genève un message d’alerte et de fermeté devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Entre dénonciation des violences massives dans l’Est du pays, accusations renouvelées contre le Rwanda pour son soutien à l’AFC/M23 et plaidoyer pour un système international des droits humains plus robuste, Kinshasa a cherché à internationaliser davantage la crise sécuritaire et humanitaire qui secoue le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. La ministre d’État en charge des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a dressé un tableau sombre des exactions documentées assassinats, violences sexuelles, déplacements forcés, tout en mettant en avant les réformes internes engagées pour protéger les victimes et encadrer l’exploitation des ressources naturelles. Face à ce qu’elle décrit comme une « érosion du multilatéralisme », la cheffe de la diplomatie congolaise a appelé à renforcer les mécanismes internationaux de protection, estimant que la paix durable dépend de l’établissement des responsabilités et du respect du droit international par tous les États.
La République démocratique du Congo a mis en garde mardi contre l’affaiblissement du système international de protection des droits humains, lors du segment de haut niveau de la 61ᵉ session du Conseil des droits de l’homme au Palais des Nations. Devant les délégations réunies, la ministre d’État en charge des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a souligné que ces mécanismes sont « indissociables de la paix et de la stabilité » et doivent être renforcés face aux défis contemporains, notamment l’intelligence artificielle et la cyberviolence.
« Fragiliser ces mécanismes de protection, c’est compromettre la paix et l’avenir collectif. Sans responsabilité, il ne peut y avoir ni justice ni paix durable », a-t-elle déclaré, appelant à doter le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme de moyens à la hauteur de ses missions.
Accusations renouvelées contre le Rwanda
Kinshasa a également profité de cette tribune pour accuser de nouveau le Rwanda de soutenir l’AFC/M23 dans l’Est du pays. La ministre congolaise a dénoncé des violations « massives » dans les zones occupées du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, affirmant que les rapports onusiens en confirment la gravité.
« Les violations documentées comprennent des assassinats, des violences sexuelles utilisées comme armes de guerre, des déplacements forcés et le pillage de ressources naturelles », a-t-elle affirmé, appelant à la cessation de tout appui extérieur aux rebelles.
Un tableau humanitaire alarmant
La cheffe de la diplomatie congolaise a dressé un bilan particulièrement lourd de la situation humanitaire dans l’Est, s’appuyant sur un rapport gouvernemental élaboré avec la société civile. Celui-ci recense plus de 17 000 atteintes graves, dont plus de 15 000 morts, des centaines d’enlèvements et des violences sexuelles systématiques.
« Le viol d’une femme au moins toutes les quatre minutes et près de huit millions de personnes affectées », a-t-elle souligné, évoquant également une ordonnance présidentielle de novembre 2025 déclarant nuls les actes posés par les forces d’occupation.
Ressources naturelles et responsabilité des entreprises
Au-delà du volet sécuritaire, la RDC a insisté sur la nécessité d’encadrer l’exploitation de ses ressources naturelles stratégiques selon les normes internationales. Kinshasa exige le respect des principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits humains et la responsabilité de l’ensemble des acteurs économiques impliqués.
« L’État veille à la responsabilité de l’ensemble des chaînes de valeur », a déclaré la ministre, dans un contexte où l’exploitation minière demeure au cœur des tensions dans l’Est du pays.
Réformes internes et protection des victimes
La diplomatie congolaise a également mis en avant les réformes juridiques engagées pour renforcer la protection des victimes, en particulier des femmes et des enfants, présentées comme une priorité nationale. Le gouvernement affirme avoir instauré une politique de tolérance zéro face aux violences et un mécanisme de réparations.
« Nous avons fait des réformes qui renforcent la loi de protection des victimes, particulièrement des femmes et des enfants », a assuré Thérèse Kayikwamba Wagner.
En conclusion, la ministre a insisté sur la nécessité d’un ordre international fondé sur le respect du droit et l’égalité souveraine des États, réaffirmant la coopération de la RDC avec la commission d’enquête indépendante chargée d’établir les responsabilités dans les crimes commis.
Pour Kinshasa, l’enjeu dépasse la seule crise congolaise : il concerne la crédibilité même du système international de protection des droits humains et sa capacité à prévenir de nouvelles catastrophes.
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