Frappé par des drones en pleine zone urbaine, l’aéroport de Kisangani n’était ni un front ni une base militaire, mais une porte d’entrée civile pour toute une région déjà meurtrie. En revendiquant l’attaque, l’AFC/M23 assume un saut dangereux : celui qui consiste à faire des infrastructures publiques des cibles légitimes. La condamnation sèche de l’Union africaine, évoquant une possible qualification d’« acte terroriste », sonne comme un avertissement politique et juridique. Au-delà du symbole, c’est une ligne rouge qui a été franchie : porter la guerre au cœur des villes, au risque d’embraser davantage l’Est congolais et d’exposer des milliers de civils. Une stratégie de la peur plus que du combat, qui isole un peu plus le mouvement rebelle sur la scène africaine.
La condamnation est sans ambiguïté. Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a dénoncé « avec la plus grande fermeté » l’attaque par drones menée contre l’aéroport de Kisangani, dans l’est de la République démocratique du Congo, et revendiquée par le mouvement armé AFC/M23.
Dans un communiqué, l’UA parle d’une frappe visant « une infrastructure aéroportuaire située dans un centre urbain majeur et exposant gravement les populations civiles ». Pour l’organisation continentale, « cette attaque constitue une violation grave du droit international humanitaire ». À défaut de preuve d’un usage strictement militaire, rappelle-t-elle, l’aéroport « conserve sa présomption de bien civil » et doit bénéficier d’une protection totale.
Le reproche est lourd, et politique : l’attaque « est susceptible de relever de la qualification d’acte terroriste ». Autrement dit, le mouvement rebelle ne se contente plus d’affronter l’armée congolaise ; il étend le théâtre des hostilités aux villes, au mépris des règles élémentaires de distinction entre cibles militaires et civiles. Une stratégie qui banalise le risque pour les voyageurs, les travailleurs aéroportuaires et les riverains.
« Les groupes armés non étatiques ne sauraient invoquer aucune justification politique, sécuritaire ou militaire pour légitimer des actes visant des civils ou des infrastructures à usage civil », insiste Mahmoud Ali Youssouf. Le message est clair : aucune cause ne justifie de frapper un équipement public au cœur d’une agglomération.
En revendiquant l’opération, l’AFC/M23 semble assumer cette logique d’escalade. Mais cette démonstration de force pourrait se retourner contre lui. D’une part, elle fragilise toute prétention à une légitimité politique ; d’autre part, elle expose ses responsables à d’éventuelles poursuites individuelles, l’UA rappelant que de tels actes « sont de nature à engager la responsabilité pénale de leurs auteurs et commanditaires ».
L’organisation panafricaine appelle le mouvement à « cesser immédiatement toutes les hostilités » et à « renoncer aux moyens et méthodes de guerre indiscriminés », tout en pressant les parties d’appliquer les engagements de paix en cours. Une manière de souligner que la voie militaire, surtout lorsqu’elle frappe des cibles civiles, éloigne toute perspective de règlement.
À Kisangani, ville déjà marquée par des décennies de violences, cette attaque ravive une crainte familière : celle d’une guerre sans frontières ni règles.
En visant un aéroport, l’AFC/M23 ne s’en prend pas seulement à une piste ou à un terminal. Il s’attaque à la vie ordinaire, aux mobilités, à l’économie locale. Et prend le risque de s’aliéner davantage une opinion africaine de plus en plus lassée des logiques de terreur.
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