À quelques jours du scrutin, le Rassemblement national (RN) et la France insoumise (LFI) engagent une campagne d’enracinement sans précédent. L’objectif est double, conquérir des mairies et préparer l’échéance présidentielle. En cette fin de campagne, il faut envoyer un message très positif aux habitants des communes, montrer l’importance de leurs villes. Le duel Bardella-Mélenchon est rude. C’est la guerre des chefs. Dans cette lutte locale pour la conquête présidentielle, les municipales, qui ont « changé de sens », cristallisent les tensions.
Peu représentés dans les conseils municipaux, les deux formations politiques investissent massivement la campagne des élections locales. Leurs ambitions affichées se recoupent, remporter des sièges, former de nouveaux élus et consolider leurs réseaux en vue de la prochaine élection nationale. Le parti d’extrême droite et le mouvement de la gauche radicale ont annoncé respectivement plusieurs centaines de listes pour le premier tour, marquant un engagement bien plus marqué que lors du précédent scrutin.
Pour le RN, il s’agit de concrétiser une dynamique électorale constante au niveau national par des victoires locales tangibles. La direction vise explicitement la conquête de plusieurs dizaines de communes, avec un focus particulier sur le littoral méditerranéen. Un élu sénatorial du parti considère même plausible la constitution d’un groupe au Palais du Luxembourg à l’issue des prochaines sénatoriales, une perspective jugée réaliste à moyen terme.
En 2020, ce sont 16 communes qui ont élu un (e) maire d’extrême droite. C’est une de plus qu’aux élections de 2014. Parmi elles, c’est la seconde fois de l’histoire qu’une ville de 100 000 habitants a franchi ce pas : Perpignan, quinze ans après Toulon. Pour le reste, ce sont essentiellement des villes moyennes et des petites villes qui administrées par le RN et alliés à l’image d’Hénin-Beaumont, d’Orange ou encore d’Hayange. A quelques jours des élections municipales 2026, ce 52 communes parmi les 500 les plus peuplées de France qui pourraient basculer à l’extrême droite.
LFI, de son côté, affiche des objectifs quantitatifs plus mesurés en termes de victoires municipales directes, mais mise sur une implantation diffuse. Son coordinateur national met en avant la nécessité de faire entrer plusieurs centaines de nouveaux conseillers municipaux, un vivier essentiel pour développer le mouvement et accroitre sa crédibilité.
Au-delà des mairies, les deux camps anticipent déjà les scrutins suivants, notamment les élections intercommunales qui pourraient permettre d’obtenir des majorités dans certaines agglomérations. Cette bataille locale est indissociable de la préparation de l’élection présidentielle de 2027. Elle est perçue comme une étape cruciale pour structurer les réseaux militants et tester les futures têtes de liste. Les déplacements répétés des principaux leaders nationaux pour soutenir leurs candidats en sont la traduction concrète.
La campagne sert aussi de banc d’essai pour une nouvelle génération de candidats, souvent novices en politique. Un élu du RN compare cette mobilisation à une équipe de France espoirs, dont l’expérience acquise sur le terrain sera précieuse pour l’avenir. Cette dynamique de renouvellement est particulièrement observée à l’extrême droite, où la succession est déjà envisagée. La question reste plus en suspens au sein de LFI, malgré l’émergence de nouvelles figures.
Le résultat du premier tour, au-delà du simple décompte des villes gagnées, sera donc scruté à la loupe. Les scores moyens dans les communes non remportées permettront d’évaluer la solidité de l’implantation et le potentiel de croissance de ces forces politiques en dehors de leurs bastions traditionnels.
Conserver les mairies
Force est de reconnaitre qu’en 2026, la situation n’est plus la même pour le RN. Le parti, souvent qualifié de contestataire, se revendique désormais comme capable de gouverner. Passé de 8 à 126 députés en l’espace de sept ans, entre 2017 et 2024, favori pour la prochaine élection présidentielle, selon un sondage Ifop-Fiducial pour Sud-Radio et Le Figaro publié mercredi 4 mars 2026, le RN connait un succès inégalé ces dernières années !
Selon cette étude, le patron du RN, Jordan Bardella, domine largement au premier tour et rassemblerait à lui tout seul 36% des intentions de vote. Le résultat serait quasiment équivalent si c’était Marine Le Pen qui représentait le parti d’extrême droite, avec des scores entre 34 et 35%, selon la configuration.
Le scrutin municipal des 15 et 22 mars prochains semble donc être un ballon d’essai local, une dernière répétition générale avant 2027. Le RN part avec de sérieuses ambitions. Tout d’abord, celles de conserver les mairies acquises précédemment : Hayange, Fréjus et Hénin-Beaumont apparaissent comme des formalités, au vu des résultats de 2020 et de ceux pharaoniques des dernières élections européennes (entre 47% et 61% pour la liste de Jordan Bardella).
« Un choix politique fondamental »
Quant au leader de LFI, Jean-Luc Mélenchon, qui ne cache pas son ambition pour la présidentielle de 2027, il cherche à installer un face-à-face entre son mouvement et le RN. Entre l’extrême droite, qu’il qualifie de parti fasciste, suprémaciste, et son mouvement, les Français doivent choisir. Selon lui, il n’existe rien d’autre de durable, de stable que LFI. Il évoque « un choix politique fondamental ».
Figure de proue de LFI, déjà candidat à trois reprises à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon incarne une gauche qui ne se résigne jamais à passer au second plan. La question que l’on peut se poser aujourd’hui est de savoir s’il peut renouveler, à la présidentielle de 2027, ses percées réalisées in extremis en 2017 et en 2022. Il faut maintenant patienter et voir si et comment la situation va évoluer d’ici la fin de la campagne électorale, le 13 mars.
Derrière les élections municipales, LFI se projette déjà sur les sénatoriales, car qui dit conseillers municipaux dit grands électeurs pour les élections sénatoriales : les sièges de 170 sénateurs seront mis en jeu. Le prochain scrutin aura lieu en septembre 2026, quelques mois après les municipales. L’enjeu sénatorial constitue donc une priorité stratégique, le mouvement n’y disposant d’aucun élu et souhaitant peser dans des métropoles comme Lyon ou Toulouse.
En ce moment, avec une Assemblée nationale sans majorité, incapable de s’entendre sur un budget, le Sénat a un rôle plus important que d’habitude dans l’élaboration du projet de loi de finances. Mais au-delà de ça, pour les insoumis, l’enjeu central est d’occuper tous les terrains : Assemblée nationale, mairies, Sénat… Pour préparer du mieux possible la candidature quasi certaine de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2027.
Cela semble ne faire aucun doute, le RN et LFI présentent les municipales des 15 et 22 mars prochains comme une étape à gravir pour la présidentielle de 2027. Pour Jordan Bardella, il s’agit d’enclencher « le jour un de l’alternance ». « Les municipales ont changé de sens », pour Jean-Luc Mélenchon.
Toute laisse à penser que le RN et LFI travaillent en réalité main dans la main et partagent le même objectif : se retrouver face à face en 2027.
Robert Kongo, correspondant en France

