La question des violences sexuelles commises dans l’Est de la République démocratique du Congo s’est invitée au cœur des discussions internationales à New York. En déplacement aux États-Unis dans le cadre du mois des droits des femmes, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a porté la voix des victimes congolaises devant des responsables onusiens. Lors d’échanges avec la représentante spéciale de l’ONU chargée des violences sexuelles en période de conflit, la cheffe du gouvernement a appelé à plus de cohérence et de fermeté de la communauté internationale face aux crimes commis dans les zones sous occupation des groupes armés soutenus par le Rwanda.
La Première ministre de la République démocratique du Congo, Judith Suminwa Tuluka, poursuit à New York son plaidoyer international en faveur de la paix et de la protection des femmes victimes de violences sexuelles dans l’Est du pays. En séjour aux États-Unis depuis lundi dans le cadre du mois consacré aux droits des femmes, la cheffe du gouvernement multiplie les rencontres afin d’alerter la communauté internationale sur la situation dramatique que vivent de nombreuses Congolaises dans les zones touchées par les conflits armés.
Mercredi 11 mars, Judith Suminwa a notamment rencontré Pramila Patten, représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit. Les deux responsables ont échangé sur la persistance de ces crimes dans l’Est de la RDC, ainsi que sur les mécanismes de prévention, de protection et de réparation destinés aux victimes.
Au cours de cet entretien, la Première ministre congolaise a dénoncé avec fermeté les violences subies par les femmes et les filles depuis plusieurs décennies dans cette région instable, violences qui se sont intensifiées avec la dégradation de la situation sécuritaire et l’occupation de certaines localités par des groupes armés soutenus par le Rwanda.
S’exprimant devant les médias à l’issue de cette rencontre, Judith Suminwa a insisté sur la nécessité pour la communauté internationale de passer des déclarations de principe à des actions concrètes afin de mettre fin à ces crimes.
« Il est tout à fait inadmissible que nous puissions accepter, alors que nous nous positionnons pour lutter contre ces violences, que des pays qui commettent ces violences faites à la femme occupent des positions de décision dans certains organes des Nations unies », s’est-elle indignée.
La cheffe du gouvernement congolais a également appelé à l’application effective de sanctions contre les responsables de ces atrocités et à un renforcement de l’accès à la justice pour les victimes.
« Il faut que la justice fonctionne, il faut que des sanctions soient prises, il faut que les femmes qui subissent ces violences aient accès à la justice », a-t-elle déclaré, soulignant que la RDC a déjà engagé plusieurs mécanismes pour répondre à ces crimes.
Elle a notamment évoqué la mise en place du Fonds national de réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits (FONAREV), destiné à accompagner les survivantes dans leur processus de reconstruction.
« Chez nous, nous avons commencé ce processus avec notamment le FONAREV, mais les pays ou les groupes armés qui commettent ces exactions doivent également être sanctionnés », a-t-elle insisté.
Les discussions ont également porté sur les efforts entrepris par les autorités congolaises pour améliorer la condition des femmes et renforcer leur participation dans la vie publique. Judith Suminwa a rappelé que plusieurs avancées ont été enregistrées ces dernières années, notamment dans le domaine juridique et politique.
« Notre Constitution, dans son article 14, parle de la parité, mais cette parité est un processus. Nous avons aussi le Code de la famille qui a été modifié : les femmes n’ont plus besoin de l’autorisation maritale pour travailler », a-t-elle expliqué.
La Première ministre a également mis en avant les progrès réalisés dans la représentation féminine au sein des institutions publiques.
« Avec l’arrivée du président Félix-Antoine Tshisekedi, nous avons vu la nomination d’une femme Première ministre et le taux de femmes au sein du gouvernement a augmenté. Nous étions à 21 % en 2021, aujourd’hui nous sommes à 32 %. C’est une victoire », a-t-elle souligné.
Plus tôt dans la journée, Judith Suminwa avait pris part à un déjeuner offert par le président des Philippines, Ferdinand Marcos Jr., en marge des activités liées à la Journée internationale des droits des femmes. Les échanges ont notamment porté sur la protection des femmes et des enfants dans les zones de conflit ainsi que sur les enjeux de coopération internationale.
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