Bandundu n’était pas un décor. C’était un signal.
En choisissant d’y tenir la 13ᵉ Conférence des Gouverneurs, le pouvoir congolais a fait plus qu’un geste institutionnel. Il a déplacé le centre de gravité. Il a rapproché la décision du terrain. Et, surtout, il a reconnu une évidence trop longtemps éludée : le développement ne se décrète pas depuis Kinshasa, il se construit dans les territoires.
Le constat est lucide. L’agriculture, érigée en priorité nationale, n’est pas un secteur parmi d’autres. Elle est un socle. Un levier. Une condition de souveraineté. « Elle touche à l’essentiel », a rappelé le président Félix Tshisekedi. Le message est clair : nourrir la nation, c’est stabiliser la République.
Mais l’essentiel est ailleurs. Dans la méthode.
Car la transformation des provinces ne dépend pas seulement des moyens. Elle dépend d’abord de la gouvernance. Et sur ce point, le diagnostic présidentiel est sans détour. Trop d’instabilité. Trop de rivalités. Trop d’inertie. À l’inverse, le pays a besoin d’institutions « solides, résilientes, qui coopèrent ». Le mot est lâché : coopérer.
C’est là que se joue la crédibilité de l’action publique.
La stabilité institutionnelle n’est pas un luxe. C’est une exigence. Sans elle, pas de continuité. Sans continuité, pas d’investissement. Sans investissement, pas de transformation. Le lien est direct. Il est implacable. Et il engage tous les acteurs politiques, au-delà des clivages.
L’effort engagé mérite d’être salué.
Pour la première fois depuis longtemps, un cap est posé avec cohérence : partir des potentialités locales, lever les blocages structurels, organiser les filières, connecter les marchés. Ce n’est pas un catalogue. C’est une stratégie. Une stratégie qui, si elle est tenue, peut redessiner l’économie congolaise.
Mais l’heure n’est plus aux intentions. Elle est à l’exécution.
Car le risque est connu. Il guette chaque réforme ambitieuse : celui de l’essoufflement, des résistances internes, des lenteurs administratives. Le président a posé les jalons. Le gouvernement est désormais attendu sur les résultats.
La République démocratique du Congo est à un moment charnière.
Soit elle transforme cette impulsion en dynamique durable. Soit elle retombe dans ses cycles d’annonces sans lendemain. La différence se jouera dans la discipline, dans la cohérence, dans la volonté de tenir.
Le pays dispose d’un potentiel immense. Il le sait. Le pouvoir l’affirme.
Reste à le prouver.
Pitshou Mulumba

