Dix années se sont écoulées depuis le décès du chanteur Papa Wemba, de son vrai nom Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba, fondateur de l’orchestre Viva La Musica. La nouvelle de sa brutale disparition, à l’âge de 66 ans, avait suscité la consternation en République Démocratique du Congo (RDC) et dans le monde entier. Aujourd’hui encore, le souvenir de « Bokoul », comme d’aucuns aimaient l’appeler, reste intact. Ses nombreux admirateurs sont toujours inconsolables. Jamais ils avaient imaginé que leur idole partirait si tôt. Mais le destin en a décidé autrement.
La perte d’une légende ne s’efface jamais complètement dans les mémoires des admirateurs. Ainsi, les figures emblématiques de la musique congolaise continuent de marquer les esprits bien après leur départ. Papa Wemba incarne précisément cette immortalité artistique qui transcende le temps et touche plusieurs générations. En effet, cette date du 24 avril 2026 marque un anniversaire douloureux dans le cœur de millions de Congolais.
Vœu exaucé
Papa Wemba, un être exceptionnel aux multiples facettes qui aura, par son aura et son charisme, marqué de son empreinte la musique congolaise, quittait ce monde il y’a exactement dix ans.
La fête battait alors son plein à Anoumabo, un quartier populaire d’Abidjan, où a lieu tous les ans le Festival des musiques urbaines (Femua), quand le pire s’est produit.
Le « roi de la rumba », pour reprendre l’expression de la presse abidjanaise, qui était l’artiste le plus attendu de la soirée, entamait le troisième air de son concert quand tout à coup il s’effondre sur scène, le micro en main.
Malgré « l’intervention » des secours sur place et l’évacuation vers un centre hospitalier, il n’a pu être sauvé. Choc en RDC et dans le monde entier. Sa voix unique, l’une des plus grandes d’Afrique, ne résonnera plus !
Papa Wemba est parti comme il l’a toujours souhaité…sur scène, devant ses fans. À l’instar de Molière. Son vœu a été exaucé.
De l’idole à la légende
L’héritage musical de « Bokoul » continue de se déployer à travers des titres posthumes savamment orchestrés. Ses chansons ont bercé des millions de personnes.
« Pauline », « M.T la vérité », « Chouchouna », « Amazone », « Liwa ya somo », « Ngambo moko », « Maria Valencia », « Ye te oh », « Maman », « Poule de la mort », « En couleurs »… La liste est longue des chansons de Papa Wemba qui ont rythmé les cinquante dernières années de la rumba congolaise.
De l’orchestre Zaïko Langa Langa à Viva La Musica, en passant par Isifi, Yoka Lokole et Afrisa international, Papa Wemba, avec sa voix ténor particulière – héritée de sa mère, pleureuse professionnelle – , est devenu la star adulée dans son pays par toutes les générations.
Si dans les années 80 et 90, il réussit l’exploit de percer en Europe, en Asie et en Amérique, où il se forge une solide réputation, c’est grâce à son talent et son professionnalisme que personne ne peut lui contester. Nul doute que Papa Wemba a largement contribué à faire connaître la musique congolaise à l’international. De l’idole, il est passé à la légende.
Chanteur (auteur-compositeur-interprète), le « Grand Mayas » (autre surnom de Papa Wemba), était aussi acteur. Il est apparu dans plusieurs films et documentaires, dont « La vie est belle » de Dieudonné Ngangura Mweze et Benoît Lamy sorti en 1987 où il incarne le rôle d’un jeune paysan qui débarque en ville pour faire de la musique et se retrouve à embrasser toutes sortes de professions.
Hommages unanimes
Papa Wemba faisait l’objet d’un véritable culte chez ses fans. Il a créé une école de musique, un style, une mode, et a façonné des générations entières de musiciens africains dans sa façon de penser, de se comporter, voire de se vêtir.
La disparition de Papa Wemba, le 24 avril 2016, avait plongé la RDC dans la stupeur. Dix ans après, cet événement malheureux mobilise encore les admirateurs du chanteur légendaire. La douleur reste profonde et sans remède.
« Je pleure encore Papa Wemba, c’était un grand. Le 24 avril 2026 n’est pas un jour comme les autres. Dix ans déjà, je n’y crois pas ! Nous tous qui l’aimons avons le même sentiment », a réagi Esther Nsana, native du quartier Matonge à Kinshasa, admiratrice de Papa Wemba, joint au téléphone. Et d’ajouter, avec une voix tremblante d’émotion : « La musique congolaise est décimée. Jusqu’aujourd’hui, j’écoute ses chansons et je refuse de croire que vieux Bokoul n’est plus de ce monde ».
« Papa Wemba est parti. Dix ans après, je ne réalise pas encore. Et pourtant, c’est bien cela. Et pas un jour sans que son absence ne vienne se glisser dans ma vie. Mais ce manque, je l’apaise un pas après l’autre en gardant vivante sa lumière, en partageant son image, sa voix, son énergie unique… Papa Wemba est un immortel de la musique congolaise, un grand chanteur que la RDC a perdu », a regretté Isidore Epaba, commerçant au marché de Château Rouge à Paris, dans le 18ème arrondissement.
La liste est longue des hommages qui affluent de toute part et viennent de tous les horizons : artistes, sportifs, politiques…
Dix ans après, les hommages rendus à Papa Wemba sont l’expression d’une reconnaissance d’un artiste qui a consacré sa vie à l’art et porté haut l’étendard de la culture congolaise.
Un géant de la musique congolaise
Les artistes ne meurent jamais, dit-on. Papa Wemba, le « Nkuru », restera à jamais vivant pour la postérité, par ses œuvres.
Né le 14 juin 1949 à Lubefu dans l’actuelle province de Sankuru (RDC), Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba, dit Papa Wemba, était un baobab, un géant de la musique congolaise, qui laisse derrière lui une œuvre foisonnante, plus d’une cinquantaine d’albums réalisés entre 1970 et 2014.
« Je ne suis pas parti, je suis juste passé de l’autre côté, tu me retrouveras dans mes chansons, je suis toujours là », peut-on lire sur la pochette de son album posthume « Forever de génération en génération ».
Dix ans déjà… et pourtant, tu es partout. Chapeau bas, Papa !
Robert Kongo, correspondant en France

