L’épidémie d’Ebola qui secoue la province de l’Ituri prend une dimension régionale et internationale inquiétante. Alors que plus de 80 décès présumés et des centaines de cas suspects ont déjà été recensés, le ministre congolais de la Santé, Roger Kamba, tente de rassurer sur les capacités de riposte face à une souche Bundibugyo pour laquelle aucun vaccin ni traitement homologué n’existe actuellement. Entre surveillance renforcée, sensibilisation communautaire et mobilisation des partenaires sanitaires, les autorités congolaises affrontent une crise aggravée par l’insécurité persistante dans l’est de la RDC. L’Organisation mondiale de la santé a, de son côté, classé cette 17ᵉ épidémie comme une urgence de santé publique de portée internationale.
La République démocratique du Congo fait face à une nouvelle flambée d’Ebola aux caractéristiques particulièrement préoccupantes dans la province de l’Ituri, à l’est du pays. Samedi 16 mai, le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Roger Kamba, a tenté de rassurer l’opinion sur les capacités de riposte du gouvernement malgré l’absence de vaccin et de traitement spécifique contre la souche identifiée.
Face à la presse, le ministre a expliqué qu’il s’agit d’« une souche différente de celle enregistrée l’année dernière contre laquelle il n’y a ni vaccin ni traitement spécifique à ce jour ».
Cette souche Bundibugyo, plus rare que la souche Ebola-Zaïre, inquiète les autorités sanitaires en raison de son taux de létalité élevé et de l’absence d’outils thérapeutiques homologués. Malgré cela, Roger Kamba a insisté sur le fait que les services sanitaires disposent encore de moyens efficaces pour limiter la propagation du virus.
« L’absence de vaccin ne signifie pas que les autorités sont impuissantes face à l’épidémie. Les mesures de santé publique déployées sur le terrain permettent de contenir efficacement la propagation du virus grâce à l’identification rapide des cas, au suivi des contacts, à l’isolement des malades ainsi qu’à la sensibilisation des communautés », a déclaré le ministre, affichant un ton rassurant.
L’Ituri sous pression sanitaire et sécuritaire
Selon les autorités sanitaires, l’épidémie touche actuellement les zones de santé de Mongbwalu, Rwampara et Bunia, avec des risques d’extension vers d’autres localités de l’Ituri.
Roger Kamba a reconnu « la gravité de l’épidémie » dans cette région déjà fragilisée par l’activisme des groupes armés et les déplacements massifs de populations. D’après les chiffres communiqués, plus de 80 décès présumés, huit cas confirmés en laboratoire et 246 cas contacts ou suspects ont déjà été recensés.
Le ministre a également insisté sur le rôle central de la sensibilisation communautaire pour stopper les contaminations. Il a rappelé que la maladie se transmet principalement par contact direct avec les personnes infectées ou les corps des victimes décédées.
Les autorités sanitaires ont ainsi appelé les populations à éviter les rites funéraires impliquant des contacts physiques avec les dépouilles, plusieurs contaminations ayant été enregistrées après des cérémonies mortuaires dans les zones touchées.
Le ministre a aussi exhorté les habitants à collaborer avec les équipes médicales en signalant rapidement les cas suspects et en évitant de dissimuler les malades dans les communautés.
« Une prise en charge rapide augmente considérablement les chances de survie », a-t-il souligné, rappelant que cette souche présente un taux de létalité pouvant atteindre 50 %.
L’OMS évoque une urgence de santé publique internationale
L’évolution de l’épidémie a poussé l’Organisation mondiale de la santé à classer cette 17ᵉ épidémie d’Ebola comme une urgence de santé publique de portée internationale.
Dans une communication officielle, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a estimé, après consultation des États concernés, que « l’épidémie d’Ebola causée par le virus Bundibugyo en RDC et en Ouganda constitue une urgence de santé publique internationale ».
L’OMS a salué « l’engagement des autorités de la RDC et de l’Ouganda » ainsi que leur transparence dans l’évaluation des risques sanitaires.
L’organisation internationale signale déjà une propagation transfrontalière. Deux cas confirmés, dont un décès, ont été enregistrés à Kampala chez des voyageurs en provenance de la RDC, tandis qu’un autre cas confirmé a été détecté à Kinshasa chez une personne revenue de l’Ituri.
Selon l’OMS, plusieurs décès communautaires inhabituels et des contaminations parmi le personnel soignant font craindre une circulation plus importante du virus dans les structures sanitaires et les communautés locales.
L’organisation avertit enfin que l’ampleur réelle de l’épidémie demeure encore difficile à établir dans un contexte marqué par l’insécurité, la crise humanitaire et la forte mobilité des populations dans l’est de la RDC.
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