Prenant le contre-pied de l’Église du Christ au Congo (ECC), la CENCO s’inscrit en faux contre tout changement de la Constitution du 18 février 2006, pour laquelle elle s’était réservée lors du référendum de décembre 2005, privilégiant ainsi le « Pacte républicain » signé par les belligérants en décembre 2002 à Pretoria. Au nom de la nation en péril, elle a rabroué le pouvoir parce que, d’une part, le pays est toujours en guerre, que des pans entiers des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont contrôlés depuis quatre ans par l’AFC-M23 et que, d’autre part, le conflit se poursuit avec son lot de morts, de déplacés internes et de réfugiés, tandis que des armées étrangères se sont installées au Congo. Une mise en garde est adressée au Président de la République afin qu’il respecte la Constitution, au risque d’engager sa responsabilité personnelle et historique, pendant que la population est conviée à la vigilance et appelée à se tenir prête pour s’opposer à toute tentative de modification des articles verrouillés. Cependant, la CENCO occulte les causes de la guerre imposée à la RDC par le Rwanda depuis trois décennies, avec son cortège de millions de morts, de déplacés et de réfugiés, disculpe, contrairement au Conseil de sécurité, les troupes rwandaises de l’occupation des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, et entretient la confusion entre les armées invitées et les armées occupantes. Comble de tout, elle n’est pas en mesure de dire en quoi la légalité serait bafouée par la proposition de loi référendaire. Défenseurs de la « congolité » de la crise à l’Est, les prélats catholiques engagent un autre bras de fer avec le régime Tshisekedi après celui de la vérité des urnes.
Après que l’ECC n’a pas exclu l’éventualité de la révision ou du changement de la Constitution, l’Église catholique, à travers la CENCO, vient de prendre le contre-pied de sa partenaire avec laquelle elle s’était investie corps et âme pour le triomphe du « Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble en RDC et dans les Grands Lacs ». À l’issue de sa session plénière extraordinaire tenue du 18 au 20 juin à Kinshasa, elle s’est inscrite en faux contre tout changement de la Constitution, considérée comme un « Pacte républicain », un compromis historique chèrement acquis après toutes les crises connues dans le pays depuis l’indépendance.
Les prélats catholiques sont catégoriques : « La nation est en péril ». Et pour cause : le pays est toujours en guerre, des pans entiers des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont contrôlés depuis quatre ans par l’AFC-M23 qui y consolide son administration, le combat continue avec son lot important de morts, ainsi que de déplacés internes et de réfugiés vivant dans des conditions inhumaines, des armées étrangères se sont installées au Congo, sans compter des groupes armés, dont les ADF-NALU, qui sont en train de massacrer des milliers de Congolais. Ils ajoutent qu’il s’observe, pendant ce temps, une tension croissante née de la campagne de la majorité au pouvoir, menée avec les moyens de l’État, en faveur du changement de la Constitution du 18 février 2006. Cette campagne se déroule dans un climat de terreur, sur fond de répression de l’opposition par la Police nationale et une milice dénommée « Force du progrès », voire au mépris même des partisans du pouvoir qui sont d’avis contraire.
La CENCO alerte ainsi sur un éventuel danger s’il devait y avoir un passage en force pour le changement de la Constitution. Le pays courrait alors d’énormes risques de balkanisation. De la sorte, une guerre civile est également à redouter dans un contexte où les rivalités politiques revêtent des connotations ethniques et tribales. Par conséquent, elle ne voit ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité d’un changement de la Constitution. La priorité aujourd’hui en RDC, selon elle, demeure la paix, le bien-être social du peuple congolais, l’unité et la cohésion nationale.

