Le conflit armé dans l’est de la République démocratique du Congo continue de compromettre la préservation du Parc national de Kahuzi-Biega. Dans un entretien à l’ACP, le coordonnateur de l’ONG Terra Nova, Deogratias Cubaka, décrit un patrimoine mondial de l’UNESCO fragilisé par l’occupation des groupes armés, le braconnage, l’exploitation minière illégale, la déforestation et l’arrêt total des activités touristiques depuis près de deux ans.
La guerre qui perdure dans l’est de la République démocratique du Congo continue de produire des effets dévastateurs sur le Parc national de Kahuzi-Biega (PNKB), où les affrontements armés compromettent la conservation de la biodiversité, accentuent l’exploitation illégale des ressources naturelles et paralysent le tourisme, a alerté mardi à l’ACP le coordonnateur de l’ONG Terra Nova.
Selon Deogratias Cubaka, le conflit ne se limite plus à ses conséquences humanitaires et sécuritaires. Il met désormais en péril l’un des principaux sanctuaires écologiques du pays, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.
« Les parcs et les aires protégées sont devenus les refuges des forces armées qui fuient les zones à forte densité de population pour s’affronter dans les forêts », a-t-il déclaré.
Les activités de conservation fortement perturbées
Terra Nova explique que la présence de groupes armés à l’intérieur du parc prive les écogardes de toute capacité d’intervention. Les patrouilles de surveillance sont devenues extrêmement difficiles, laissant la faune et la flore sans protection efficace.
« Les agents de conservation ne peuvent plus cohabiter avec les hommes armés ni assurer leurs patrouilles de manière régulière », a souligné M. Cubaka.
L’organisation fait également état d’une multiplication des incendies provoqués par les combats, d’une recrudescence du braconnage ainsi que de l’exploitation clandestine de minerais stratégiques, notamment le coltan, l’or et la cassitérite, à l’intérieur du parc.
À ces menaces s’ajoute l’occupation de plusieurs infrastructures administratives, dont le site de Chivanga, aujourd’hui dégradées par les groupes rebelles.
Les populations déplacées accentuent la pression
L’ONG relève que les déplacements de populations liés au conflit aggravent également la pression exercée sur les ressources naturelles. Privées de revenus, de nombreuses familles se tournent vers la coupe de bois pour produire du charbon de bois, accélérant la déforestation autour de cette aire protégée.
Selon Terra Nova, cette pression anthropique vient s’ajouter aux effets directs des affrontements et compromet davantage les efforts de préservation de cet écosystème, habitat naturel du gorille de Grauer, espèce endémique de la RDC classée en danger critique d’extinction.
Le tourisme totalement paralysé
Le secteur touristique figure parmi les principales victimes de cette insécurité persistante. Terra Nova affirme que le Parc national de Kahuzi-Biega ne reçoit plus de visiteurs depuis l’apparition de la rébellion.
« Depuis près de deux ans, à la suite de l’avènement de la rébellion en février 2025, le parc a enregistré zéro touriste », a affirmé Deogratias Cubaka.
Cette situation prive l’État, l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) et les communautés riveraines d’importantes recettes générées par l’écotourisme.
Face à cette dégradation continue, Terra Nova appelle les autorités congolaises et leurs partenaires à restaurer l’autorité de l’État dans les aires protégées afin de sécuriser le Parc national de Kahuzi-Biega, préserver sa biodiversité exceptionnelle et empêcher la disparition progressive de ce patrimoine mondial. Pour l’organisation, la protection de ce site constitue à la fois un enjeu environnemental, économique et stratégique pour la République démocratique du Congo.
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