Dix ans après le massacre de Mbelu attribué aux rebelles ADF, la commémoration du génocide congolais (GENOCOST) a pris une dimension particulière à Beni, provinceduNord-Kivu. Pour la première fois, les autorités ont organisé la cérémonie sur le lieu même du drame, donnant une place centrale aux témoignages des survivants et aux appels en faveur d’un accompagnement concret des victimes.
Le devoir de mémoire s’est invité au cœur même de la tragédie. À Beni, dans la province du Nord-Kivu, la commémoration du génocide congolais (GENOCOST) a connu une nouvelle approche cette année avec l’organisation, pour la première fois, d’une cérémonie officielle sur le site de Mbelu, où des civils avaient été massacrés par les rebelles ADF le 13 août 2016.
Ce samedi 1er août, ce lieu autrefois associé à la violence et à la souffrance s’est transformé en un espace de recueillement, d’hommage et de solidarité envers les victimes. La cérémonie a permis aux autorités et à la communauté de se recueillir sur les traces d’un événement qui continue de marquer profondément la mémoire collective dans le territoire de Beni.
Le massacre de Mbelu avait emporté la vie de plusieurs dizaines de civils, interceptés alors qu’ils rentraient chez eux ou revenaient de leurs activités champêtres. Une décennie après, les blessures restent ouvertes pour les survivants et les familles des victimes.
Cette année, leur parole a occupé une place centrale dans la cérémonie. Les témoignages de rescapés, notamment celui de Kavira Vuleni, qui a perdu son époux dans cette attaque, ou encore de Ndovya Vahamwithi, qui affirme avoir vu des assaillants se faire passer pour des militaires, ont donné un visage humain à cette commémoration.
Représentant le gouverneur militaire du Nord-Kivu, Issa Kalobera a appelé la population à rejeter toute forme de collaboration avec les groupes armés et à privilégier l’unité face aux violences. « Nous ne voulons plus revivre de telles atrocités. Le génocide est un crime que le monde entier condamne », a-t-il déclaré, réaffirmant l’engagement des autorités à œuvrer pour le retour de la paix.
Au-delà de l’hommage aux disparus, la société civile a plaidé pour une nouvelle étape dans la prise en charge des victimes. Par la voix de Maître Pépin Kavotha, elle a demandé que la commémoration du GENOCOST soit accompagnée d’actions concrètes en faveur des familles affectées, notamment un soutien psychosocial, médical et économique.
Cette revendication marque une évolution dans l’approche de la mémoire collective : au-delà des cérémonies officielles, les survivants réclament désormais des réponses capables d’améliorer leurs conditions de vie et de réparer, autant que possible, les conséquences de ces drames.
Dix ans après les événements de Mbelu, le site demeure un rappel de la vulnérabilité sécuritaire persistante dans le territoire de Beni. Mais la commémoration du GENOCOST 2026 aura surtout mis en lumière une nouvelle exigence : faire des victimes les acteurs centraux du devoir de mémoire et transformer le souvenir des disparus en un engagement concret pour une paix durable.
Justin Mupanya, correspondant au Nord-Kivu

