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9 octobre, 2026 - 09:38:31
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Regard avisé du député national Olivier Kasanda Katuala | « Guet-apens » : le mot de trop d’une opposition qui refuse le peuple et court après le piège qu’elle a elle-même tendu

Le 15 septembre 2026, la Coalition article 64 a voulu transformer Kinshasa et quelques villes du pays en théâtre d’une « marche pacifique ». Dès le soir même, le mot d’ordre a changé. Ce n’était plus une mobilisation. C’était un « guet-apens ». Martin Fayulu, suivi comme un chœur par ses partenaires de circonstance (notamment Delly Sessanga), a scandé cette formule pour expliquer que le régime leur aurait tendu un « piège ». La vérité est plus simple, et plus cruelle pour eux : on ne masque pas un échec de mobilisation par une victimisation de convenance. On ne baptise pas « piège du pouvoir » ce que l’on n’a pas su organiser, encadrer, ni surtout convaincre. À Limete comme ailleurs, la grande masse n’a pas atteint l’objectif annoncé. Le mémorandum n’est pas arrivé où il devait arriver. En provinces, des rassemblements ont capoté, d’autres ont été interdits pour des motifs d’ordre public. Et déjà, le récit de la C64 bascule : ce n’est plus le peuple qui n’a pas suivi, c’est le régime qui aurait tendu un piège. Cette rhétorique n’est pas nouvelle. Elle est devenue le refuge habituel d’une opposition qui confond la rue avec la légitimité, le calicot avec le projet, et le bruit avec le mandat.

Des leaders usés, un logiciel d’un autre âge

Il faut aussi dire qui parle. La C64 n’est pas le peuple. C’est un assemblage de trajectoires individuelles, souvent brillantes un jour, souvent contradictoires le lendemain, et aujourd’hui largement dépassées par les enjeux de l’heure.

On y trouve ceux qui ont gouverné sans résoudre la question de l’Est (LGD de Matata Ponyo); ceux qui ont servi des majorités qu’ils dénoncent aujourd’hui avec une ferveur de convertis tardifs (Ensemble de Moïse Katumbi); ceux qui ont fait de 2018 un éternel contentieux personnel (Ecidé de Martin Fayulu); ceux qui ont quitté le pouvoir ou le parti présidentiel et ont reconverti leur rancœur en doctrine constitutionnelle (A’Ch de J-M Kabund). L’unité de cette coalition n’est pas un projet de société. C’est un « refus ». Un refus du calendrier, un refus du format, un refus du peuple dès que le peuple pourrait dire autre chose qu’eux.

Leurs méthodes le trahissent. Toujours la même séquence : ultimatum, marche, sit-in, ville morte, communiqué, accusations de dictature, appel à la rue. C’est le logiciel des années 1990 et 2010, plaqué sur un pays qui, en 2026, attend des réponses sur la sécurité, le pouvoir d’achat, l’emploi des jeunes, l’école, l’hôpital, la réforme de l’État et la reconquête de l’intégrité territoriale. Le Congo n’a pas besoin d’une opposition qui ne sait plus que descendre le boulevard. Il a besoin d’une opposition capable de produire une alternative, des chiffres, des lois, une doctrine de souveraineté.

Or ces leaders ne s’adressent presque jamais aux érudits, aux universitaires, aux cadres, aux opérateurs économiques, aux forces vives qui portent le pays au quotidien. Ils ciblent l’homme de la rue, non pour l’élever au débat, mais pour l’instrumentaliser comme décor d’une mise en scène. On lui promet la défense de la Constitution comme totem, on lui cache le vide programmatique, on l’expose ensuite aux heurts, puis on récupère les images pour crier au martyre. C’est une politique de la foule, pas une politique de la Nation.

D’abord le dialogue, ensuite le refus du dialogue

Pendant des mois, les mêmes leaders ont réclamé un « dialogue congolais », un « dialogue national inclusif », un cadre pour « réconcilier les Congolais ». Ils ont fixé des ultimatums. Ils ont reporté des marches au nom du dialogue. Ils ont exigé que le Chef de l’État convoque des assises. Puis, dès que le Président Félix Tshisekedi a fixé un format : consultations populaires dans les 26 provinces, puis assises nationales, dans un cadre républicain, sans conversion des armes en tickets politiques (le même camp a crié au subterfuge).

On ne peut pas, le matin, exiger le dialogue et, le soir, en récuser le format dès qu’il n’est plus taillé à la mesure de ses ambitions personnelles. Un dialogue n’est pas un dîner dont on choisit le menu, les invités et le verdict avant même de s’asseoir. Un dialogue républicain n’est pas une conférence de liquidation des institutions issues du suffrage.

Le Président de la République a été clair : « le dialogue national n’est pas une négociation avec l’agresseur ni avec ses relais. Il n’est pas un détour pour effacer le choix souverain du peuple. Il n’est pas une tribune offerte à ceux qui occupent une partie du territoire, administrent illégalement des entités de la République ou agissent au service d’une puissance étrangère ». Cette ligne n’est pas une lubie de camp. C’est le minimum de dignité d’un État.

Or voilà la contradiction majeure de la C64. Elle réclame un dialogue « inclusif » jusqu’à vouloir y faire entrer, de gré ou de force sémantique, des acteurs armés que Kinshasa, à raison, renvoie aux processus de Doha et de Washington. Inviter l’AFC/M23 comme « composante politique » dans un cadre intra-congolais, c’est, en pratique, inviter Kigali à la table de la Nation. C’est confondre inclusivité et capitulation. C’est transformer un forum de citoyens en antichambre de la balkanisation.

On ne dialogue pas avec un fusil comme on dialogue avec un mandat. L’arme ne crée pas de légitimité. L’occupation ne crée pas de représentativité. Le proxy ne devient pas interlocuteur républicain parce qu’une coalition d’opposants a besoin d’élargir artificiellement son camp.

Le peuple, eux le redoutent dès qu’il n’est plus leur figurant

Le comble du décalage est là. Ils refusent les « consultations populaires » voulues par le Chef de l’État au motif que celles-ci « déboucheraient sur le changement de la Constitution ». Autrement dit : ils invoquent le peuple contre le Président, mais ils récusent le peuple dès que le peuple serait réellement consulté.

Qui a peur de la souveraineté populaire ? Celui qui la proclame dans les cortèges, ou celui qui la fuit dès qu’elle prend la forme d’une consultation organisée, provinciale, nationale, contradictoire ?

La Constitution de 2006 n’est pas un musée. Elle est un pacte vivant. Elle prévoit elle-même les modalités de sa réforme. Elle reconnaît au peuple souverain, au Parlement et au Président des voies d’expression. Faire un procès d’intention permanent à toute discussion institutionnelle, c’est confondre la défense de l’ordre constitutionnel avec l’immobilisme partisan. C’est aussi interdire au pays de se poser, vingt ans plus tard, les questions que pose tout État confronté à la guerre, à la réforme territoriale, à la gouvernance et à l’efficacité des institutions.

Le débat constitutionnel, s’il doit avoir lieu, appartiendra aux Congolais, pas aux slogans d’une plateforme politique. Personne ne devrait accepter qu’une coalition d’opposants s’érige en Cour constitutionnelle de poche, en peuple substitut ou en gouvernement de l’émeute, en vue d’empêcher toutes discussions sur un potentiel changement de la constitution.

Ce que le pays attend vraiment

Pendant que la C64 recouvre son échec du mot « guet-apens », l’Est demeure sous le feu d’une agression. Des familles sont déplacées. Des jeunes meurent en uniforme. L’économie souffre. L’État doit à la fois tenir le front, réformer, protéger et rassembler. C’est cela, l’enjeu de l’heure. Pas la théâtralisation d’une opposition qui n’a plus pour boussole que d’empêcher Tshisekedi d’exister maintenant et au-delà de 2028.

Une opposition utile aurait accepté le cadre républicain (le Dialogue national), y aurait porté ses critiques, y aurait défendu ses lignes rouges, y aurait exigé des garanties, et y aurait confronté ses idées à celles du reste de la Nation. Une opposition utile n’aurait pas exigé, en sous-texte, la présence politique de proxys armés. Une opposition utile n’aurait pas réduit le citoyen à un figuré de marche.

Le 15 septembre n’a pas révélé un piège du régime. Il a révélé le piège dans lequel la C64 s’est elle-même enfermée : réclamer le dialogue sans en accepter les règles ; invoquer le peuple sans lui faire confiance ; parler de paix tout en floutant la frontière entre politique républicaine et acteurs de guerre.

Le Congo n’a pas besoin d’une opposition en décalage. Il a besoin d’adversaires à la hauteur de la République. Tant que la C64 préférera la victimisation à la responsabilité, le pavé à la proposition, et le proxy à la souveraineté, elle pourra scander « guet-apens » autant qu’elle voudra. Elle ne convaincra pas la Nation.

Kasanda Katuala Olivier

Député national

Union sacrée de la Nation

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