À peine la session budgétaire ouverte à l’Assemblée nationale, le contrôle parlementaire prend déjà corps. Élu de Kinshasa/Lukunga, le député national Olivier Kasanda Katuala interpelle le Gouvernement à travers deux questions d’actualité portant sur des dossiers qui touchent directement à la gestion des finances publiques et à la souveraineté alimentaire. Le premier concerne les critères retenus pour le recrutement du directeur général et du directeur général adjoint de la Direction générale de la dette publique (DGDP), dont les avis ont été publiés le 18 septembre. Le parlementaire demande notamment des explications sur l’exigence d’être fonctionnaire de l’État et sur l’ouverture du processus à d’autres compétences congolaises. Le second porte sur le contrat signé le 15 août entre le ministère de l’Agriculture et ITRACOM pour l’approvisionnement en engrais. Il réclame des précisions sur son montant, ses volumes, son calendrier et son articulation avec les dossiers Bukanga-Lonzo et Triomf RDC. Deux ministères stratégiques (Finances et Agriculture), deux dossiers sensibles que le député entend placer sous le regard de la représentation nationale. Infos27 l’a rencontré à la sortie du Bureau de l’Assemblée nationale.
Interview.
Infos27 : Honorable, deux questions d’actualité dès l’ouverture de la session. Qu’est-ce qui motive votre démarche ?
Olivier Kasanda Katuala : Parce que cette session est budgétaire. Or le budget engage à la fois la gestion de la dette et la sécurité alimentaire. Le 15 septembre, l’Assemblée a ouvert ses travaux. Le 18 septembre, le Ministère des Finances a publié deux avis à manifestation d’intérêt pour les postes de Directeur général et de Directeur général adjoint de la DGDP, avec clôture au 2 octobre. Le 15 août, le Ministre de l’Agriculture a signé un contrat de fourniture d’engrais avec ITRACOM, alors que Bukanga-Lonzo reste à l’arrêt. Il m’a paru utile que le Parlement demande des éclaircissements avant d’examiner les crédits.
Infos27 : Que reprochez-vous précisément aux avis de la DGDP ?
Olivier Kasanda Katuala : Je ne « reproche » pas : je questionne. Ces avis, publiés deux jours après les cérémonies du cinquantenaire de la DGDP, exigent que le candidat soit « fonctionnaire de l’État », agent de carrière, au sens de la loi n° 16/013 du 15 juillet 2016, telle que modifiée par la loi n° 25/046 du 1er juillet 2025. Ils retiennent une fourchette d’âge de 30 à 55 ans, une expérience de directeur, de conseiller ministériel ou d’Inspecteur des Finances, et un diplôme Bac+5 dans un nombre limité de filières. Cette condition statutaire écarte les candidats du secteur privé, certains mandataires ou anciens mandataires du Portefeuille, des experts indépendants et des élus qui auraient pourtant un profil pertinent. Or, le Ministère du Portefeuille a récemment ouvert ses recrutements de mandataires à l’ensemble des citoyens sur la base du mérite. Je demande donc le fondement juridique de cette restriction, sa compatibilité avec les articles 12 et 13 de la Constitution, et si le Ministère envisage d’élargir le vivier aux compétences congolaises réunissant diplôme, expérience et intégrité, sans s’en tenir au seul statut d’agent de carrière. Un délai de deux semaines, après une cérémonie institutionnelle, invite aussi à rassurer la Représentation nationale sur le caractère pleinement ouvert de la procédure.
Infos27 : Vous évoquez même un éventuel recours. Est-ce une mise en garde ?
Olivier Kasanda Katuala : C’est un rappel du cadre juridique. Une manifestation d’intérêt doit respecter l’égalité d’accès aux fonctions publiques. Je souhaite d’abord une réponse claire du Ministre. Si les critères sont fondés, qu’ils soient expliqués. S’ils peuvent être assouplis dans l’intérêt du service, tant mieux. La DGDP est une institution stratégique. Mieux vaut éclaircir maintenant que laisser planer le doute.
Infos27 : Deuxième dossier : Bukanga-Lonzo, Triomf et ITRACOM. Pourquoi lier un contrat d’engrais signé en août à un projet lancé en 2014 ?
Olivier Kasanda Katuala : Parce que c’est la même chaîne : production, intrants, souveraineté alimentaire. Bukanga-Lonzo devait s’étendre sur 75 000 à 80 000 hectares, produire jusqu’à 350 000 tonnes de maïs par an et alléger une facture d’importations d’environ 1,5 milliard de dollars. Les enquêtes publiques ont fait état de décaissements de l’ordre de 275 à 285 millions de dollars, d’une production très inférieure aux objectifs, puis de l’arrêt du projet en 2017. Le 20 mai 2025, la Cour constitutionnelle a prononcé des condamnations pénales notamment contre l’ancien premier ministre Matata. Dix jours plus tard, le Conseil des ministres a annoncé une commission interinstitutionnelle et la relance de Triomf RDC, usine d’engrais de Boma. Plus d’un an après, le site reste largement inactif. Le Ministre de l’agriculture a lui-même indiqué qu’il n’y avait plus d’activité et qu’il travaillait à la récupération des équipements. En 2025, on signalait encore la détérioration de transformateurs 220 kV/33 kV, alors que Kenge et Masi-Manimba attendent l’électricité. Le 15 août 2026, un contrat est signé avec ITRACOM, un partenaire burundais, sans que le montant, les volumes, le calendrier ou les bénéficiaires n’aient été rendus publics. Ma question demande l’inventaire des actifs, le sort de la commission de 2025, les termes du contrat avec ITRACOM, son articulation avec Triomf RDC, les garanties pour les communautés locales, et les volumes réellement produits depuis l’annonce de relance.
Infos27 : Vous restez pourtant confiant.
Olivier Kasanda Katuala : Oui, parce que poser une question, c’est aussi offrir au Gouvernement l’occasion de corriger le tir. Si le Ministère des Finances clarifie ou ajuste les avis de la DGDP avant le 2 octobre, la procédure gagne en crédibilité. Si le Ministère de l’Agriculture publie les paramètres du contrat ITRACOM, récupère les équipements de Bukanga-Lonzo et inscrit Triomf RDC dans une véritable production locale, ces dossiers peuvent encore servir le pays. La RDC a les terres et les hommes. Ce qu’il faut maintenant, ce sont des chiffres, des calendriers et un suivi public. C’est tout le sens de ces deux questions d’actualité.
Infos27 : Que souhaitez-vous concrètement dans les prochains jours ?
Olivier Kasanda Katuala : Que le Bureau transmette. Que les deux ministres répondent de manière précise, chiffrée et datée. Que le débat budgétaire s’appuie sur des faits : qui dirigera la dette publique, et selon quels critères ; ce que produisent réellement Bukanga-Lonzo, Triomf et le contrat ITRACOM.
Infos27 : Un mot à vos électeurs de Lukunga ?
Olivier Kasanda Katuala: Nous avons déposé ces questions d’actualité pour que l’argent public soit mieux expliqué et mieux utilisé. La suite appartient au Gouvernement.
Propos recueillis par PM.

