82.78 F
Kinshasa
15 octobre, 2026 - 22:35:30
Image default
Flash InfosLa unePolitiqueSécurité

Nouveau rapport d’Amnesty International | Or et coltan : le pillage des minerais congolais mène jusqu’au Rwanda

Le nouveau rapport d’Amnesty International remet brutalement les minerais de l’est de la République démocratique du Congo au centre de la guerre. Dans les territoires de Rubaya, au Nord-Kivu, et de Lomera, au Sud-Kivu, l’organisation documente des exécutions sommaires, des tortures, du travail forcé et des recrutements imposés aux populations minières sous contrôle du M23. Mais le rapport met surtout en lumière les circuits qui permettraient à l’or et au coltan extraits dans ces zones de gagner clandestinement le Rwanda. Pour Amnesty, cette mécanique dépasse le simple trafic frontalier : elle révèle une économie de guerre dans laquelle le contrôle militaire des territoires sert aussi à capter les richesses du sous-sol congolais. Le Rwanda, accusé depuis des années de soutenir le M23, apparaît ainsi une nouvelle fois au centre des interrogations sur la destination et la commercialisation de ces minerais. L’organisation estime que ce pillage pourrait relever du crime de guerre et appelle à des mécanismes internationaux de contrôle.

Dans l’est de la RDC, les armes ne racontent pas toute l’histoire. Derrière les combats, les occupations territoriales et les déplacements de populations se joue également une bataille économique autour des ressources minières. Le rapport publié par Amnesty International le 21 septembre 2026 apporte de nouveaux éléments à cette lecture du conflit.

L’organisation affirme avoir documenté de graves atteintes aux droits humains dans plusieurs zones minières contrôlées par le M23. À Rubaya, au Nord-Kivu, comme à Lomera, au Sud-Kivu, des mineurs auraient été soumis à des violences, au travail forcé et à des conditions particulièrement éprouvantes.

Le rapport fait notamment état de l’exécution sommaire de 18 mineurs. Selon les témoignages recueillis par Amnesty, dix auraient été battus à mort, deux tués par balle et six autres enlevés avant d’être retrouvés morts. D’autres personnes interrogées évoquent des actes de torture, des détentions arbitraires et des recrutements forcés.

Le drame humain apparaît ainsi indissociable du contrôle des zones minières.

Quand l’occupation devient une économie

La force du rapport réside dans la mise en évidence du lien entre contrôle militaire et exploitation des ressources. Dans les territoires occupés, le minerai ne constitue pas seulement une richesse naturelle : il devient une source de financement et un instrument de domination.

À Rubaya, le coltan représente un enjeu majeur. À Lomera, c’est l’or qui attire les réseaux commerciaux. Amnesty rapporte que certains mineurs ont été contraints de travailler pendant de longues périodes dans les galeries, parfois plus d’une semaine, sous la pression des combattants.

Cette situation donne au conflit une dimension qui dépasse largement les affrontements entre groupes armés. La conquête d’un territoire permet de contrôler ses ressources, d’imposer des circuits commerciaux et de tirer des revenus d’une économie qui échappe aux autorités congolaises.

C’est précisément cette logique qui nourrit l’hypothèse d’une guerre dont les ressorts économiques occupent une place centrale.

L’élément le plus préoccupant du rapport concerne la destination des minerais. Amnesty affirme avoir identifié des circuits de contrebande reliant notamment Lomera au Rwanda.

Selon les témoignages recueillis, de la terre aurifère extraite à Lomera était placée dans des sacs appelés « robotas », transportée jusqu’au lac, puis chargée dans de petites embarcations à destination du Rwanda. Certains témoins disent avoir vu des bateaux partir très tôt le matin avec leur cargaison.

La marchandise aurait notamment été acheminée vers Kamembe, au Rwanda, par des itinéraires de contrebande déjà établis.

Le même phénomène concerne le coltan extrait dans la région de Rubaya. Amnesty estime que les quantités importantes de minerais susceptibles d’être acheminées vers le Rwanda posent directement la question de la responsabilité des différents acteurs intervenant dans cette chaîne.

Kigali face à une nouvelle mise en cause

Le rapport remet donc le Rwanda au centre d’une question devenue récurrente : comment des minerais provenant de zones contrôlées par le M23 peuvent-ils entrer dans les circuits commerciaux rwandais ?

Amnesty affirme avoir recueilli des informations faisant état de la présence de ressortissants rwandais sur certains sites miniers. L’organisation évoque également des personnes impliquées dans la sécurité ou dans le commerce des minerais.

Pour Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, « le Rwanda continue de tirer profit de l’exploitation des ressources minérales de la RDC ». L’organisation appelle ainsi Kigali à fournir des garanties permettant d’établir que les minerais commercialisés depuis son territoire ne proviennent pas illégalement de la RDC.

Cette accusation est particulièrement lourde dans un contexte où Kinshasa et plusieurs organisations internationales mettent régulièrement en cause le soutien du Rwanda au M23.

Amnesty estime que le pillage des ressources pourrait constituer un crime de guerre et que la responsabilité de certains acteurs rwandais pourrait être engagée si leur participation était démontrée conformément au droit international.

Une rente qui entretient la guerre

L’intérêt du rapport est finalement de replacer l’économie au cœur de la compréhension du conflit. Une guerre qui permet de contrôler des mines, de capter leur production et de l’introduire dans les chaînes commerciales internationales dispose d’une source de financement durable.

Dans cette mécanique, l’insécurité devient économiquement utile. Elle permet de maintenir des territoires hors du contrôle effectif de l’État congolais, de déplacer les populations, d’imposer de nouveaux circuits commerciaux et de soustraire les ressources à la traçabilité officielle.

Le recyclage des réseaux, des intermédiaires et des acteurs locaux peut alors contribuer à brouiller les responsabilités et à donner une apparence commerciale à une production issue de zones occupées.

C’est cette économie de guerre que le rapport d’Amnesty remet en lumière. Tant que l’or et le coltan extraits dans les zones contrôlées par le M23 pourront rejoindre les marchés régionaux puis internationaux, la question des minerais restera indissociable de celle de la guerre.

Infos27

ça peut vous intéresser

Laisser un Commentaire

Infos27.CD utilise des cookies pour améliorer votre expérience utilisateur. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter En Savoir Plus