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25 septembre, 2026 - 11:44:13
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Tribune d’Eric Kamba | Minerais critiques : après le discours de New York, la RDC doit apprendre à mesurer ce que vaut réellement un accord minier

La transformation locale constitue une avancée essentielle. Mais la prochaine révolution de la politique minière congolaise pourrait être ailleurs : évaluer chaque grand accord non seulement par l’argent qu’il apporte aujourd’hui, mais par la puissance économique, industrielle, technologique et humaine qu’il laissera demain à la Nation.

La République démocratique du Congo semble entrer dans une nouvelle phase de sa réflexion sur ses ressources stratégiques.

À la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a défendu une ambition claire : la RDC ne veut plus demeurer principalement un fournisseur de matières premières. Elle veut transformer davantage ses minerais sur son territoire, développer des capacités industrielles, former ses ingénieurs, soutenir ses chercheurs et permettre à ses entreprises de participer davantage aux chaînes mondiales de valeur.

Cette orientation est importante. Mais elle appelle désormais une deuxième question, peut-être encore plus déterminante : Comment mesurer concrètement ce que chaque grand accord minier apporte réellement à la Nation congolaise ?

Car entre posséder des minerais stratégiques et transformer cette richesse géologique en puissance économique, il existe une étape fondamentale : la capacité de l’État à négocier, évaluer et suivre ses accords dans le temps.

La transformation locale ne doit pas être seulement un slogan

Transformer davantage de cobalt et de cuivre en RDC est une ambition légitime. Mais la transformation locale ne devrait pas être considérée isolément. Une usine peut être construite sans que les technologies essentielles soient transférées. Des emplois peuvent être créés sans que les Congolais occupent progressivement les fonctions hautement qualifiées. Des infrastructures peuvent accompagner un projet minier tout en demeurant presque exclusivement destinées à l’évacuation du minerai. Un investissement de plusieurs milliards de dollars peut impressionner par son montant tout en produisant, sur plusieurs décennies, des retombées nationales inférieures à celles d’un projet financièrement plus modeste mais beaucoup plus intégré à l’économie congolaise.

Voilà pourquoi la question minière congolaise doit progressivement passer d’une logique de volume à une logique de valeur nationale créée.

L’enjeu n’est plus uniquement de savoir combien de minerais nous produisons. Il est de déterminer combien de développement nous produisons grâce à nos minerais.

Le Congo doit apprendre à négocier le temps long

L’une des faiblesses historiques des économies fondées sur les matières premières réside dans l’écart entre la durée d’exploitation d’une ressource et la durée des bénéfices qu’elle laisse au pays producteur.

Une mine peut fonctionner pendant vingt, trente ou quarante ans.

Mais qu’en reste-t-il après ?

C’est ici que doit intervenir une nouvelle conception de la souveraineté minière.

Lorsqu’un grand projet est négocié, la RDC devrait pouvoir se projeter au-delà de la signature du contrat et se demander : Que posséderons-nous dans vingt ans que nous ne possédons pas aujourd’hui grâce à cet accord ? Une centrale électrique ? Une industrie de transformation ? Des laboratoires ? Des infrastructures ferroviaires ? Une expertise géologique nationale renforcée ? Des centaines d’ingénieurs et de techniciens hautement qualifiés ? Des entreprises congolaises capables d’intégrer les chaînes internationales d’approvisionnement ? Des technologies maîtrisées localement ? Des centres de recherche ? Des capacités industrielles exportatrices ?

Si la réponse à la plupart de ces questions est négative, alors le pays risque d’avoir exporté une ressource épuisable sans avoir suffisamment construit les capacités qui doivent lui survivre.

De la valeur du minerai à la valeur de l’accord

C’est précisément cette problématique qui se trouve au cœur du Modèle Kamba de Souveraineté et de Valorisation Minière (MK-SVM) que j’ai proposé publiquement en août 2026.

Le principe est relativement simple.

Dans une négociation minière, il ne suffit pas d’évaluer la valeur géologique ou commerciale d’un gisement.

Il faut également pouvoir évaluer la valeur stratégique de l’accord lui-même pour la RDC.

Cela implique de regarder simultanément plusieurs dimensions.

La première est naturellement fiscale : combien l’État et les collectivités percevront-ils réellement ? La deuxième est industrielle : quelle partie de la chaîne de transformation sera développée au Congo ? La troisième est humaine : combien de compétences nationales seront créées et quel transfert d’expertise sera organisé ? La quatrième concerne les infrastructures : quels actifs énergétiques, logistiques ou industriels resteront durablement disponibles pour l’économie nationale ? Enfin vient la dimension stratégique : l’accord améliore-t-il la position de la RDC dans les chaînes mondiales de valeur ou maintient-il essentiellement le pays dans son rôle traditionnel de fournisseur de matières premières ?

C’est la combinaison de ces dimensions qui permettrait de distinguer un contrat qui exploite une ressource d’un accord qui construit une économie.

Tous les milliards annoncés ne se valent pas

Cette distinction est fondamentale.

Supposons qu’un investisseur propose plusieurs milliards de dollars pour exploiter un gisement pendant trente ans.

Le chiffre peut paraître considérable. Mais supposons qu’un autre projet, éventuellement moins spectaculaire financièrement, comprenne une unité de transformation locale, une centrale énergétique, un programme de formation d’ingénieurs, des partenariats avec les universités congolaises, l’intégration de PME nationales, un transfert technologique et des engagements précis concernant la recherche.

Comparer ces deux projets uniquement à partir du capital annoncé serait insuffisant.

Il faudrait comparer leur empreinte nationale à long terme.

C’est pourquoi le MK-SVM propose notamment le concept de Kamba Mineral Deal Score (KMDS) : une grille d’aide à la décision destinée à examiner les grands accords selon plusieurs critères de création de valeur nationale.

Il ne s’agirait pas de remplacer le Code minier, les administrations compétentes ou les mécanismes existants.

Il s’agirait de leur ajouter un instrument permettant de poser une question supplémentaire avant une décision stratégique :

Parmi les propositions disponibles, laquelle crée quelles capacités durables pour la République ?

La souveraineté commence avant la signature Un autre changement de perspective est nécessaire.

Nous avons souvent tendance à situer la souveraineté minière au niveau du contrat.

Or elle commence bien avant.

Un État négocie difficilement ce qu’il connaît insuffisamment. Il valorise difficilement ce qu’il n’a pas correctement inventorié. Et il défend difficilement ses intérêts lorsqu’il dépend presque entièrement des données, des expertises ou des projections fournies par celui qui souhaite exploiter la ressource.

C’est pourquoi le MK-SVM organise la souveraineté minière autour d’une chaîne de dix fonctions : Connaître → Classifier → Valoriser → Qualifier → Négocier → Contractualiser → Transformer → Tracer → Auditer → Réinvestir.

Connaître précisément les ressources disponibles.

Les classifier selon leur importance économique et stratégique.

Établir leur valeur avec une expertise suffisamment indépendante.

Qualifier les partenaires et leur capacité réelle à respecter leurs engagements.

Négocier à partir d’objectifs nationaux préalablement définis.

Contractualiser ces objectifs.

Transformer davantage localement.

Tracer les ressources et les flux financiers.

Auditer les engagements.

Et surtout, réinvestir une partie de la richesse minière dans les capacités futures du pays.

Car une politique minière n’est véritablement stratégique que lorsqu’elle utilise les ressources d’aujourd’hui pour construire l’économie de demain.

Transformer le minerai en puissance productive

Le discours prononcé à New York offre à cet égard une opportunité intéressante.

La Première ministre a exprimé l’ambition de voir la RDC ne plus être seulement le sous-sol de l’économie mondiale, mais devenir davantage un atelier, un laboratoire et un partenaire souverain.

Ces trois notions méritent d’être traduites en politiques mesurables.

Être un atelier, c’est transformer et fabriquer.

Être un laboratoire, c’est rechercher, apprendre, innover et maîtriser progressivement la technologie.

Être un partenaire souverain, c’est disposer de suffisamment d’informations, d’expertise et de capacité de négociation pour défendre ses intérêts dans les grandes recompositions économiques mondiales.

La souveraineté ne signifie donc pas l’isolement.

La RDC a besoin de capitaux, de technologies, de marchés, de partenaires et d’investisseurs internationaux.

Mais un partenariat équilibré suppose que chacune des parties puisse clairement identifier ce qu’elle apporte et ce qu’elle construit grâce à l’accord.

Le monde a besoin des minerais congolais : le Congo doit définir ce qu’il attend en retour

La transition énergétique, l’électrification des transports, le stockage de l’énergie et les infrastructures numériques renforcent l’importance stratégique de plusieurs minerais critiques.

Cette transformation de l’économie mondiale offre à la RDC une fenêtre historique.

Mais une fenêtre d’opportunité n’est pas automatiquement une stratégie.

Posséder une ressource recherchée donne un avantage potentiel.

Savoir convertir cet avantage en capacités industrielles, scientifiques, technologiques et géoéconomiques constitue la véritable stratégie.

Le Congo devrait donc progressivement déterminer ce qu’il attend de chaque catégorie de partenariat minier.

Pas uniquement en termes de recettes.

Mais en termes de transformation économique nationale.

Et si chaque grand accord devait répondre à une question avant d’être signé ?

La RDC pourrait progressivement instaurer une culture nouvelle dans l’évaluation de ses partenariats stratégiques.

Avant tout grand accord portant sur une ressource critique, les décideurs devraient disposer d’une projection claire de son impact à dix, vingt ou trente ans.

Non seulement : « Combien allons-nous gagner ? »

Mais également : « Qu’allons-nous devenir grâce à cet accord ? »

La différence entre ces deux questions est considérable. La première mesure une transaction. La seconde mesure une transformation. C’est précisément dans cette évolution que le Modèle Kamba de Souveraineté et de Valorisation Minière entend inscrire sa contribution au débat national.

Faire de chaque tonne extraite un investissement dans l’avenir

Le grand défi minier congolais n’est finalement pas seulement d’extraire davantage, ni même seulement de transformer davantage.

Il consiste à établir un mécanisme par lequel l’exploitation d’une ressource épuisable contribue systématiquement à construire des capacités renouvelables.

Transformer le cuivre en industrie.

Transformer le cobalt en compétences.

Transformer le lithium en technologie.

Transformer les contrats en infrastructures.

Transformer les revenus miniers en recherche, en énergie, en formation et en entreprises congolaises compétitives.

Et finalement, transformer la géologie exceptionnelle du Congo en puissance économique durable.

Le message porté à New York peut ainsi ouvrir un chantier plus vaste.

Après avoir affirmé que la RDC ne veut plus être seulement le sous-sol de l’économie mondiale, il faut maintenant construire les instruments permettant de mesurer sa progression vers l’atelier, le laboratoire et le partenaire souverain qu’elle ambitionne de devenir.

C’est pourquoi une nouvelle question devrait progressivement accompagner l’évaluation de chaque grand projet minier congolais : « Lorsque cette mine aura livré ses richesses, qu’aura-t-elle construit pour la Nation ? »

Si la République démocratique du Congo parvient à faire de cette interrogation un réflexe institutionnel avant la signature de ses grands accords, elle aura commencé à changer non seulement sa politique minière, mais la relation même entre son sous-sol et son avenir.

Car la souveraineté minière ne devrait plus seulement se mesurer à ce que le Congo possède sous terre.

Elle devrait désormais se mesurer à ce que chaque tonne extraite permet de construire durablement au-dessus du sol.

Éric Kamba

Géostratège et analyste des relations internationales

Initiateur du Modèle Kamba de Souveraineté et de Valorisation Minière (MK-SVM)

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