Le message de Joseph Kabila à la Nation, diffusé le 9 octobre 2026, suscite une vive réplique dans les rangs de la Majorité présidentielle. Le député Olivier Kasanda Katuala, élu de Lukunga à Kinshasa et membre de la commission Politique, administrative et juridique (PAJ), conteste le bilan que l’ancien chef de l’État revendique et récuse son diagnostic d’un pays « en péril ». Dans un entretien accordé à Infos27, cet élu PEP-AAAP oppose aux critiques de Kabila les avancées qu’il attribue à la gouvernance de Félix Tshisekedi, notamment l’augmentation du budget de l’État, la gratuité de l’enseignement de base et les investissements dans les infrastructures. Il rappelle également le « glissement » électoral de 2016 à 2019, les sanctions américaines imposées à l’ancien président en avril 2026 et sa condamnation à mort par contumace par la Haute Cour militaire, des éléments qui, selon lui, pèsent sur la crédibilité de son discours. Sur la crise sécuritaire dans l’Est, Kasanda Katuala reproche à Joseph Kabila de passer sous silence le rôle du Rwanda et de l’AFC/M23. Il défend enfin la légitimité des institutions actuelles et met en garde contre tout appel susceptible, selon lui, de remettre en cause l’ordre républicain.
Interview
Infos 27 : Honorable Kasanda Katuala, Joseph Kabila a adressé un message à la Nation le 9 octobre 2026. Il affirme que « le pays est en péril » et que ne pas agir, c’est être complice. Comment recevez-vous ce texte ?
Kasanda Katuala : Je le reçois comme un discours politique d’un ancien président, pas comme un constat neutre. Il a le droit de s’exprimer, certes, mais ce qui pose problème, c’est le décalage entre ce qu’il dénonce et la place d’où il parle. Il décrit un Congo gouverné par la seule volonté d’un homme, avec tribalisme, népotisme, gestion des biens publics comme un patrimoine privé, misère du plus grand nombre et opulence d’un petit cercle. Beaucoup de Congolais ont reconnu le tableau qu’il dresse, parce qu’il s’agit d’un autoportrait ressemblant fortement à celui de ses propres 18 ans au pouvoir, de 2001 à 2019. Depuis l’alternance, sous l’autorité du président Félix Tshisekedi et avec la Majorité, le pays a au contraire rouvert l’espace public.
Infos 27 : Justement, il dénonce des arrestations, des libertés confisquées, une dictature. Que répondez-vous, comme élu de la Majorité ?
Kasanda Katuala : Je réponds par ce que la population perçoit elle-même au quotidien. Les droits et les libertés sont, dans l’ensemble, respectés par les pouvoirs publics. Les acteurs de l’opposition s’expriment dans les médias, radios, télévisions et réseaux, sans la crainte qui caractérisait le régime précédent. Leurs manifestations publiques ne sont pas plus durement encadrées ici qu’elles ne le sont en France, où la police est actuellement confrontée aux blocus d’étudiants et d’élèves. Comparer Kinshasa à une tyrannie, alors que l’opposition défile, parle et critique le Chef de l’État nommément, c’est ignorer le chemin parcouru depuis 2019. La commission PAJ, dont je suis membre, suit ces questions de près : il reste des cas à corriger, comme partout dans toute démocratie, mais le cap fixé par le président Félix Tshisekedi et notre Majorité est celui de l’ouverture.
Infos 27 : Il affirme pourtant avoir laissé en 2019 un pays réunifié, pacifié, avec une économie débarrassée de la dette et une armée plus professionnelle. Faut-il tout rejeter ?
Kasanda Katuala : Non. Il faut être précis. En 2001, à la mort de son père d’heureuse mémoire, le pays sortait de guerres régionales qui avaient morcelé le territoire.

