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14 octobre, 2026 - 21:10:18
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Joseph Kabila : le récit du bâtisseur à l’épreuve de son bilan [Tribune de Éric Kamba]

Institutions, démocratie, ressources publiques et vérité historique : l’héritage d’un ancien président se mesure aux faits, pas à la présentation qu’il souhaite en donner.

Joseph Kabila revendique un héritage de réunification, de construction institutionnelle et de stabilisation du Congo. Cette présentation mérite un examen rigoureux. Quelles institutions ont réellement gagné en indépendance sous sa présidence ? Quelles libertés ont été protégées ? Comment les ressources nationales ont-elles servi la population ?

Un ancien président conserve le droit de critiquer ses successeurs. Mais lorsqu’il invoque son expérience pour proposer de sauver le pays, cette expérience doit être soumise à l’évaluation publique.

Construire des institutions, c’est accepter leur indépendance

L’existence d’un Parlement, de tribunaux ou d’organes électoraux ne suffit pas à démontrer la solidité d’un État. Il faut examiner leur capacité à contrôler le pouvoir, à protéger les citoyens et à appliquer les règles lorsque les intérêts des dirigeants sont en jeu.

Un Parlement accomplit sa mission lorsqu’il demande des comptes à l’exécutif. Une justice indépendante peut poursuivre les puissants. Une administration républicaine sert les citoyens sans exiger leur fidélité politique.

La question à poser à Joseph Kabila est donc précise : quelles garanties durables a-t-il laissées pour que ces institutions puissent agir contre la volonté du chef de l’État lorsque la loi l’exige ?

Le véritable bâtisseur accepte que les institutions deviennent suffisamment fortes pour limiter son propre pouvoir.

L’exemplarité démocratique doit résister aux faits

Une présidence doit également être évaluée à partir du traitement de l’opposition, des journalistes et des citoyens qui manifestent.

En septembre 2016, Human Rights Watch documentait des arrestations arbitraires d’opposants et de militants, des tirs contre des manifestants pacifiques, des interdictions de rassemblements et des fermetures de médias. Ces constats contredisent une présentation sans réserve du pouvoir de Joseph Kabila comme un modèle démocratique. (hrw.org⁠)

La démocratie exige davantage que l’organisation d’élections. Elle suppose que le désaccord puisse s’exprimer sans intimidation et que les institutions protègent les droits de ceux qui contestent les dirigeants.

Une transmission du pouvoir ne dispense pas d’examiner les pratiques qui l’ont précédée.

Congo Hold-up : l’exigence de rendre des comptes

La gestion des ressources publiques constitue une autre dimension centrale du bilan.

L’enquête internationale Congo Hold-up, publiée en 2021, s’appuie sur des millions de documents bancaires. Selon PPLAAF, partenaire de l’enquête, au moins 138 millions de dollars de fonds publics congolais ont transité par BGFIBank vers des sociétés appartenant à l’entourage de Joseph Kabila. (pplaaf.org⁠)

Ces révélations ne constituent pas, à elles seules, une condamnation judiciaire de l’ancien président ni un inventaire complet de sa fortune personnelle. Elles représentent néanmoins une base documentaire sérieuse pour exiger des explications et des investigations indépendantes.

Qui a autorisé les opérations contestées ? Qui en a bénéficié ? Pourquoi les mécanismes de contrôle n’ont-ils pas empêché les circuits décrits ?

Chaque somme détournée de sa destination publique prive l’État de moyens pour les écoles, les hôpitaux, les infrastructures et la sécurité. La prédation affaiblit directement la capacité nationale à produire du développement.

La réunification mérite une lecture honnête

La critique doit reconnaître un fait : Joseph Kabila a effectivement accédé à la présidence dans un Congo divisé par la guerre. Le rapport américain sur les droits humains de 2001 décrit cette fragmentation et relève sa reprise de l’engagement gouvernemental dans le processus de paix. (refworld.org⁠)

Reconnaître cette contribution ne signifie pas lui attribuer personnellement l’ensemble du processus. Les accords de Lusaka avaient été signés en 1999, et le dialogue impliquait plusieurs composantes congolaises ainsi que des acteurs internationaux. (refworld.org⁠)

L’évaluation doit porter sur la suite : comment les avancées de la paix ont-elles été transformées en sécurité durable, en institutions autonomes et en souveraineté effective ?

L’assassinat de Laurent-Désiré Kabila appelle encore la vérité

Rashidi Mizele est généralement désigné comme l’auteur matériel de l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila, et un procès a abouti à des condamnations en 2003. Des interrogations ont cependant persisté sur les commanditaires et les réponses apportées par l’enquête. (radiookapi.net⁠)

La question « à qui profite le crime ? » peut orienter une recherche. Elle ne permet pas d’attribuer le crime à son bénéficiaire politique. La succession de Joseph Kabila ne démontre aucune participation à cet assassinat.

Il reste légitime de demander quelles démarches il a entreprises, durant sa présidence, pour permettre l’établissement d’une vérité complète. Les Congolais méritent des réponses fondées sur les archives, les témoignages et les preuves.

Les insuffisances du pouvoir actuel ne font pas disparaître les responsabilités du précédent. Chaque dirigeant répond de ses décisions.

Le Congo n’a pas besoin d’un passé embelli. Il a besoin d’un bilan documenté et de responsabilités établies.

Éric Kamba

Géostratège et analyste des relations internationales

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